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Introduction
Cela faisait à peu près huit ans que j'étais rentré en France. Ces huit longues années qui avaient suivies et mes précédents voyages avaient eu raison de la brève nostalgie de ma mère patrie. Pourtant mon dernier voyage au Maroc où j'étais resté 3 ans avait fondamentalement changé mon opinion sur les pays du Maghreb et je revenais enchanté et différent. Je savais dés lors que le voyage faisait parti de ma vie et était nécessaire à l'épanouissement de l'individu.
A présent l'appel du voyage commençait à devenir de plus en plus pressent. Malgré tout, ces huit dernières années n'avaient pas étés complètement négatives. Deux postes professionnels intéressants m'avaient permis d'acquérir de nouvelles expériences et surtout la rencontre de ma compagne actuelle.
Lorsque l'on rentre en France après un séjour de l'étranger, on est toujours heureux de retrouver ses origines. On retrouve ses repères, ses racines culturelles et cette diversité de paysage qui fait la richesse de notre pays. La qualité des infrastructures routières et économiques, la bonne cuisine et les bons vins et bien sur le saucisson et le camembert, tout ce qui nous manquait loin de chez soi. Mais passé les premiers jours d'euphorie on revient vite à la dure réalité. On commence à mesurer toutes les contraintes que l'on acceptait sans rien dire avant.
Ce vieux pays se gargarisant d'être l'initiateur de la déclaration des droits de l'homme, a tellement dérivé sur l'hypothétique égalité et fraternité qu'elle en a oublié son troisième pilier qu'est la liberté. La désintoxication médiatique que nous impose le voyage a pour bénéfice de nous ouvrir les yeux. Lorsque l'on rentre de pays où malheureusement l'on déplore que l'égalité et la fraternité n'existent pas mais ou la liberté d'entreprendre nous a été donnée, le choc culturel n'est que plus intense.
La première des choses qui nous frappe, c'est de renouer avec toutes ces ponctions que l'on avait oubliées. L'impôts sur le revenu, sur l'habitation, la télé , les taxes directes , indirectes, les cigarettes à 4 euros le Whisky à 15 , l'essence à 1€40 le litre les parcmètres, les péages, le racket des radars et toutes ces choses que j'oublie. Mais je garde le meilleur pour la fin, les médias et surtout :
PPDA à 20heures qui nous compte toutes les misères et les catastrophes du monde pour nous faire mesurer la chance que l'on a d'être Français.
Mais tout ceci pourquoi faire ?
Pour construire un monde meilleur ?
Pour servir qui ?
Au nom de quoi sommes nous plumer comme des dindes ?
Pour servir le paraître de quelques pseudos intellectuels se roulant dans le caviar prêchant des morales qu'ils n'appliquent pas à eux même ?
Cela permettrait-il allégrement à des politiques au nom de la démagogie de justifier et de voter des résolutions pour ne servir que leurs intérêts ?
La question reste ouverte
Un ami aristocrate britannique m'expliquait qu'au dix-neuvième siècle il était d'usage pour les adolescents de la noblesse britannique d'aller faire leur « tour ». Ce tour consistait à aller en Italie pour apprendre la peinture, en Allemagne la musique, et en France pour la vie avec tout ce que cela sous-entend. Nos amis anglo-saxons avaient –ils déjà compris l'importance du voyage pour développer l'esprit d'analyse de leurs enfants. Bien sur cela concernait un minimum de privilégiés. Il est facile de comprendre qu'un pouvoir fort n'est pas du tout intéressé par l'esprit d'analyse critique de ces citoyens.
Il est plus intéressant de mettre des enfants puis des ados devant un téléviseur pour les lobotomiser doucement mais sûrement. L'important n'est il pas d'en faire de futurs consommateurs ?
Ce choque des cultures existant entre les pays du tiers monde ou la vie se résume à l'essentiel et nos sociétés d'artifice. Cela peut-il nous laisser indifférents ?
Mes pieds commençaient à fourmiller intensément et je ne pouvais qu'analyser cette situation alors :
Etre français, c'était quoi, bien sur je parles de celui qui n'a pas pu se délocalisé mais bien celui qui a l'arrogance de vouloir gagner de l'argent de ces mains dans son propre pays. Ce dernier sera forcement désigné par le système comme affameur du peuple. D'ailleurs comme dirait un certain ouvrage « tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes. »
Alors de quoi parle t'on:
Avoir la chance de payer plus qu'ailleurs, les impôts sur le revenu, sur l'habitation, la télé , les taxes directes , indirectes , les cigarettes, le Whisky , l'essence, les parcmètres les péages se faire racketter par les radars et toutes ces choses que j'oublie bref vous avez compris.
L'avantage de partir et de revenir c'est de pouvoir mesurer objectivement la décadence lente et continue de notre société par l'asservissement intellectuel de ses individus.
Les premiers mois après un retour de l'étranger, tout semblent virtuel. La pensée collective devenue unique grâce à la lobotomie pratiquée par les médias au nom du politiquement correct nous hallucine littéralement. Puis on s'habitue. L'anesthésie commence doucement son œuvre et un matin on se retrouve dans les bouchons du départ en vacances début août, sur l'autoroute du soleil avec les conseils de Bison futé. Il y en a même qui se battent sur les plages pour avoir un mettre carré de serviette!!
Est ce bien raisonnable !!
Mais rassurez- vous bonne gens PPDA veille ainsi que la revue 50 millions de consommateurs qui enquête sur vos plages, on vous assure et vous rassure qu'il n'y aura pas de salmonelle dans vos verres !!
Je viens de me réveiller, au secours!!! Cela aurait pu durer encore longtemps. D'ailleurs cela fait sept ans que cela dure. Pris dans le tourbillon de la vie professionnel, du boulot métro dodo infos. On en oublie même de réfléchir. Puis un matin, on ouvre les yeux! On commence à regarder nos valeurs occidentales avec recul.
Et si PPDA n'avait pas raison ?
Et si la vie n'était pas d'acheter sa maison à 25 ans pour la payer sur trente ans voir 40?
Et si la vie ce n'était pas de faire le troisième enfants pour toucher les allocations familiales?
Et si être un honnête citoyen solvable n'était plus la solution pour éviter d'être la dinde qu'on farci?
Mais que se passe t'il, les jeunes qui mettent le feu aux banlieues?
Et alors, les pauvres, ils sont désœuvrés. Il faut bien qu'ils se distraient! Et puis rassurez-vous la police veille ! PPDA vous a prévenu.
Maintenant si vous roulez trop vite sur l'autoroute on vous mettra en prison! Alors laissez l'état s'occuper de tout, payez vos impôts et oubliez les mineurs qui attaquent les petites vieilles à la sortie des caisses d'Epargne.
Oui mais alors si on analyse, quand je ne paye pas mes primes de stationnement on vient saisir mes meubles?
Et quand je prends le bus pour éviter de polluer avec ma voiture tout comme m'a expliqué PPDA, les dégénérés en survêtement, la casquette à l'envers qui, eux, ne payent pas leurs places me disent « nique ta mère! »
Aurais-je vraiment la tête dure ?
Ne serais-je pas un bon Français?
Pourtant on m'a bien dit : travaillez, remboursez vos crédit et payez vos impôts. Si vous êtes sages, vous aurez droit aux conseils de bison futé.
Alors, après toutes ces interrogations, suit la grande dépression!
Serais-je enfermé dans un système ?
Dans ce pays cela fait longtemps que ceux qui ont vraiment de l'argent sont partis (délocalisé comme ils disent). Malheureusement il reste trop d'assistés qui vivent de prestations sociales. Bien sur il y a quelques héros qui travaillent nez dans le guidon en donnant plus de deux tiers de leurs revenus à la communauté. Et aussi sans en parler les bobos et les zombis condamné au métro boulot dodo.
Ferais- je parti de ceux qui serait contraint de force a la soit disante sacro-sainte solidarité ! Nouveau concept à la mode lancé par la gauche caviar qui paye L'ISF
Salauds de patrons ou riches donc forcement voleurs seraient-ils contraint à être des ringards dans la mesure ou ils auraient choisi d'être des winners !
Heureusement ce n'était qu'un cauchemar. J'avais oublié que la France n'était pas le centre du monde. Que la planète était ouverte et que partout dans le monde on recherchait des compétences. Bien sur, dans ces mêmes endroits on était prêt à payer ces personnes pour leur faire une vie en rapport avec leur travail. C'était parti, ma chère compagne partageant mes idées, la décision était prise :
Courage, fuyons !
La France terre d'accueil n'était devenu plus du tout accueillante pour moi. L'air m'était devenu irrespirable. Parmi les multitudes d'exemples qui me devenaient insupportable, je pensais à toutes les conneries que l'on nous obligeait de faire comme par exemple trier nos déchets pendant que les pétroliers déversaient leur peste noire sur nos plages. L'hypocrisie de nos sociétés face aux véritables problèmes devenait insupportable. L'arbre qui cache la forêt est un magnifique placebo pour la ménagère de moins de 50ans Heureusement, il restait le miracle de ce vingt et unième siècle la technologie, plus précisément l'informatique avec Internet. . Pour survivre il faudra savoir s'en servir.
Apres les vacances ratées suite à des incidents techniques clouant notre bateau au port, la coupe était pleine. Il était tant de trouver autre chose ailleurs. LE temps était venu de se mettre au grand surf sur le web. La planète nous appartient, quelles sont donc les destinations pour un coiffeur Français ?
Tahiti et la réunion? Bof, sii c'est pour retomber en France ce n'est pas la peine. De plus, s'ils sont comme en Guyane racistes et assistés, aucun intérêt.
Apres la consultation de plusieurs site web de jobs à l'étranger je tombe sur une annonce pour le Cameroun à Yaoundé. Moi qui rêvais de découvrir l'Afrique, c'était peut être un opportunité. L'annonce me paraissait bien belle pour être honnête, mais sait-on jamais?
Mes diverses expériences d'expatrié m'avaient appris à me méfier des promesses non tenues. Je décidais de répondre sans grande conviction. On verra bien! La réponse que je fis par mail n'était pas très convaincante. Cependant, je recevais quelques jours plus tard une réponse me demandant un dossier complet. Le processus était lancé, après une dizaine de coups de téléphone, je me décidais.
Réflexion faite, je me disais que dans la mesure où il y a un billet aller-retour, je ne risquais pas grand chose. Si le futur ne tournait pas bien, je reprendrais l'avion dans l'autre sens.
C'était décidé, je repartais. Il me restait deux semaines pour finaliser mon départ. Cette nouvelle fit l'effet d'une bombe dans mon entourage. Ma mère furieuse que je l'abandonne en France a failli ne plus me parler. Mes amis restaient sceptiques. Certains me disaient que j'avais de la chance avec une pointe de jalousie. Pressentant certains malaises, je répondais qu'il était facile d'en faire autant. Puis ce fut le choix de se séparer durant quelques mois avec ma tendre compagne afin que je puisse préparer notre nouvelle vie.
Je décidais donc de glaner sur le net des informations sur ma future destination. C'est plus tard, lorsque l'on se rend compte, après quelques mois passés dans le pays, que l'image que l'on nous fait des destinations non conventionnelles n'a rien de commun avec la réalité. Ma première recherche fut sur le site de diplomatie.gouv. Ici, on me décrit le Cameroun comme l'endroit le plus malsain de la planète. Il fallait que je me fasse vacciner contre toutes les maladies de la création. Heureusement, il n'y avait plus, ni la peste ni le typhus. Si j'échappais à toutes les maladies décrites, des petites bêtes allaient me ronger en passant sous la peau (les vers de caïor) bref une vision de l'apocalypse. Enfin si je restait en vie je risquais en plus les agressions ou simplement de me faire dévaliser.
Toutes ces recommandations n'ont pas ébranlé ma volonté de courir la planète. Je décidais quand même de faire un bilan de santé complet et de me faire vacciner pour toutes les maladies de la terre. La prudence n'a jamais nuit à l'aventure. D'ailleurs, n'a t'on pas lu dans l'odyssée de Omer que la prudence est la sœur du courage ?
Apres cette étape, je continuais ma recherche sur les cotés positifs de ce pays.
Changement de décor, les sites camerounais nous annonce un pays idyllique. Ce pays était présenté comme le jardin d'Eden. C'était le pays où on avait tourné le film Gray stock. Dans le nord, on pourrait voir les lions et tous les animaux de la jungle en liberté. Les villes ressemblaient à des vitrines pour les architectes d'avant-garde. Là aussi après découverte, je m'aperçus du talent extraordinaire des photographes qui arrivent à prendre un hôtel de luxe sans que l'on puisse voir un bidonville qui l'entoure à 360°. C'est rassurant l'esprit partisan n'est pas réservé aux seuls mentalités occidentales et Photoshop existe sur toute la planète
Enfin, vient le jour J. où les bagages étaient bouclés (une grande cantine militaire) il fallait partir pour Roissy.
L'arrivée à Yaoundé
Les adieux de l'aéroport ont été assez difficiles. Le positif de toute séparation, est de faire prendre conscience de ce qu'on laisse derrière soi. Après un enregistrement de bagages mouvementé (malgré l'aide précieuse et la gentillesse du chef d'escale de Cameroun Airlines, ami de mes employeurs) me voici dans la zone internationale. Un dernier regard en arrière et ça y est, je plonge dans le sas qui me mène au Boeing 757 de la Camair. Pas de doute, on part bien pour l'Afrique. La foule à 95% noire est chargée de bagages à main indescriptibles et la mise en place des passagers est des plus pittoresque. Apres un repas servi et arrosé par la compagnie, j'arrive à trouver le sommeil par épisodes, coincé entre les deux fauteuils de nain de la classe économique.
Le jour n'est pas encore levé quand je débarque dans l'aéroport de Yaoundé. Passé un premier contrôle, je n'ai pas beaucoup de mal à reconnaître Mr et Mme D.
C'est un premier accueil sympathique. Nous récupérons les bagages et comme par enchantement, nous sommes dispensés de formalités douanières. (Les relations, c'est magique dans ce pays.) Un porteur charge les bagages dans le gros 4X4 et c'est parti.
Le jour étant à présent levé, mes premières impressions me rappellent complètement la Guyane, la même végétation, le même ciel couvert avec les baraques aux toits de tôles ondulées. Apres une vingtaine de kilomètres à travers ce qu'ils appellent ici les sous quartiers, nous arrivions à ce qui allait être ma future maison dans un quartier un peu plus civilisé ! Un Coup de klaxon et un jeune noir en gabardine crasseuse par 35°ouvre le portail métallique.
Mr D m'interpelle : "
je te présente André ton gardien de nuit.
Enchanté
André voici ton nouveau patron!"
La maison est grande et un peu triste mais confortable. Le couple se retire en me précisant qu'il me laisse la matinée pour m'installer en me rappelant que la bonne arrivera à 8H30.
Le temps de déballer mes affaires et de prendre une douche la sonnette retentit :
" Bonjour je suis Yvonne la ménagère"
Ce premier contact m'amuse je me présente à mon tour. La matinée passe et sur le coup des midis Mme D vient me chercher pour aller déjeuner.
Je suis tout de suite dans l'ambiance. Apparemment des clientes m'attendent déjà pour tester le nouveau coiffeur Français. Mais avant, nous allons déjeuner.
L'ambiance me paraît agréable. Je suis présenté à la famille et à l'ensemble du personnel, les parents et un ami du couple partagent notre repas. A table chacun me décrit ses expériences Africaines. Pas de doute, je suis bien dans un milieu de pioniers. D'ailleurs, Mme D presse le pas pour aller au salon.
N'oublions pas que je ne suis pas venu ici pour rigoler. Il s'agit à présent de prouver ce que je sais faire! Je sens cette dame inquiète et pressée de rentabiliser son investissement humain!
Après une épopée automobile à travers les taxis, les montés et les descentes dans le désordre urbain nous arrivions dans le centre ville. La conduite dans Yaoundé relève du jeu vidéo. Le jeu consiste à trouver les portions de route goudronnée en slalomant entre tous les véhicules les plus hétéroclites que je ne soupçonnai même pas d'exister.
En bon citoyens discipliné je bouclais ma ceinture aussitôt je fut repris par ma futur patronne qui me dissuada de le faire. Elle m'expliqua que le fait de mettre sa ceinture renseignerait les policiers sur mon arrivée du jour. Ici personne ne faisait cela. Cela avait pour conséquence un contrôle d'identité pour un racket bien ordonné. C'est à dire le billet dans la main pour avoir la paix. Le premier problème est que l'on ne connaît pas le tarif. Le second est que ces braves policiers le savent aussi et cela peut devenir des négociations les plus fantaisistes assortit de coup d'esbroufe les plus saugrenu. Le salon se trouvait dans une rue qui donne sur une des avenues les plus important de Yaoundé.
Il s'agit d'un local bien modeste. Nous sommes loin des salons européens. Mais vu le reste des boutiques et l'agencement des banques qui l'entourent, il ne dépareille pas trop dans le décor.
Au premier contact, on est assez surpris par la ville. Bien qu'étant la capitale, le réseau routier est assez surprenant. La ville est très décevante même si les bâtiments officiels sont des véritables chefs d'œuvre d'architecture et que les ambassades étrangères et certaines résidences de locaux débordent de luxe. Par contre, plan d'urbanisme ne doit pas se traduire en camerounais et visiblement cela ne dérange personne de trouver un tas d'ordure ou une échoppe crasseuse en bas de sa résidence de luxe. Il n'y a aucune boutique de luxe à l'européenne mais on trouve vraiment tous les produits et tous les services.
Finalement, en ayant fait un tour dans la ville, ce salon de coiffure n'était pas si minable que ça. C'est sur que j'avais imaginé autre chose lorsqu'on me l'avait décrit. Je m'attendais à une boutique un peu plus fringante surtout pour soit disant le premier établissement de clientèle internationale d'une capitale. Mais bon maintenant que j'étais sur place je devais m'adapter.
La première impression nous fait vraiment ressentir une économie à deux vitesses. La rue et les échoppes de marchands ambulants pour les pauvres (cela va de n'importe quelle marchandises posée à même le sol à la baraque en planche au toit de tôle ondulée) et les boutiques aux vitrines protégées par des grilles pour les riches. Tous les rez-de-chaussée sont barricadés d'imposantes grilles en fer forgé. On ne ressent pas une véritable insécurité mais je pense que le vol et le cambriolage sont les sports nationaux.
Chaque maison à son gardien de nuit qui veille à la sécurité toute la nuit (Quand ils ne dorment pas!). Le mien s'appelle André et veille sur la maison. Ma maison est située dans un quartier résidentiel en face du club de France (Efoulan).
Cela fait a présent 4 jours que j'ai posé les pieds sur le sol Camerounais. Apparemment la nouvelle de l'arrivée du nouveau coiffeur français s'est répandue comme une traînée de poudre. Successivement, je vois arriver toutes ces dames qui semblent heureuses de retrouver un compatriote pour s'occuper d'elles. Il est sur que les tarifs pratiqués au salon limite la clientèle aux expatriés et à quelques locaux friqués.
Deux esthéticiennes, un gardien, un coiffeur homme et deux coiffeuses constituent mon personnel. La nonchalance Camerounaise nécessite beaucoup de personnel pour peu de travail mais les individus ne sont pas trop belliqueux et sont relativement souples. (Ce que je pensais au début). Le temps semble s'être ralentit car je pense qu'il est inutile ici de vouloir établir des objectifs et encore moins d'être pressé. J'ai été très étonné par la réaction des clients qui finalement prennent la situation avec philosophie.
Ici, il faut apprendre à diriger. L'homme blanc est le patron et c'est " lui qui a l'argent" C'est ce que m'a répondu un pauvre bougre qui essayait de me soutirer quelques pièces et à qui j'avais répondu qu'il fallait qu'il arrête de me regarder comme un billet de banque !Je commence à apprendre à mes dépends qu'il ne faut pas être trop souple car on est très vite jaugé et les personnes ne se privent pas d'en profiter. La première mise au point au salon s'est déjà imposée pour que tout le monde soit à l'heure. (Hérésie totale de ma part pensant que j'allais y arriver!)
A la maison, même combat avec le gardien qui s'est tiré en pleine nuit laissant la maison sans surveillance. La remontrance a porté ses fruits.
De nombreuses personnes m'ont parlé d'insécurité, ce que je n'ai pas réellement ressentit au premier abord. Mon gardien qui fait partie de l'ethnie des nordis m'a demandé un arc et des flèches pour défendre la maison. Cette demande originale m'a complètement fait délirer. Mais après m'être renseigné, j'ai appris que ces nordis sont d'une extrême adresse avec leurs arcs et leurs flèches. D'autres utilisent des sagaies. André m'a expliqué que si le voleur escaladait le mur il tirait dans les chevilles mais qu'il ne mettrait pas le "poison" sur la flèche. Il a continué en m'expliquant que le poison était pour la guerre entre ethnies, et que si le poison touchait le sang l'homme était mort!
Bien sur à notre époque, cela laisse rêveur nos esprits d'occidentaux. Mais il faut savoir que cela existe même dans la capitale du cameroun. Toutes ces choses nous dépassent et le plus irrationnel, c'est la magie qui fait peur à tous les africains, et même aux blancs qui sont ici depuis longtemps.
La société camerounaise
Les envoutements illusion ou réalité?
Mon nouvel ami Pascal, un français qui travaille ici dans le bois m'a raconté une histoire qui m'a laissé perplexe et qui dépasse toute rationalité occidentale. Un de ses amis Français ayant connu une camerounaise s'est retrouvé littéralement envoûté. Amaigri, incapable de prendre des décisions ce garçon était méconnaissable, il était en train de se ruiner pour cette femme. Pascal se doutant peut être de quelque chose en a informé la mère de son ami. Cette dernière en fouillant sa maison a trouvé une petite poupée avec des cheveux du sang et des morceaux de tissus.
Lorsqu'elle a fait voir cela a son boy il s'est exclamé :
"Oh madame!! Il faut jeter cela!! C'est le malheur, il faut brûler ou jeter a la mer."
La mère de ce jeune homme écouta le boy et le lendemain de la destruction de la poupée, l'ami de Pascal a été complètement transformé. Redevenu normal se rendant compte de son attitude des derniers mois, il chassa sa femme camerounaise.
J'ai entendu plusieurs récits du même type par des personnes expatriées paraissant très crédibles. Certains sont allés voir des sorciers pour se faire "laver"des mauvais sorts Tout ceci, bien sûr, nous oblige à nous poser des questions? Je ne sais pas ce qu'il faut en penser? Mais je reste quand même prudent.
Magie noire, Magie blanche ou autre envoûtement sont difficilement compréhensibles pour nos logiques pragmatiques occidentales. Pourtant « les anciens d'Afrique » ont appris à se méfier. Lors de mes quelques sorties nocturnes mes amis m'ont fortement recommander de surveiller mon verre afin d'éviter que l'on y introduise une quelconque substance.
Je pense que certaines ethnies ont su perpétuer un savoir ancestral sur la vertu de certaines plantes. On sait que quelques rares cérémonies initiatiques de certaines tribus finissent par les transes des shamans ou d'autres membres important du clan. Ces transes sont dues à l'absorption de mixtures savamment dosée permettant cet état second. Durant les transes, les sorciers accomplissent des prophéties qui tétanisent le reste de la tribu. Maintenant c'est ici que l'on passe du rationnel à l'irrationnel. Mon esprit cartésien ayant du mal à comprendre l'irrationnel, je resterais seulement prudent sur ce sujet et j'essayerais d'éviter les contacts avec les plantes.
Pour faire un parallèle avec notre pays, il faut seulement savoir qu'il y a moins d'un demi-siècle sévissaient certaines sorcières dans le centre de la France qui ont à l'époque défrayée la chronique.
Le Meting-pot multiculturel dupays
Mon activité professionnelle me permet de prendre la mesure du pays Il est composé d'une quantité impressionnante d'ethnies (plus de 200).
La colonisation brève de ce pays a eut au moins la réussite de pacifier ces guerres ethniques. Les programmes de scolarisations qui ont suivies ont eu au moins le mérite d'officialiser une langue nationale afin que les individus se comprennent entre eux. Il faut savoir que certaines tribus distantes de 3 ou 4 kilomètres ne parlaient pas le même dialecte.
Les "Bamilékés" sont la tribu qui a réussi au sens occidentale du terme. Ils s'organisent entre eux et possèdent pratiquement la majorité des biens immobiliers du Cameroun. On les retrouve dans les grandes sociétés, patrons de grandes exploitations agricoles, à la tête d'empires immobiliers. Ils ont le sens des affaires et le goût de la réussite.
Une centaine d'autres ethnies composent le pays (les oundos, les baka, les Betty, les nordis., les bamoums, les kriby, les douala sans oublier les pygmées etc. etc. ) impossible de tous les connaître.
Les blancs et moins blancs, viennent du monde entier pour faire des affaires. On peut rencontrer des américains, canadiens, grecs, une large communauté italienne, des libanais, des pakistanais, beaucoup de chinois qui sont en train de rafler de plus en plus de marchés. Maintenant on croise aussi quelques indiens sans parler des Coréens et autres peuples de l'Asie du sud est. Bien sur la communauté Française reste la plus importante et l'action catholique évangéliste reste très présente.
Dimanche au club France j'ai fait la connaissance du père François E. Il s'agit d'un jeune prêtre en soutane et sandale, passionné d'informatique qui n'a pas peur d'arpenter la brousse. Un véritable Indiana Jones en soutane. Il est aumônier dans un lycée. En parlant avec lui, on se rend vite compte qu'il adapte la théologie au terrain. Il est conscient des outrances de certains responsables ecclésiastiques qui sont souvent de nationalité Camerounaises mais aussi certains cadres bien européens. Malgré tout cela il essaye d'appliquer les principes de solidarité dictés par l'église en harmonie avec sa foie. C'est d'autant plus méritoire que les excès les plus outranciers se passent quasiment à la vue de tout un chacun
Lorsque l'on connaît l'attachement religieux de la population on ne peut qu'être scandalisé par le racket de certain prêtre sur leurs fidèles. J'ai connu de pauvres bougres contraints de s'endetter ou de voler pour payer la cérémonie funéraire d'un de leurs proches. Ici, on se rend compte aisément que l'humanité nous réserve le meilleur comme le pire
L'excitant de ce pays est la rencontre d'individus atypiques. Je me sens enfin libéré de cette dictature audiovisuelle occidentale lobotomisant la pensée au nom du politiquement correct. Il est clair qu'ici il n'y a pas de place pour les assistés. L'esprit pionnier reste omniprésent chez les blancs. Comme dit mon nouvel ami Pascal :
« L'Afrique c'est sans filets »
La communauté expatriée se compose d'individus très différents. Certains hauts fonctionnaires d'ambassade sont d'approche très facile et sont de compagnie très agréable .Par exemple l'ambassadeur que je coiffe est une personne charmante.
A l'opposé certaines personnes qui sont sans doute des anonymes dans leurs pays se prennent pour ce qu'ils ne sont pas. J'ai particulièrement rencontré ces individus dans la communauté Grecque et Libanaise, des personnes réellement mal élevées et capricieuses .Il est assez étonnant d'observer ce que j'appellerais la revanche du pauvre et de l'opprimé. Ces derniers imaginent se grandir en écrasant les autres. J'avais déjà rencontré ce type de comportement au Maroc avec certains arabes. Le mode d'emploi face à ces attitudes est l'indifférence.
Ces excités finissent par se calmer et il est facile de leurs faire comprendre la différence entre la réalisation d'un service qu'il demande et la soumissions des domestiques qu'ils ont l'habitude de commander.
Le salon de coiffure a quelque chose de magique car cela me permet de rencontrer un maximum de personnes. Quelques Camerounais très argentés fréquentent cet établissement. Dès que ces personnages locaux ont un niveau social un peu supérieur, il ne manque pas de le faire savoir. Les situations sont assez cocasses.
Hier un homme noir très bien habillé rentre dans le salon de coiffure sans dire bonjour et sans rien dire avec un acolyte. Je le salue. Il me regarde et ne me répond pas. Je reste muet et commence à rire sous cape. Apres un long silence il m'interpelle : "
Personne ne s'occupe de moi?
Bonjour Monsieur "
Lui répondant à voix haute:"
Personne ne s'occupe de moi?
Il faudrait d'abord que je sache ce que vous désirez?
Mais je suis député!
Mais vous faites erreur cher Monsieur nous ne sommes pas à l'assemblée!
Mais je veux me faire couper les cheveux!
Ah alors je peux faire quelque chose pour vous!
Ce genre de situation est très fréquente ici.
Depuis 2 mois que je suis ici, je commence à prendre la mesure des mentalités. Tout ici n'est que rapport de force quelque soit la position sociale. La personne qui est en face de vous vous évalue et se comporte en fonction de vos réactions. Les Camerounais parlent très fort et joue beaucoup d'esbroufe, cependant si l'on parle plus fort qu'eux et qu'on ne se laisse pas impressionner, les relations se normalisent.
Au salon, il a vraiment fallu que j'impose un rapport de crainte et de sanctions pour essayer de diriger mon personnel. Une fois que la hiérarchie est établie et acceptée les rapports deviennent plus faciles, le plus compliqué est de l'établir et malheureusement cela ne reste que précaire. Les employés du salon m'ont dit que j'étais leur papa. Il fallait donc que j'agisse comme avec des enfants.
C'est assez fou de voir des personnes que vous dirigez vous dire cela!
Une de mes employées m'a textuellement dit :
"Tu sais tu es notre papa si cela ne vas pas il faut nous donner la chicotte!"
Nous sommes loin des théories de management enseigné par nos papes de la psychologie d'entreprise !
J'étais à des années lumières en prenant mon avion à Roissy d'être confronté à ce genre de dialogue. Et personnellement je me sens bien incapable de manier «la chicotte » (traduction le bâton)
Les sociétés villageoises sont très différentes de ce que nous pouvons observer à Yaoundé. Certaines tribus vivent encore comme leurs ancêtres et les jeunes de ces tribus quittent leur village pour aller en ville en croyant trouver l'Eden. Le mal a été fait par la télévision. J'ai pu un peu partout remarquer des télévisions et des antennes satellites dans ce que l'on pourrait appeler le bistrot du village. Même sans électricité et dans les endroits les plus reculés avec des batteries ou des groupes électrogènes pour pallier au manque d'énergie les hommes restaient figés derrière cet écran
Souvent de culture francophone cette population suit nos programmes les plus bêtifiants. Notamment la star'ac ou Château vallon. L'ampleur de cette dernière série avait pris une telle popularité qu'un quartier de Yaoundé s'est appelé ainsi car tout s'arrêtait lors de la diffusion de ce programme. Certains paysans qui vivaient bien chez eux avec leurs femmes, leurs bétails et quelques cultures ce sont mis dans la tête d'aller à la ville pour vivre château vallon. Lorsqu'ils étaient chez eux il pouvait se nourrir et subvenir au besoin de leur famille sans que nécessairement cela soit lié directement à l'argent. Malheureusement lorsqu'ils sont arrivés en ville suite à leur exode ils se sont retrouvés dans ce que l'on appelle ici les sous quartiers (sorte de bidonville) et bien sur à la merci des caïds locaux. Exploités par ces derniers ils ne leurs restaient plus qu'a devenir esclaves ou délinquants voir les deux.
Dans certaines tribus du nord lorsque une femme est enceinte Il n'est pas rare qu'un homme plus vieux lui propose d'attendre qu'elle accouche pour voir si c'est une fille ou un garçon. Si c'est une fille cet homme lui propose de la doter ou en terme plus simple lui donner de l'argent pour l'élever. En contre partie dès que la fille est réglée à 12 ,13 ans elle deviendra son épouse ou sa propriété. Apparemment ces pratiques sont toujours d'usage ainsi que la polygamie.
Bien que les missions chrétiennes de différentes obédiences aient laissé une certaine éducation, les traditions restent très pesantes. Les villageois ont coutume d'aller voir leur chef ou le sorcier pour tous leurs problèmes, que cela soit d'ordre spirituel, moral voir même de santé. Le plus étonnant, c'est de voir les médecins camerounais collaborer avec les gourous locaux
Les femmes camerounaises
Les filles camerounaises idéalisent les blancs qui sont leurs cibles. Leur seule motivation est de trouver « le blanc qui a 'argent » (textuellement selon leurs propos) et qui sera en général plus gentil et attentionné que le garçon camerounais qui souvent a conservé une culture très machiste. Certains blancs ne s'en privent pas et l'on croise souvent certains quinquagénaires en goguette au bras de jeunes filles de 18 à 20ans souvent très jolies.
Ici la prostitution fait partie intégrante de la culture. Peut-on parler de prostitution? Les femmes n'ont aucun tabou et recherchent sans pudeur le plaisir. Elles ont toujours eut dans leur éducation la certitude d'être un bien de consommation pour les hommes. Avant c'était les familles qui les vendaient. A présent, elles ont pris leurs affaires en main. Selon la coutume, la fille d'une famille, si elle est jolie représente la richesse. L'homme qui va l'épouser aura le devoir de subvenir aux besoins de sa belle famille.
Dans la hiérarchie de ces filles, on distingue plusieurs catégories. La "bordel" celle là, c'est la fille qui a choisi de gagner sa vie avec ses charmes. Le plaisir restera secondaire pourvu que le partenaire la paye. Elle ne sera en aucun cas montrée du doigt car dans cette culture il n'est pas honteux de vendre son corps si l'on a rien à manger ou si on doit nourrir sa famille.
Puis il y a des filles qui travaillent ou qui n'ont pas besoin spécifiquement d'argent mais qui cherchent à tout prix un compagnon pour la nuit ou pour un certain temps. Dans ce cas de figure, il est normal pour l'amant de passage de payer même si cette fille a choisi son partenaire en fonction de son goût et que visiblement le sujet lui plaisait beaucoup. Elle ne comprendrait pas ne pas avoir de cadeaux après une nuit passée.
Les filles mariées lorsqu'elles se retrouvent séparées un certain temps ont coutume de prendre des amants intérimaires. Cela leur semble totalement logique. De même qu'elles ne peuvent pas comprendre qu'un homme puisse rester sans femme.
Il est très difficile pour un homme blanc d'aller boire un verre tout seul en terrasse. Dans ce cas précis, on assiste à un ballet de jeunes filles toutes aussi ravissantes les unes que les autres qui nous demandent avec insistance si elles peuvent nous tenir compagnie. J'ai été complètement ahuri par les discours de ces demoiselles. Lorsque je leur disais que j'étais marié, elles me répondaient que ma femme n'était pas là et que pour elles ce n'était pas un problème. Lorsque je les renvoyais avec insistance, elles me demandaient vexées si j'étais homo ou si je préférais leurs copines. Il est certain que l'on est loin de notre éducation occidentale judéo-chrétienne et tout ceci me laisse perplexe.
La conséquence fait que le sida fait des ravages car la liberté des mœurs est complètement folle. La femme africaine est vraiment libérée contrairement à la femme arabe. Elle est souvent indépendante et n'hésite pas à vivre sa vie. Le sexe n'a pas la même valeur symbolique que pour nous et les individus se mélangent sans aucun tabou et souvent sans prendre de protection.
En guise de bizutage mes nouveaux amis expatriés s'étaient beaucoup amusés en m'emmenant un soir boire un verre dans une discothèque connue de la ville. Un grand Black d'environ 1m90 et 100kg filtrait l'entrée de ce repère de noctambule en goguette. Sans mauvais jeu de mot je dirais que pour rentrer ici il faut montrer patte blanche. Bien sur mes amis, reconnus sont salués par le videur comme si c'était des vieilles connaissances. Leurs notoriétés nous dispensèrent de prendre une entrée et nous accédâmes après un couloir assez étroit au bar de l'établissement. Une dizaine de salons particuliers s'articulaient en s'ouvrant sur une grande piste de danse. L'endroit pouvait sembler glauque si nous le comparons à nos discothèques européennes cependant il s'agissait d'un haut lieu de la nuit Yaoundaise. Nous primes place au bar pour consommer.
De cet endroit nous avions une vue panoramique sur tout ce qui se passait ici.
Les salons particuliers étaient souvent occupés de groupes de filles toutes plus jolies les unes que les autres, d'autres salons étaient déjà squattés par quelques "sommités" locales accompagnées de leur "cour".
Je commandais un wiski glace qui se révéla une erreur grave à ne pas renouveler l'avenir. Cette consommation m'a valu un réveil douloureux avec l'impression que tout le trafic ferroviaire passait dans ma boite crânienne. Apres explication, mon ami Pascal m'expliqua que c'était la dernière chose à faire car les glaçons étaient fait avec l'eau du robinet c'est à dire non potable et le wiski était directement importé du Nigeria c'est a dire frolaté. Mais pour l'instant ce breuvage exotique n'avait pas encore fait effet et je passais mon temps à observer les comportements.
Mon regard vagabondait dans le vide en observant ici et la les différentes personnes qui s'y trouvaient. Sans vraiment le regarder mes yeux se posèrent sur un groupe de filles. Certaines d'entre elles me lancèrent des sourires auxquels je répondis par politesse. N'y prêtant pas vraiment attention, mes amis et moi reprîmes nos conversations sur nos états d'âme et sur le pays.
Alors que je ne m'y attendais pas une charmante jeune fille du groupe un peu plus hardie que les autres s'approcha de moi. Sans y prêter une attention particulière je continuais à discuter avec mes amis. Elle se serrait contre moi à tel point que gêné, j'étais obligé de m'écarter. Son comportement devenait indiscret mais je pensais que devant mon indifférence elle finirait par se lasser. Il y avait pas mal de monde autour de nous et j'étais assis sur un tabouret de bar quand soudain cette chère créature se retrouva carrément les fesses contre ma braguette en se frottant joyeusement. Littéralement halluciné par ce genre de pratique je restais complètement désorienté. Je lui priai poliment de viens vouloir arrêter. J'étais à des lieues d'imaginer sa réponse. Pourtant elle rétorqua :
" J'ai envie de te baiser"
Carrément sidéré je restais quoi. Mes amis goguenards riaient sous cape, habitués à ce genre de comportement. Ils l'envoya vertement boulé en la menaçant d'appeler le videur.
J'avais vraiment l'impression de vivre dans un rêve ne comprenant rien à tout ce qui se passait. Nos éducation occidentale nous apprenaient le respect des femmes et la galanterie. Même devant un tel comportement il m'était difficile de pousser cette jeune fille et de l'envoyer vertement balader. La jeune fille toujours aussi souriante retourna s'asseoir avec ses copines comme si rien n'était et mes amis de rajouter :
Si on a envie de baiser on te sifflera.
Pascal se tourna vers moi et me dit : «
- Elle te plait ?
- Laisse tomber je ne suis pas venu au Cameroun pour cela. »
Une heure ou deux plus tard, beaucoup plus alcoolisé, nous rentrons dans nos domiciles respectifs pour le reste d'une nuit réparatrice.
La vie au quotidien
La vie est très douce ici, même si le pays est indépendant de puis longtemps, l'esprit colonial est resté ancré dans les mentalité. Paradoxalement, c'est surtout chez les noirs qu'on le ressent le plus. Au risque de choquer certain, pour les noirs que j'ai rencontré l'homme blanc leur parait toujours supérieur. C'est très compliqué d'avoir des rapports simples. Le choc des cultures est monumentale et l'homme blanc qui ne tient pas sont rang est méprisé par les noirs. Les délires des philosophes de salon parisiens bien nourris s'offusquant de ces situations semblent vraiment hors norme lorsque l'on est sur le terrain.
Bien sur la vie s'organise avec des gens de maison même si cela n'est pas dans notre culture. Mais finalement se faire servir n'est pas non plus désagréable. Je pense que l'on doit s'y habituer très vite. La contre partie est de ne plus avoir d'intimité et de se sentir chez soi un peu comme l'hôtel. A titre d'exemple ne lavant ni repassant mes vêtements ce sont ma bonne et mon gardien qui les rangent dans les placards. La conséquence fait que je n'ai aucune idée de l'endroit ou ils se trouvent.
Le fait d'embaucher des gens de maison permet à pas mal d'individus de survivre car bien sur ces personnes n'ont aucune formation et sont quasiment illettrées. Elles ne pourraient pas vivre sans ces petits boulots. Les données ne sont pas les même qu'en Europe les Camerounais peuvent vivre avec de très petits revenus. La nourriture ne coûte pratiquement rien et le climat accepte des conditions de logement précaire. A titre de référence le salaire moyen pour la classe ouvrière est de 100 euros par mois
La vie au quotidien peut être ponctués de nombreux désagréments qui nous sont littéralement étranger en Europe. En saison sèche, à cause de la pénurie d'eau dans les lacs de barrage et l'absence d'entretien de ces derniers, la Sonel (EDF local) est obligé de rationner l'électricité. Il y a des coupures tournantes quartiers par quartiers de 18H à 23H deux fois par semaine. Outre ces coupures les factures sont complètement fantaisistes et les taris sont proportionnels au degrés de blancheur de la peau.
Pour l'eau même combat on la coupe deux trois fois par semaine mais cette fois-ci, c'est souvent sans prévenir. Il est facile d'imaginer que cela est très pratique lorsque l'on se trouve sous la douche. C'est ce genre d'inconvénient qui m'a fait comprendre l'utilité des bouteilles en plastique remplies d'eau couvrant toute une partie du sol du cellier. Lorsque l'eau revient il faut la faire couler un long moment afin qu'elle reprenne une couleur a peu près transparente. Les factures d'eau sont là aussi faites à l'appréciation du client. Pour ma part j'ai exactement la même somme avec exactement la même consommation tous les mois. Malgré mes diverses protestations en expliquant que cela serait un miracle que je dépense au décimètre cube près la même quantité d'eau tous les mois, rien à y faire. Je dois payer l'eau de tout le quartier. De plus le préposé qui relève les compteurs d'eau porte des lunettes de myope a carreau comme des loupes et je le soupçonne fort de ne pas être capable de lire les chiffre.
La compagnie d'électricité a été reprise par une compagnie Américaine. La gestion de cette entreprise est un véritable gouffre financier. La politique énergétique de ce pays n'a jamais été posée. De croire qu'ils seraient capable d'anticiper serait pur illusion. La conséquence est qu'il n'existe qu'un seul barrage pour alimenter le Cameroun et une partie des turbines de ce barrage sont envasées. Il faudrait le vider et priver le pays d'énergie pendant 6mois pour entretenir les installations. Les grandes villes s'étant agrandies de façon spectaculaire, le Cameroun à été complètement dépassé par son développement industriel et sa démographie. Les infrastructures n'ont pas suivies.
La vie à Yaoundé n'a rien de très passionnante. Il n'y a pas beaucoup d'activités à part les restaurants et les discothèques, il ne reste que les clubs.
Le club hippique où il est possible de faire du manège s'est doté d'un animateur français qui donne des cours d'équitation. Chaque année ce club organise un concours doté de prix. Les cavaliers viennent de différents endroits du Cameroun et notamment d'un autre club très important situé à Douala. Bien sur ces clubs sont en quasi-totalité fréquentés par les blancs. Le club house très agréable est ouvert aussi aux personnes comme moi qui ne montent pas à cheval beaucoup d'occidentaux s'y retrouvent. C'est devenu notre cantine du vendredi soir
Le club France avec ses tennis, sa piscine et diverses activités est juste en face de chez moi C'est un club qui avait été fondé il y a relativement longtemps afin que les français puissent s'y retrouver pour mieux se connaître. Tous les dimanches un certain nombre d'habitués s'y retrouvent pour un repas et y passer la journée. Naïvement je pensais que la solidarité entre compatriotes était naturelle. Je compris plus tard les différentes mentalités de mes concitoyens. J'appris vite à mes dépens qu'à la différence de l'être dont tout le monde se fout, le paraître est indispensable. Comme à la mode camerounaise beaucoup de ces «expats » ne vivent que pour la frime et le superflu.
Le club de Golf est très cher mais possède un green très agréable. Ce club sélectionne ses membres en appliquant une cotisation annuelle qui dissuade celui qui n'a pas le compte en banque bien garni.
L'activité économique
L'économie du Cameroun est principalement dominée par le bois. La majorité de mes amis ont fait fortune grâce à cela. Diverses activités s'articulent autour de cette dernière. En haut de la chaîne l'abattage en foret. Cela se passe par l'attribution d'un droit de coupe de certaines essences dans une foret communautaire. Bien sur il y a des redevances à payer à l'état, des bakchich aux fonctionnaires sans oublier les élus locaux.
Les forets étant situées dans des villages excentrés de grands axes routiers il faut parfois ouvrir les pistes, ce qui représente parfois des dizaines de kilomètre de voie d'accès Apres il faut s'occuper des villageois qui essayent aussi de récupérer leurs part du gâteau.
L'exportation des troncs d'arbres bruts (les grumes) est devenue interdite pour mieux gérer la forêt. Cela a permis de greffer d'autres activités de transformation. Une fois que l'arbre est abattu plusieurs solutions. Il peut être transporté vers une scierie où il sera transformé en planches madrier ou autres découpes avec des sections bien précises. Ensuite ces morceaux de débités seront conditionnés de façon particulière pour être embarqués sur des bateaux au port de Douala pour l'exportation. Il arrive aussi que ces grumes soient débitées sur place au pied de l'arbre et conditionnées de la même manière évitant beaucoup de manutention avec des engins lourds.
Le bois génère des activités de transformation, de transport, d'exportation et aussi d'artisanat local tel que meubles et constructions. La forêt Camerounaise est gérée par l'état mais aussi par des organismes mondiaux qui s'enquièrent de savoir si le patrimoine forestier n'est pas amputé. Apparemment les prélèvements qui sont fait ne mettent pas en danger la ressource forestière. Il faut savoir qu'il existe plus de 2000 essences de bois et que seulement une quinzaine sont exploitées dans des conditions très précises.
L'agriculture est aussi un vecteur économique important à travers le café et le cacao mais d'après ce que j'ai pu en entendre a travers d'anciens exploitants indépendants cette activité a été trusté par des groupes mondiaux qui ont imposés leurs lois du marché ne laissant aucune alternative aux petites et moyennes exploitations. Cependant le marché de la banane arrive encore à tirer son épingle du jeu notamment à l'exportation.
Le pétrole est depuis peu exploité et devient une ressource économique à part entière. Elle profite malheureusement à un nombre restreint de personnes pour seulement dans la plus part des cas à quelques compagnies étrangères. Ces dernières arrosent copieusement les fonctionnaires en charge de ces questions.
Des terminaux pétroliers sont installés sur l'océan au large de Kriby Récemment un pipeline a été construit pour acheminer le pétrole du Tchad jusqu'à l'océan Atlantique. Ce chantier de plusieurs années a permis de booster provisoirement l'activité économique
Le reste se compose de la pèche de l'industrie agroalimentaire et de l'industrie textile, la pèche restant très artisanale
Il y a d'énormes différences de niveau de ressources entre les individus. Le plus choquant est de constater la misère dans certains quartiers. Beaucoup de gens n'ont pas accès aux soins médicaux les plus élémentaires et il faut savoir que l'on meurt plus du palu ici que du sida alors qu'un traitement antipaludéen ne coûte que 3 euros.
Il n'est pas rare de croiser dans la rue, des estropiés des lépreux et toutes sortes d'handicapés qui visiblement n'ont pas eut de soins et n'imagine même pas les progrès de la médecine pour lutter contre leurs misères. Il y a encore beaucoup de gens qui ne mangent pas à leur faim. Les conditions d'hygiène dans les quartiers sont littéralement démentes. On ressent une absence total d'éducation à ce sujet. Bien sur il est possible de survivre avec très peu d'argent mais tout le confort qui nous semble élémentaire chez nous sera exclu pour ces malheureux.
La ville se compose en quartiers mais il existe aussi ce que l'on appelle ici les sous-quartiers. Là vivent les plus miséreux d'entre eux et forment une partie importante de la population globale. Formés de baraques en matériaux de récupération, une faune importante vit sans eaux courante et souvent sans électricité. Les enfants dans la chaleur moite se baignent dans des marres insalubres ou se déversent les égouts. Diphtéries, paludisme, polio, dissentries et toutes sortes de maladies se propagent joyeusement. Il n'est pas alors étonnant d'apprendre que la moyenne de vie s'arrête à 48 ans pour citoyens de cette nation
Heureusement l'échelle sociale a d'autres barreaux et la classe ouvrière est légèrement mieux lotie. Cette partie de population arrive à se loger de façon un peu plus descente et a souvent l'eau et l'électricité. Les foyers ou les hommes sont souvent partis mettent tous le monde à contribution. Même si les mères arrivent à envoyer de façons sporadiques leurs enfants à l'école, il n'empêche que ces derniers doivent amener leurs parts de travail au foyer familial. C'est comme cela que l'on retrouve des enfants faire des multitudes de petits boulots. Dans cette catégorie de classe sociale on retrouve des personnes comme ma femme de ménage ou mon gardien. Ma femme de ménage vit seule avec ses deux enfants alors que mon gardien lui vit en famille avec ses frères et ses parents.
Pour nous Européens, la vie n'est pas particulièrement bon marché dans la mesure où je ne sais pas et ne veux pas vivre à la locale. Notre condition de blanc a un effet inflationniste sur tous les biens et les services de consommation. C'est très compliqué d'avoir un prix juste même sur des choses aussi évidente que l'électricité ou l'eau comme je le disais plus haut. Pour exemple, ici nous n'avons pas de télévision hertzienne alors il faut s'abonner au câble. Ce dernier service me sembla assez surréaliste. Lorsque la première fois j'ai fait une demande d'abonnement, j'ai vu arrivé un gars qui a grimpé sur le pylône télégraphique à l'angle de mon jardin comme au cocotier. Il a raccordé des fils et m'a dit que c'était bon ! Bien sur sans s'attendre à de la fibre optique j'aurais pensé que le câble dépendait d'une technologie un peu plus sophistiquée. Mais qu'importe ce la fonctionne avec une dizaine de chaînes. Une fois son escalade terminée le préposé au câble m'a annoncé sans complexe que pour les blancs cela faisait 5 euros par mois. Je lui demandais alors goguenard si le tarif n'était pas le même pour tous le monde, il me répondit sans aucune gène : « Tout a fait » et que pour les noirs c'était seulement 3 euros.
Il existe aussi de l'autre coté de la barrière une caste de camerounais très riche qui ne se privent pas de l'afficher avec des grosses limousines. Leur passe temps favori est de flamber dans les endroits ou ils sont vus. C'est en général des proches du pouvoir qui ont su organiser les combines de plus lucratives. Ce qui est choquant c'est que ces individus sont restés de véritables esclavagistes envers leurs frères de couleurs. Ils méprisent et exploitent les gens qui travaillent pour eux.
Pour illustrer cela, j'ai l'exemple de ma bonne qui avait décidé de changer de patron pour venir travailler chez moi. Elle a été aussitôt chassée sans être payée par ses anciens patrons. C'est pour cela que les gens de maisons souvent préfèrent travailler chez les blancs que chez ces individus. Tout cela provoque d'énormes différences et crée des tensions sociales énormes.
Je suis assez choqué par ce genre d'individus qui n'ont même pas le privilège d'être érudit mais seulement imbus de leur personne. Sans doute est-ce à cause du complexe de leur peau. Malheureusement cette vision négative s'appuie sur les différents personnages que j'étais amené à croiser.
Le système ici est assez fou, tout s'achète, les diplômes, les permis tout est possible. Apres avoir fait établir ma carte de séjour je devais faire faire mon permis de conduire camerounais. Le fonctionnaire de ce qui pourrait être la préfecture locale m'a expliqué que pour la modique somme de 90 euros je peux faire rajouter les tampons qui me manquent. Je pourrais être ainsi crédité du permis poids lourd et le transport en commun sans jamais les avoir passés. C'est comme cela que cela se passe ici pour grand nombre de personnes qui n'ont jamais passé d'examen. Ces tampons sont bien sur officiels et en aucun cas des faux c'est pour cela qu'il est tout à fait possible une fois arrivé en France de faire valider ces permis et le tour est joué
Le problème est qu'il est très difficile de connaître les compétences de nos interlocuteurs. Je pense qu'il y a certainement des cadres de grandes valeurs qui ont le mérite d'avoir passé leurs diplômes par la force du travail. Mais il est tout à fait possible de rencontrer dans un poste clé un abruti fini fils d'un riche camerounais influent. Il peut tout a fait occuper cette fonction par piston avec un diplôme acheté et bien sur sans aucune connaissance.
Au début et assez naïvement j'étais tenté de croire certains individus que je rencontrais. En général ces derniers toujours très bien habillés avec des lunette de vue pour ce donner des airs intellectuels affichaient des cursus scolaires très impressionnant. J'en serais presque arrivé à les croire et penser en les écoutant que la majorité avait des bac plus 10. Cependant lorsque l'on devait travailler avec eux la réalité était loin d'être en adéquation avec ce qui était annoncé.
La nomenklatura locale résonne au jour le jour pour des profits immédiats. Les classes dirigeantes préfèrent payer des diplômes à leurs enfants que des cours particuliers. Ils n'ont pas compris que dans la mesure où le système éducatif est corrompu leurs diplômes n'auront aucune valeur et ne seront jamais reconnu. D'ailleurs je crois qu'ils s'en foutent De plus l'effet pervers ne permet pas à ce pays une indépendance intellectuelle. Il est sur que tant que ce système sera en place, ce pays aura besoin de cadres occidentaux. Je pense que cette situation arrange beaucoup les pays développés qui peuvent organiser leurs bisness sans trop de mal.
La réflexion que je me fais, est que cette situation est principalement la faute des Camerounais. L'Afrique n'est pas encore prête à devenir adulte. Toute les mentalités que j'ai pu rencontrées n'on fait que corroborer ce sentiment. Dans la majorité les gens vivent ici que pour la frime et cela ne se traduit que par l'habit, la voiture, et le téléphone portable.
La Santé
Le plus compliqué est de trouver la bonne personne dans le milieu hospitalier car on peut tout a fait avoir à faire à un individu complètement incompétent ayant le titre de professeur en médecine.
A ce sujet, j'ai été témoin d'une aventure complètement extraordinaire. Un soir alors que j'étais chez moi je reçois un coup de téléphone à 20h 30. C 'était une jeune fille qui venait souvent discuter avec mes employées au salon et avec qui j'avais parlé peut être une fois ou deux. Elle avait eu mon numéro par je ne sais quel miracle. Elle paraissait complètement désemparée, je devais être le seul blanc qu'elle connaisse.
Elle commença à me raconter une histoire littéralement invraisemblable. Au début je l'écoutais méfiant. J'avais appris a me méfier des Camerounaises car lorsqu'elles peuvent escroquer un billet ou deux aux blancs elles ne s'en privent pas. À son ton désespéré j'écoutais son histoire.
Apparemment sa Tante qui avait 32 ans, enceinte de 7mois, était venu chez elle étant seule à Yaoundé. Cette femme qui était dans un état de santé pitoyable, venait demander du secours à sa nièce sa seule famille sur place. La nièce ne pouvant faire autrement, a rassemblé les 20000FCFA d'économie qui lui restait pour l'emmener dans une clinique qu'elle connaissait. (Car ici, si on a pas d'argent on ne vous soigne pas) Le médecin si on peu appeler ça un médecin lui répond que c'était un palu. (Ici des que l'on est malade on nous dit c'est le palu.) Il lui soutira l'argent qui lui restait pour effectuer une transfusion. L'état de la jeune femme n'a fait qu'empirer et finalement elle tomba dans le coma.
Face à cette situation ce médecin qui peut être ne s'était même pas enquit du groupe sanguin avant la transfusion se trouva devant son constat d'impuissance, je dirais même d'incapacité. Visiblement cette malade dont le cas empirait devenait gênant dans sa clinique. Mais ici on ne s'embarrasse pas avec les états d'âmes, donc sans aucune gène il dit simplement à la jeune fille qui accompagnait sa tante qu'il ne pouvait rien faire pour elle et continua en lui ordonnant de l'emmener à l'hôpital. La jeune fille qui n'avait plus d'argent protesta violemment en lui demandant de lui rendre ce qu'il lui avait malhonnêtement escroqué. Profitant de sa position sociale, sans aucun état d'âme en étant conscient qu'il était en train d'assassiner cette pauvre femme, il envoya vertement balader la jeune fille qui accompagnait sa malade en la menaçant d'appeler la police. Les gens ici connaisse les us et coutumes et savent très bien que les policiers donneront forcement raison à la personne la plus influente ou celle susceptible de laisser un bakchich
C'est ainsi que complètement désemparée cette jeune fille m'appelait pour que je puisse l'aider. Pris de pitié j'acceptais sa demande et la rejoignis devant la clinique pour lui amener 10000FCFA (15€) afin qu'elle puisse faire transférer sa tante à l'hôpital.
Une heure plus tard alors que j'étais rentré chez moi la jeune fille me rappelle effondrée. Elle m'explique que le médecin de l'hôpital lui avait dit que sa tante était morte pendant le transport. Elle continuait en m'expliquant qu'elle fallait qu'elle sorte sa tante de l'hôpital faute de quoi il jetterait le corps dans n'importe quelle fosse et qu'il fallait absolument qu'elle la ramène au village dans sa famille.
Cette histoire dépassait complètement ce que j'aurais pu imaginer. Et je n'arrivais pas à comprendre ce que je pouvais faire pour elle. Finalement je lui demandais ce qu'elle voulait. Elle me supplia de lui redonner 20000FCFA (30€) pour faire emmener la morte au village par un taxi. Evidement je l'ai rejoins cette fois ci à l'hôpital pour lui apporter ce qu'elle me demandait.
La jeune fille effondrée m'embrassait les mains. J'étais terriblement gêné. Elle poursuivait que si je voulais elle passera volontiers plusieurs nuits avec moi pour me rembourser. J'étais complètement déconcerté lui répondant bien sur qu'il n'en était pas question et qu'elle ne se fasse pas de soucis pour l'argent, je lui en faisais cadeau.
Je rentrais me coucher. Le lendemain je me demandais si j'avais bien vécu cette histoire ou si je l'avais rêvé tellement j'étais dépassé par ces évènements. Deux jours plus tard je décidais de raconter cette histoire à mon ami Pascal qui venait passer le week-end sur Yaoundé.
Lui, qui était en Afrique depuis vingt ans me répondit que cela ne l'étonnait pas. Il avait vu mainte fois des choses équivalentes lorsqu'il travaillait sur des chantiers en brousse Il me disait que les Camerounais entre eux n'étaient pas choqués d'enterrer leurs cadavre dans un trou en pleine forêt. De plus il n'y avait aucune législation sur l'état civil précisant les actes de décès.
C'était encore une sacrée leçon de vie que je venais de prendre! Je mesurais à présent les différences de valeurs que nous avions pour la reconnaissance de la personne humaine et surtout de la vie et de la mort. C'est un pays qui n'est pas géré, la corruption fait loi et il est pratiquement possible de tout faire dans la mesure ou on ne se compromet pas dans des activités subversives et que l'on a des amis bien placés.
Les états d'esprit et la circulation en voiture
La circulation automobile du Cameroun pourrait être élevé au rang d'art tant les règles sont complexes et l'exécution compliquée. Cela relève de la voltige. Ici il faut refaire l'apprentissage de la conduite et oublier le code de la route.
Depuis bientôt deux mois que je conduis dans Yaoundé je commence à trouver les modes d'emplois. On se trouve exactement comme dans un jeu vidéo géant car tout le monde veut passer en même temps. C'est de l'ordre du gymkhana.
Dans les carrefours personne ne se laisse passer, ce qui provoque des embouteillages monstres. Les automobiles s'encastrent à droite, à gauche, ils sont même capable de bloquer la voie d'en face pour se mettre en quatrième file sur une route à quatre voies, c'est complètement dingue. Le pire viens des taxis. Comme ils sont collectifs il s'arrêtent tous les 100 mètres pour déposer au prendre des clients mais cela peut être au milieu de la chaussée en deuxième voir troisième position. Certains sont capables de vous doubler pour se rabattre et vous bloquer pour s'arrêter. Pour orchestrer tout cela la police est omniprésente.
Les Policiers ici sont baptisés les "mange mille" (mangeant le billet de mille francs CFA) Cette expression viens d'un oiseau du nord du pays que l'on appelle le mange mil car il mange le mil. Tout est bon pour arrêter les voitures encore plus si le conducteur est blanc. Il s'en suit des palabres interminables ou les raisons de l'arrestation peuvent être des plus farfelues.
Un jour, il y en a un qui m'a arrêté pour me dire que j'avais brûlé un feu rouge. Je lui rétorquais qu'il ne marchait pas. (Il était carrément arraché de son pylône !) Ce dernier avec un aplomb inébranlable m'expliqua qu'il fallait que je regarde les voitures qui venaient de l'autre côté. Le plus comique de sa réponse c'était de constater que toutes les voitures passaient dans les deux sens. Bref après m'avoir fait comprendre qu'il faisait chaud et qu'il boirait bien une bière, l'incident c'est réglé avec le traditionnel billet de mille.
Comme si cela ne suffisait pas comme bordel monumental les autorités rajoute les leurs. Lorsque Popol sort (Paul Billat président de la république du Cameroun) tous les axes du centre ville sont fermés à la circulation pendant une demi voir une journée entière. La seule solution est de laisser sa voiture et finir à pied. En deux mois cela est déjà arrivé pour le président, le colloque africain des femmes de présidents et l'enterrement de l'évêque de Yaoundé.
Un soir après le travail me trouvant bloqué près de chez moi, Etant déjà rompu à quelques us et coutumes camerounaises, j'interpelle le policier à la façon locale:
"Et mon type on va dormir ici non?"
Réponse: « tu dis?
on va dormir ici non?
Il te faut la patience »
De fait la patience il en faut mais avec mille francs tout s'arrange et j'ai pu me faufiler sur le bas coté et rentrer chez moi.
Le gardien du salon habitué a ces journées de blocages urbains du aux déplacement présidentielle me demanda si ce n'était pas pareille chez nous avec Jacques Chirac ?
J'imagine Paris coupé en deux pendant une journée pour un déplacement officiel, cette image m'amusait beaucoup et je lui répondais sans autre explication :
« Non pas vraiment. »
Le plus dangereux reste l'axe Yaoundé Douala ou il est plus que recommandé de ne jamais l'emprunter la nuit. Il s'agit d'une route à trois voies assez bien goudronnée ou les voitures déboulent n'importe comment à des allures démentes. Ici plus les routes sont belles plus elles sont dangereuses. Toutes les semaines il arrive des accidents très graves mettant en cause des camions de transport de bois avec des autocars et des voitures particulières. Cela se solde généralement avec de nombreux morts.
La règle du jeu est de s'attendre à n'importe quoi dès que l'on a plus la visibilité. Il est tout à fait possible de se retrouver face un camion et un car doublant en troisième position en haut d'une côte. Dans ce cas la, il vaut encore mieux choisir le fossé s'il n'y a pas une glissière ou un ravin qui nous l'empêche.
La nuit c'est pire tout le monde roule plein phare ce qui a pour conséquence d'être souvent ébloui. Mais pour rajouter du piment à la sauce on peu trouver derrière un virage tout feu éteint au milieu de la chaussée un énorme grumier (semi remorque transportant le bois ) garé pour dormir.
Ce fameux axe lourd ressemble littéralement au salaire de la peur. On comprendra aisément que l'extrême vigilance est une question de survie.
Promenade à Mbalmayo
Le voyage allé
Depuis que j'ai ma nouvelle voiture j'ai décidé de me lancer dans l'aventure de la route africaine. Comme je l'ai précédemment expliqué cela n'est pas triste. Mais à présent j'ai une 405 et je me sens un peu plus protégé que dans ma petite voiture. J'ai décidé pour cette échappée de la journée de partir avec une connaissance camerounais ce qui facilite considérablement les négociations.
Henry m'indique la route, nous partons en direction de l'aéroport de Nismalen . La route est assez bonne. Tout le long du chemin, nous croisons des étales où des artisans locaux vendent le produit de leur travail. Les petits cars de transport de personnes roulent à des vitesses impressionnantes. Initialement prévu pour 20 personnes, ils doivent s'entasser au moins à 40 avec sur le toit des cabas, des régimes de banane et toutes sortes d'objets hétéroclites. Des camions d'un autre age se traînent dans les montées en fumant comme de vieilles locomotives. Mais malgré le manque total de visibilité de grosses limousines de camerounais aisés n'hésitent pas à doubler même en troisième position. Ils doivent penser que vu leurs positions sociales on doit leur laisser le passage. Pour ma part, lorsque je me fait doubler par ces grosses limousines au milieu d'une cote sans visibilité, je ralenti car si il y a un crash en haut de la côte je ne recevrais pas les morceaux.
Je décide de m'arrêter sur une étale d'artisan pour négocier un petit tambour Henry me dit laisse moi faire. L'étale se compose d'une dizaine de tambours de tailles différentes Je fais signe à henry que c'est le petit qui m'intéresse, et nous commençons la négociation. Le vendeur explique que les petits sont à 20 000F CFA . Sans un autre mot Henry dit 2000 Le vendeur répond non je ne peux pas 8000
Non 4000
Allez donnes moi 6000
Henry me dit viens on part, finalement je dis 5000 et je pars avec mon tambour. Dans la voiture Henry me dis tu aurais du partir il serait revenu et tu l'aurais eu à 4000.
La végétation qui nous entoure commence à devenir plus verte. De part et d'autre c'est la brousse qui borde notre chemin. Soudain un panneau nous annonce un péage, je crois rêver! C'est pourtant vrai !
Deux, trois plots fait en tronçons troncs d'arbre barre les deux tiers de la chaussée pour ne laisser qu'une seule voie de circulation. Là, un gendarme nous fait signe de s'arrêter. Je n'en crois pas mes yeux ce dernier tient une ficelle au bout de laquelle se trouve une planche à clou qui barre le reste de la route. Pas de doute il faut s'arrêter. On me demande 500FCFA et le gendarme tire sur sa ficelle pour m'ouvrir le chemin. C'est sur que le péage est artisanal mais efficace Ils ont été fait soit disant pour financer l'entretien du bord des routes afin d'éviter que la jungle envahisse les bas cotés.
Au bout d'une trentaine de kilomètres, nous arrivons a Mbalmayo . Henry me fait signe de m'arrêter pour demander l'endroit ou il est possible de prendre des pirogues pour explorer le Niong .
« Ebogo »
réponds la première personne interrogée
« C'est sur la route d'Ebolova tu verras après le pont sur le Nions il y a un panneau marqué centre touristique c'est le départ de la piste. »
Au bout d'une dizaine de kilomètres après avoir passé le pont nous trouvons effectivement le panneau appelé pompeusement centre touristique d'Ebogo ministère du tourisme 8 km . J'hésite à m'engager, la piste est très étroite avec des ornières énormes. Heureusement nous sommes en saison sèche et on m'a assuré que cela passait avec une voiture de tourisme.
La piste est bordée de fermes où les animaux domestiques se promènent en toute liberté. Les habitants toujours étonnés de voir un blanc et nous disent bonjour à notre passage. La piste se complique, le jeu consiste à garder les roues de la voiture hors des ornières. Par deux fois je racle le carter. Finalement ,nous arrivons à un petit pont de bois fait de bastaings et de planches qu'il faut passer pour sauter un petit filet d'eau. Il faut vraiment viser car les planches sont juste disposées pour le passage des roues enfin ça passe. Nous continuons cette piste en première car il est impossible d'aller plus vite, le chemin semble long. Après une demi heure de chemin, nous arrivons vers un endroit plus dégagé où enfin nous apercevons le fleuve Niong majestueux.
La promenade en pirogue
Un homme s'approche de nous et nous fait signe de se garer à l'ombre sous un grand arbre. Ca y est, on est arrivé. Tout de suite ce dernier nous demande si on est venu faire de la pirogue. Nous lui répondons et il nous conduit vers une espèce de paillote où il nous sort les tarifs des différentes promenades.
Apres avoir choisi la promenade qui nous promettait de nous faire voir le gros arbre, la grotte et le village, il nous demande si on veux manger le poulet grillé ou le poisson grillé car il fallait le temps de le faire cuire. Apres avoir vu les poissons, j'opte pour le poulet grillé avec frites et banane plantin. Alors que nous commençons à descendre vers la pirogue j'entends le caquètement du poulet. Je compris de suite que notre repas est en préparation.
Au bord du fleuve les pirogues sont attachées à un arbre. Ce sont des pirogues traditionnelles taillées à la main dans un tronc d'arbre. Le piroguier s'installe et me dit de prendre place. Je ne suis pas très rassuré car l'ensemble ne me parait pas très stable. Je dis au piroguier que je ne crains pas pour moi mais je ne voudrais pas mettre mon appareil photo à l'eau. Devant son assurance, je m'installe peu rassuré. La pirogue glisse en silence sur le fleuve juste le bruit de la pagaie trouble à peine cette quiétude. Nous effleurons les mangroves, les papillons et les fleurs créent un véritable festival de couleurs. Au détour du chemin un héron s'envole devant l'étrave de la pirogue. Les rives du fleuve sont bordées par la forêt dense. Après le tumulte et le monde que l'on croise dans les villes africaines, le lieu semble vraiment magique. La pirogue glisse et remonte doucement le courant. Puis le piroguier traverse le fleuve et s'engage sous les arbres où nous découvrons la grotte. Il m'explique que lorsque le fleuve est plus bas les femmes de pêcheurs se mettent ici pour préparer le poisson et éventuellement le vendre aux personnes de passage. Je lui demande s'il y a des crocodiles. Il me répond qu'on ne peut les voir que la nuit et que personnellement, il les chasse au fusil. Je lui demande si c'est possible d'aller avec lui ? Il me répond: aucun problème et qu'il pourrait même me faire voir les singes en train de boire.
La pirogue glisse à nouveau sous les arbres pour reprendre le lit de la rivière. Nous descendons une centaine de mètres et obliquons sur la droite pour s'arrêter au départ d'un chemin. Nous descendons. Le petit chemin s'enfonce dans la forêt dense en montant et serpentant. Au détour du chemin le guide s'arrête et me montre le gros arbre. En effet cela est impressionnant. Il m'explique que c'est un pachiloba . Il s'agit d'un arbres d'une quarantaine de mètres de hauteur et qui doit faire au moins cinq mètres de diamètre à sa base. Il fait parti des essences rares qui sont exportées du Cameroun. Jean Claude (le piroguier) prend mon appareil et me dit attends je vais faire la photo. Puis nous reprenons notre route.
Un peu plus loin, il me fait remarquer un collet posé par les pêcheurs pour piéger les petits animaux. Encore cinq minutes et nous arrivons dans une clairière où se trouve une petite maison faite de briques de terre séchées et de feuilles de palmier. Ici vit un couple de pêcheur avec leur chien. Loin de toute civilisation ce couple vit de pêche, de chasse et d'un peu d'agriculture. La femme ne parle que le betty. Jean Claude la salue dans sa langue. L'homme par contre connaît quelques mots de français. Jean Claude me fait visiter le jardin et me fait découvrir les plantes typiques africaines :
Le macabo ou l'on mange les tiges, le manioc dont les tubercules sont comestibles. Ils cultivent aussi du maïs, du tabac et pour finir diverses épices et des piments moitiés sauvages. Jean Claude me dit que si je veux, je peux faire des photos en leurs donnant une pièce. Je luis dit que je n'ai pas de monnaie il ne me reste que deux cent francs CFA. (Environ 25centimes d'euros) C'est beaucoup pour eux me répond-il. Visiblement l'homme a l'air très heureux de cette petite pièce et dit en Betty à mon guide qu'il veut m'offrir l'alcool local. Cette nouvelle me réjoui guère n'étant pas trop rassuré et me demandant si je n'allait pas m'empoisonner. Après les recommandations de mon guide, je finis par accepter. Le goût est surprenant, c'est entre l'alcool à brûler et le gin. Je demande avec quoi c'est fabriqué. C'est du vin de palme qui est distillé avec un alambic artisanal. Après cette collation notre ami pêcheur appelle sa femme pour la photo souvenir. Cette dernière ayant le sens de la mise en scène nous fait patienter et vient avec un régime de bananes pour agrémenter la pause. Cette situation entre le grotesque et la gentillesse nous démontre la gentillesse de ce couple. La dame et posant le régime de banane sur l'épaule à coté de son mari fier et droit comme un i. Après des poignées de mains interminables nous redescendons à la pirogue par le même chemin.
Nous glissons à nouveau sur la rivière et rejoignons l'embarcadère. Des enfants nus se baignent et des femmes lavent le linge. Nous accrochons la pirogue et je remonte jusqu'à la paillote où mon poulet grillé est prêt. Au retour Jean Claude me demande d'emmener son petit frère à Mbalmayo ce que j'accepte sans problème. La route du retour se fait sans encombre.
Kriby (le St Trop Camerounais)
Depuis le temps que j'entendais parler de Kribi, il était temps que j'en juge par moi même. Deux jours étaient suffisants pour cette escapade le long de l'atlantique. Je décidais de partir le dimanche matin de très bonheur pour affronter l'axe lourd, passage obligé jusqu'à Edéa. C'est le fameux axe lourd dont je parle plus haut comparable au salaire de la peur. Environ 200km à faire sur cette route très fréquentée puis encore une centaine jusqu'à Kriby
A 5h et demi il fait encore nuit à Yaoundé. Je sors de la ville direction Edéa avec mon guide préféré Henry (même direction que Douala) La route est pratiquement déserte le revêtement est excellent, je peux rouler à une moyenne confortable. J'essaye de me souvenir de tous les pièges qui peuvent m'arriver. Par exemple un gros grumier arrêté au milieu de la route à la sortie d'un virage sans feux, deux camions qui se double en haut d'une côte. Enfin toutes ces petites choses sympathiques qui arrivent tous les jours sur cet axe lourd. Apparemment la chance est avec moi et la route est déserte.
Le jour se lève doucement mais de fortes nappes de brume gênent la visibilité. Après une heure de route le jour est totalement établi et la brume dissipée. Nous arrivons au deuxième péage ou il faut donner les 500fcfa coutumier, en échange du droit de passage. Deux kilomètres après, je suis obligé de m'arrêter pour une crevaison. Nous ne sommes plus qu'à une vingtaine de kilomètres d'Edéa. Je change la roue et la ferais réparer à la prochaine halte.
Edéa doit être la ville des réparateurs de roues. A croire qu'ils ont du mettre des clous sur la route pour créer un marché 20 km plus loin. Je m'arrête près d'un ces réparateurs le long du trottoir et lui confie ma roue. Apparemment le pneu est foutu . Mais ici, les locaux ne manquent pas de ressources car dans les 5 minutes qui suivirent le réparateur revient avec un pneu d'occasion. C'est maintenant l'heure des négociations. Après s'être entendu sur un prix la réparation fut faite et la roue changée.
Nous repartons sur Kriby. Plus que 100km pour arriver à destination. La route est très belle et presque déserte. Les kilomètres défilent bordés de la forêt tropicale. Au détour d'un virage L'océan apparaît. Au Cameroun le temps est toujours brumeux et nuageux. Loin dans la brume, on peu distinguer le terminal pétrolier de Kriby. Encore quelques kilomètres et nous arrivons.
La route suit la plage, de nombreuses pirogues de pêcheurs sont remontées sur le sable et certains hommes viennent à notre rencontre pour essayer de nous vendre le produit de leur pêche. L'impression est assez étrange. Ici, comme dans beaucoup d'autres endroits au Cameroun, les villas débordantes de luxe jouxtent des baraquements en tôles ondulées. Certaines de ses villas semblent directement sorties d'un péplum avec leurs colonnades et leurs frontons. La ville s'étale en longueur le long du littoral sans vraiment un plan d'urbanisme. Il n'y a pas vraiment de centre ville. Passé un petit pont, nous continuons vers les plages. Maintenant la piste remplace le goudron. Elle devient de plus en plus impraticable. Il faut à présent zigzaguer entre les énormes trous et les bosses. Comme dit une publicité télévisuelle Camerounaise, la Peugeot c'est vraiment la voiture de l'Afrique. Encore 5 km de piste chaotique, et nous arrivons à un des buts de notre voyage. Le départ de l'expédition vers les pygmées.
Expédition chez les pygmées
Nous garons la voiture après un pont et là, les piroguiers nous attendent pour la fameuse découverte. La négociation démarre, je laisse faire Henry beaucoup plus doué pour cet exercice. Finalement nous convenons d'un prix. Trois campements de pygmées sont implantés le long du fleuve. Le premier qui a été corrompu par les touristes est un attrape nigauds ou les individus sont de véritables voleurs. Personnellement nous avons optés pour le deuxième campement qui est à 3 heures de pirogue. Là, les individus ont déjà moins vu l'homme blanc. Pour le troisième campement il faut deux jours, c'est déjà plus compliqué et malheureusement ma chère patronne ne me laisserait pas ce loisir car elle ne cesse de me répéter que je ne suis pas venu ici pour faire du tourisme. .
Nous montons à quatre dans une grande pirogue, les deux piroguiers Henry et moi. On me place à l'avant pour avoir la meilleure vue afin de faire des photos. Les deux piroguiers frappent en cadence la rivière et nous avançons sûrement à contre courant. Le soleil tropical se fait lourd et nous apprécions grandement les passages à l'ombre sous les branches. Le fleuve est majestueux, il semble être vierge, aucune route n'est venue troubler la quiétude de la forêt. Le long du chemin nous croisons des pêcheurs en pirogue. La vision est d'un autre temps. La forêt qui nous borde est dense et nous pouvons entendre tous les bruits des animaux. La chaleur est de plus en plus forte, je transpire énormément et ma chemise n'est plus qu'un bout de tissu mouillé. Je n'ose pas me rafraîchir dans la rivière imaginant tous les microbes qui doivent y résider. Heureusement que j'avais pensé à apporter avec moi une bouteille d'eau car, même chaude, elle suffit à désaltérer et compense la sueur que nous évacuons.
Au détour d'un méandre la pirogue s'arrête et nos guides nous font voir les singes. Une colonie de petits singes sautent de branches en branches et exécutent un véritable ballet. Un d'entre eux se niche à la fourche d'un arbre juste devant nous et ne semble pas du tout gêné par notre présence. Nous pouvons nous approcher encore un peu, cela me permet de le prendre en photo. Après cet intermède. Nous reprenons notre route.
Le soleil de plomb nous écrase. La pirogue glisse en silence sur le fleuve. Le temps semble s'être arrêté. Il est midi. On a l'impression que la chaleur a coupé le son de la forêt. Les guides nous informent que nous ne sommes plus très loin. Après un méandre du fleuve, nous apercevons de gros rochers posés ici et là comme si une main divine avait façonné un embarcadère naturel. Nous sommes arrivés à la fin de notre étape en pirogue et au début du chemin qui nous mène au campement pygmée.
Dès le pied posé à terre entre les rochers et le chemin, une fourmilière nous barre la route. Le guide nous explique qu'il faut la passer en courant faute de quoi nous risquons d'être dévorés par ces adorables bestioles. Nous entamons le chemin en sous bois. La chaleur est désormais plus supportable. Il nous faut marcher encore environ deux kilomètres. A l'orée d'une clairière, nous apercevons le premier signe de vie. Un homme fabrique de l'huile de palme à l'aide d'une presse rudimentaire. C'est assez extraordinaire de voir l'inventivité des hommes lorsqu'ils n'ont rien. Des pieux plantés dans la terre au dessus d'un fut de 200 litre coupé en deux avec un bâton et des lianes sont les uniques éléments de cette presse. Le campement n'est plus très loin. Nous arrivons vers une nouvelle clairière où nous trouvons plusieurs huttes faites de branches et de palmes.
Les guides nous font arrêter et partent discuter avec le chef. Nous sommes loin de toute civilisation et ici les pygmées ne parlent que oundo. Après 5 minutes de palabres et certains signent indéchiffrables, nous approchons du chef qui me salue en prenant mes deux mains, hochant la tête en signe de respect. Puis il me fait signe qu'il veut le cigare que je suis en train de fumer. Je lui tends sans hésiter. Il commence à entamer une palabre interminable avec mon guide. Je comprends qu'il lui demande de traduire. Il nous explique ses techniques de chasse en mimant les actions. Je comprends qu'ils chassent à plusieurs. Certains rabattent le gibier et d'autres tendent des filets où lancent leurs sagaies dont les pointes sont empoisonnées pour capturer le gibier.
Apres cette explication, une mise en scène s'improvise. Le chef positionne ses bambous et frappes dessus avec des baguettes pour donner le rythme. Un autre sort un balafon d'une hutte. Les hommes commencent à s'élancer dans une danse guerrière en frappant le sol de leurs sagaies. Puis c'est le tour des femmes qui s'élancent contre les hommes. Un des pygmées vient me chercher pour venir danser avec eux, alors une ronde se dessine autour de moi avec le rire des hommes et des femmes. Cet accueil bon enfant me ravie et je me laisse aller à la farandole avec eux sans trop me poser de questions. Les festivités terminées je suis invité à m'asseoir à coté du chef. Heureusement aujourd'hui je suis dispensé de partager des breuvages divers. Un de mes amis m'expliquait qu'il y a une vingtaine d'année alors qu'il prospectait en foret pour sa compagnie, fut obligé de rencontrer la tribu pygmée qui habitait ce territoire. Alors qu'il avait amené du sel et du wiski selon la coutume, le chef de la tribu le fit assoire à sa droite et lui tendit un crâne humain a moitié rempli de wiski qu'il du boire pour ne pas froisser les susceptibilité. Visiblement j'ai pu échapper ace rite.
Il s'agit à présent de négocier les cadeaux que je vais lui faire en échange de leur prestation. N'ayant pas eut le temps d'acheter de l'alcool et du sel avant de partir, je dis à mon guide que je ne peux leur offrir que de l'argent. Bien qu'habitant au milieu de la forêt ils descendent de temps en temps vers la civilisation pour se ravitailler en produits de première nécessité (sel, alcool, tabac). Un billet de 10000Fcfa (10 euros) donné au chef fera l'affaire. Le chef et se acolytes nous saluent et nous reprenons le chemin du retour.
Au bout de vingt minutes de marche qui nous ramenait à la pirogue, un des guides s'arrête et me fait voir une termitière. Il la détache et me dit de la ramener en souvenir. Ah mon dieu que devons nous faire pour ne pas blesser les suceptibilités! Nous rejoignons la pirogue. Cette fois-ci, nous sommes dans le sens du courant et la pirogue descend beaucoup plus vite. Le soleil nous écrase toujours autant. Les piroguiers semblent pressés de rentrer et rament de plus en plus vite. Au détour d'un méandre ils s'arrêtent vers un pêcheur en pirogue pour négocier des poissons. Puis nous repartons les rames cadencent leurs chants locaux. La cadence est de plus en plus rapide. Nous rattrapons une autre pirogue où se trouve d'autres blancs. S'entame alors une course jusqu'à notre point de départ. 4h se sont écoulées depuis notre début de cette aventure. Nous rejoignons la voiture écrasée par la chaleur.
Les plages et les chutes de la Lobe
Il n'est que 16H, Henry me signale qu'il faut absolument aller voir les chutes de la Lobé qui se trouvent seulement à 2km. Devant son insistance et la description qu'il me fait du site, nous reprenons la piste. En effet 2km plus loin derrière un virage, une pancarte nous indique :"chutes de la Lobé."
Je m'engage dans le petit chemin au bout duquel une dizaine de gamins courent vers nous, comme d'habitude dans ce pays, la vue du blanc crée l'hystérie collective pour savoir qui va pouvoir lui soutirer de l'argent. Toutes les propositions sont possibles. Et dans le cas présent cette horde sauvage veut se transformer en gardiens de voiture. Apres m'en être débarrassé, nous avançons sur la plage en direction de ce point de vue exceptionnel.
Lorsque l'on est blanc et de surcroît pas habillé en loques il est très difficile d'avoir une paix relative pour apprécier les coins magnifiques de ce pays. Bien sur pour ne pas faillir à la règle, de nombreux gamins nous accostent pour nous proposer des multitudes de services allant de la balade en pirogue à la vente de poisson. Fatigué de tout cela, je trouve quand même le ressort de faire preuve d'extrême fermeté pour me débarrasser de tout cette nuée de gamins Enfin nous arrivons à l'endroit désiré après un petit quart d'heure de marche dans le sable d'une plage magnifique de l'atlantique.
Il est vrai que le site vaut le déplacement. La rivière Lobé large à cet endroit d'environ 100M fait un saut à travers les rochers d'une quinzaine de mètres pour se jeter dans l'océan. Cet endroit me remémore les films de robinson Crusoé de mon enfance. Il est facile d'imaginer en voyant cet endroit le paradis sur terre où la mère nature exubérante nous comble de tous les trésors dont on oserait même pas rêver. La rivière est bordée d'une végétation tropicale luxuriante. Les cocotiers se disputent la place au milieu des bananiers, des manguiers ou encore d'autres essences que je ne connais pas. Tout cela dans une lumière équatoriale que l'on trouve nulle part ailleurs qu'en Afrique. L'instant est magique, le temps s'arrête! La beauté impressionnante du paysage nous force à la méditation.
La faim commençant à nous titiller, je demande à Henry s'il connaît un endroit sympathique ou nous pourrions rassasier notre faim? Nous repartons sur la piste pour aller vers une plage nommé Tara. C'est seulement plus tard que j'appris la renommée de cet endroit.
Au bout d'un petit chemin nous découvrons une ravissante paillote avec une immense terrasse ombragée juste devant la plage. Les grands rouleaux de l'Atlantique viennent se briser délicatement devant nos pieds. Afin d'ajouter une touche exotique à la carte postale nous pouvons observer les pirogues des pêcheurs qui jettent leurs filets à quelques brasses de la plage. L'endroit est paradisiaque. En cette fin de journée, le soleil bas sur l'horizon nous offre des lumières surréalistes. Cette douceur de la fin de journée nous enveloppe d'une tiédeur agréable.
Je demande au serveur nonchalant si l'on peut manger? Au bout de quelques instants la réponse fut ponctuée d'un :"
Pas de problème patron."
Il nous fait voir de jolis bars péchés par ces fameux pêcheurs que nous voyons œuvrer. Il nous propose de nous les faire cuire sur la braise selon la célèbre recette Camerounaise du poisson braisé! Cette proposition arrosé de la bière du Cameroun et accompagnée de frittes dans ce moment de quiétude intense m'amène un réconfort incomparable après une journée bien remplie..
Connaissant la rapidité légendaire du service africain, je ne résiste pas à piquer une tête dans cette eau qui doit certainement avoisiner les 34°. Jamais un bain de mer ne fut autant apprécié pour faire oublier les chaleurs du début et milieu d'après midi. Le bleu du ciel la douceur de l'eau et le repas qui nous attend, tout cela ressemble à un avant goût du paradis. Ayant rejoint ma table ou le couvert est dressé, avec la simplicité d'une guinguette du bal des pompiers, j'ai la surprise de reconnaître en mon voisin de table la personne de Yannick Noah qui se repose en famille dans le plus grand anonymat. Ici il est sur d'être à l'abri des photographe de Closer ou de Pari match.
L'endroit d'ailleurs ne peut pas se prêter à autre chose. Le poisson grillé aux feux de bois et ses frittes prennent grâce au cadre des dimensions de festin. La bière glacée après tant de chaleur coule comme une source fraîche au fond de la gorge. Le temps prend une autre dimension on a envie de l'arrêter comme si on pouvait vivre un moment d'éternité. La sieste sur une chaise longue à l'ombre des figuiers sauvages avec la mélodie du flux et du reflux de l'océan sur le sable doré contribue à une détente absolue que nul professeur de yoga n'aurait pu me procurer. Encore un ou deux bains de mer pour avoir le courage de s'arracher à cet Eden du bout du monde. C'est le temps de trouver un endroit où passer la nuit.
Deux kilomètres plus loin une autre paillote propose des chambres. Cela n'a rien de luxueux. C'est une minuscule case bétonnée par terre avec un ventilateur et un réduit où se trouve un WC et une douche sans eau chaude. Les draps semblent propres et le prix de 10000f CFA(15€) est plus que correct pour passer la nuit dans ce refuge. Avec l'expérience je privilégie plus les ventilateurs que l'air conditionné que l'on trouve souvent dans ce genre d'endroit. En général ces climatisations qui font autant de bruit qu'une locomotive n'ont pas un rapport de rendement proportionnel au niveau de décibels qu'elles produisent. Les ventilateurs ont au moins l'avantage de rafraîchir l'air et de chasser les moustique qui n'arrivent pas à remonter le courant d'air.
Il faut reconnaître que même si ces paillotes ressemblent plus à des poulaillers qu'à des chambres d'hôtel cela reste moins cher qu'un formule1 pour être sur la plage avec vue sur l'océan. Je décide donc après négociation du prix et réservation, de poser mes affaires ici. La nuit n'est pas encore tout a fait tombée cela nous laisse le temps de repartir sur Kribi pour découvrir le bourg.
Nous nous m'installons sur la seule terrasse de bar à peu près sympa de l'endroit. Quelques instant plus tard je vois arriver un home d'une soixantaine d'années cheveux blonds et blancs au vent chevauchant une Harley-Davidson. Il est accompagné d'une charmante jeune femme au teint noire ébène qui se colle à lui sur sa monture. L'homme me salue et prends place deux table plus loin. Je me dit que se pays n'arrête pas de me réserver des surprises et que c'est vraiment l'endroit des contrastes, les riches ou les pauvres, les blancs ou les noirs, les malades et les estropiés ou les individus débordants de bonne santé, ces villes grouillantes de saleté et de laideur et cette nature majestueuse enfin ces jeunes se mélangeant avec ces vieux! Bref, il est difficile de rester indifférent devant ce spectacle qui nous saute aux yeux tous les jours sans réfléchir à la condition humaine.
Après toutes ces considérations didactiques j'apprécie la quiétude du moment. La fatigue commençant à me prendre je décide de rentrer à ma case pour un bon sommeil réparateur.
Le gros ventilateur brasse un air tiède et je ne mets pas longtemps pour m'endormir. La forêt proche laisse échapper des cris d'animaux sauvages. Tout ceci se mêle avec le bruit des vagues et quelques conversations animées de quelques locaux perpétuant la tradition de la palabre.
Je dors d'une seule traite et me réveille seulement le lendemain matin à 8H. J'ai l'impression d'avoir dormi des jours tant le repos fut réparateur. Quel bonheur de se lever face à l'océan et de piquer une tête dans l'eau chaude en guise de douche matinale. Quel luxe de ce qui est ordinaire ici : se faire servir en terrasse un petit déjeuner copieux seul face à l'océan dans la lumière du matin.
Devant moi une journée à farnienter avec aucun objectif précis. Il me faut seulement distiller ces moments trop fugaces afin de les graver à vie dans ma mémoire. Accumuler cette douce chaleur au cas ou je serais obligé de vieillir dans la grisaille de nos villes occidentales entre pluie et brouillard. Exacerber le temps présent dans ces promenades sur ces plages désertes entre mangrove et sable chaud. Ces moments sont si rares ou nous pouvons nous laisser porter par la vie en prenant la mesure du privilège que nous offre ces découvertes.
Mais il faut penser à rentrer car comme dit si souvent ma chère patronne, je ne suis pas venu ici pour faire du tourisme. De plus il serait raisonnable d'éviter de se faire prendre par la nuit sur la route de tous les dangers. Alors vers les 14h 30 après le repas et une petite sieste nous reprenons la voiture direction Yaoundé pour être sur de la faire de jour. Le retour se fit sans surprise et j'arrivais le soir chez moi à 17H30.
Reflexion sur la vie Camerounaise
Cela fait à présent 4 mois que je vis à Yaoundé. Je peux à présent me faire une idée plus juste des habitants. Le premier sentiment est une certaine déception sur l'idée que j'avais de la qualité humaine. Notre culture européenne a toujours voulu nous faire croire à l'égalité des êtres humains. De plus notre éducation judéo-chrétienne nous a inculqué même inconsciemment que l'homme était bon. Je ne sais pas si c'est un manque de civilisation, mais je n'ai jamais vu un pays où les habitants avaient si peu de respect pour leurs prochains.
Tous les jours je suis atterré par des comportements humains se rapprochant plus du tribalisme que de la civilisation. Pour prendre un exemple parmi tant d'autres, le week-end dernier un accident sur l'axe lourd Yaoundé Douala a fait 70 morts. Ceci ici est un fait banal que l'on peut retrouver plusieurs fois par mois dans les colonnes de l'info.
Deux bus se sont percutés dans un choc frontal. L'irresponsabilité des chauffeurs voulant chacun affirmer leur autorité routière les a sans doute conduit à vouloir passer l'un avant l'autre. Le résultat bien sur a été un carnage. Les deux bus en surcharge ont quitté la route et le triste bilan est là. Le plus fou est que d'autres individus en ont profités pour détrousser les cadavres sous le regard indifférent des badauds. Avant de venir ici malgré avoir voyagé dans pas mal de pays je ne pensais pas que cela puisse exister.
Le sport nationale ici est : « qui encule l'autre ». Cela se vérifie tous les jours dans la circulation urbaine, et dans le comportement social de chacun. Chaque personne essaye d'affirmer son autorité sur l'autre, le gardien sur le petit vendeur à la sauvette, le taximan sur le laveur de voiture, le policeman sur l'automobiliste.
Ma vie au salon se résume à un statu quo où j'ai définitivement abandonné l'idée de faire faire à mes employés quoique ce soit. Le constat sans appel m'oblige à me rendre compte que j'ai à faire à une équipe d'incompétents notoires et de surcroît prétentieux. A leurs incompétences avérées s'ajoute une fainéantise hors du commun. Le tableau ne serait pas complet si ne parlais pas de leurs certitude d'être les meilleurs au monde. Parti de ce constat, dans la mesure où ma direction ne voulait pas prendre de sanctions sur les fautes constatées tous les jours, je ne pouvais pas raisonnablement faire marcher cette entreprise.
C'est que bien plus tard que je compris l'état d'esprit qui animait ma métisse de patronne. Son besoin de reconnaissance sociale inconsidéré, l'avait amené à posséder plusieurs boutiques à Yaoundé pour se donner un statut de femme d'affaire comme elle se plaisait à le dire à qui voulait bien l'entendre. Mariée à un fils de pionnier blanc dont la fortune n'était plus que grandeur et décadence, elle avait acquis ces différents pas de porte avant la lente dégringolade de la situation financière de la famille. A l'image de son mari qui pensait qu'un patron pouvait travailler seulement 1heure par jour cette brave dame ne connaissant rien a ce métier. Elle s'était imaginé que sa fonction s'arrêtait seulement à venir tenir la caisse une heure par jour en se faisant faire les ongles avec ses copines. Malheureusement sans un minimum de structure le salon restait désespérément vide. Comme son ambition était d'en faire un endroit chic pour européen, il lui fallait prendre des décisions.
C'est ainsi qu'elle se décida de faire venir un coiffeur Français pour essayer d'attraper la clientèle qu'elle n'avait pas. Ses expériences de management se résumaient au commandement de ses domestiques afin qu'ils n'oublient surtout pas d'ouvrir la porte de sa limousine lorsqu'elle arrivait. C'est ainsi que je suis arrivé sur le sol Camerounais.
A l'époque, riche de mes anciennes expériences dans les pays du Maghreb, j'avais la conviction qu'il était possible de transformer cette échoppe disgracieuse et anarchique en salon correct pour accueillir une clientèle choisie. Cependant, le constat était affligeant. Les coiffeuses arrivaient systématiquement le matin avec une ou deux heures de retard. Les cheveux explosés et leurs tenues douteuses continuaient à contribuer à une image lamentable pour un salon qui devrait représenter un lieu de beauté. A midi peu de temps après que ces demoiselles soient arrivées, c'était la pose déjeuner. Dans une odeur pestilentielle elles se retrouvaient toute dans le réduit de l'arrière boutique à manger avec les doigts. Bien évidemment pendant ce laps de temps les clientes du salon attendaient que ces demoiselles aient finies. 1 heure plus tard j'en voyais réapparaître mâchant la bouche ouverte bredouiller quelques mots avec des clientes.
Dans les premiers temps ces visions m'hallucinaient! Mais le meilleur n'était pas atteint. La digestion étant difficile elles avaient pour habitude de s'avachir cuisses écartées dans les fauteuils du bac à shampooing!
Serait-ce raisonnable de penser que nous avons atteint le paroxysme?
Et bien non pour couronner cela j'ai surpris plusieurs fois notre coiffeur homme pantalon sur les chevilles copulant joyeusement debout à tour de rôle avec une de ces coiffeuses dans une cabine d'esthétique. Comment aurais-je pu imaginer une telle situation deux mois avant à l'aéroport Charles de Gaulles. Le plus inexplicable était le refus de ma chère patronne de prendre des sanctions devant cette situation invraisemblable.
Mais comment diriger des collaborateurs sous payés. J'avais souvent émis l'idée de virer toute l'équipe et de redémarrer avec des gens neufs touchant des salaires motivant. Nous pouvions allègrement nous passer de plusieurs éléments afin de mieux récompenser ceux qui travailleraient. Mais cette idée faisait abstraction à la esbroufe africaine qui considère l'importance de l'entreprise au nombre d'employers et non au résultat du chiffre d'affaire.
Je ne suis pas venu ici pour changer les choses. Je pense d'ailleurs que ce n'est pas à une personne étrangère d'imposer sa culture.
Pour moi c'est une règle du jeu car je n'accepte pas en France l'intolérance de certaines communautés refusant de s'intégrer. Ce qui me dérange le plus c'est la jalousie des noirs envers les blancs. Ceci est assez paradoxal car ils sont extrêmement racistes et ils nous prennent comme modèle. Il m'est arrivé souvent en pleine rue de me faire traiter de "sale blanc " et de rajouter," rentre chez toi" par des individus au regard haineux que je ne connaissait pas. Cela m'amuse lorsque je compare cela à l'idée du racisme qu'ont nos bobos ou les philosophes à cheveux long en chemise banche ouverte. Ceux que le microcosme des salons feutrés parisiens appelle les intellectuels!
Certes les blancs ont des places enviables mais les noirs ne veulent pas admettre que si ces personnes là les ont, c'est parce que eux mêmes ne sont pas capables de les occuper. Il y a des compétences indiscutables chez certains Camerounais mais leurs esprits tordus les rendent souvent incompatibles avec les performances d'une entreprise. Comme je l'ai dit plus haut, leur culture est au jour le jour. Je me pose souvent la question si ces individus sont capables de se projeter dans l'avenir. Un ami m'expliquait que les noirs avaient une pensée circulaire (pourquoi changer ce que l'on a l'habitude de faire) qui s'opposait à notre pensée linéaire.
Un cadre camerounais dans une entreprise n'aura donc comme seul but, trouver un profit immédiat. Il sera tout à fait capable de scier la branche sur laquelle il est assis sans penser à ce qu'il se passera demain.
Le plus invraisemblable de cette observation c'est de constater que même les entreprises tenues par des Camerounais ne font pas confiance a leurs cadres compatriotes.
C'est sur que ce discours peut apparaître pas du tout politiquement correct pourtant il se base sur des faits observé tous les jours. Si notre société crève de ces attitudes dites politiquement correcte croyez moi qu'ici on ne s'embarrasse pas de fadaises.
Le voyage a pour avantage de nous ouvrir les yeux sur nos éducations et nos idées toutes faites. Pour avoir connu différentes cultures je suis assez irrité par notre pensée occidentale politiquement correcte disant que toutes les personnes sont égales. Cela me rappelle une phrase de Churchill qui disait que les peuples ont les destins qu'ils méritent.
Ce pays où les dirigeants se gaussent d'être les meilleurs paradant dans des limousines de luxe climatisées en costume trois pièces n'est même pas capable de gérer l'eau et l'électricité dans sa propre capitale. Le réseau routier est complètement inadapté quand il n'est pas inexistant. Le Cameroun qui de l'extérieur passe pour un pays évolué est en réalité d'un sous développement impressionnant et n'est pas sur la voie du changement. L'incapacité du pouvoir à anticiper et l'administration corrompue bloquant toutes les tentatives d'aides extérieures mènent ce pays à une faillite lente mais certaine. Lorsque l'on parle de différence nord sud, je me demande en ce siècle qui commence, avec cette accélération économique de l'occident, comment ces pays pourront s'en sortir. Les aides économiques mondiales sont pourtant là mais l'incapacité des Camerounais à réagir condamne ces aides à rester bloquées ou détournées faute de compétences.
Le problème de ce peuple est qu'ils ont voulu passer en 20 ans de la hutte en forêt à internet. Certaines familles nanties qui ont su exploiter les ressources de leurs pays ont envoyé leurs enfants étudier en Europe. Mais lorsque ces derniers sont revenus avec des connaissances, ils ont préféré mettre leurs acquis au profit de la corruption pour mieux exploiter leurs congénères plutôt que de développer leur pays,. Comme dans tous les pays du tiers monde on voit les plus grandes différences de niveau social. Mais que les Européens ne se trompent pas, les plus riches ne sont pas les blancs!!
La guerre du bois est déclaré
La parution d'un livre en France a fait grand bruit dans le milieu des forestiers. Un journaliste anonyme a consacré tout un ouvrage sur le prétendu massacre de la forêt. Toutes les entreprises et les intermédiaires expatriés sont éclaboussés par un tissu de déclarations délétères qui met en cause l'ensemble de cette profession.
Apparemment certaines entreprises auraient intérêt à en faire tomber d'autres. Ceci arrangerait Greenpeace, poussé par les américains toujours prêts à déstabiliser les intérêts européens en afrique. (Les américains, premier pollueur de la planète, ayant refusé les accords de Kyoto sur les mesures de développement durable achète des droits à polluer en rachetant des forêts.)
Certaines lois ont été adoptées par le Cameroun pour que les revenus de la forêt profitent au Camerounais, ce qui serait des plus légitimes. Cependant le partage des richesses se fait toujours dans le même sens et les attributions des forêts communautaires sont données bien évidemment au proche du pouvoir. Certains généraux, des membres de la famille du président et autres politiciens ce sont constitués de véritable trésor de guerre. Et actuellement ce pamphlet journalistique voudrait faire porter le chapeau à quelques lampistes particulièrement blancs.
Le plus drôle est que cela ressemble à l'histoire du serpent qui se mord la queue. Suite à ces remous crées par cette affaire, l'administration camerounaise bloque un maximum d'entreprises du bois en tracasserie les plus Kafkaïennes. Bilan des opérations, les seigneurs du bois proches du pouvoir se retrouvent bloqués avec leur production. La conséquence est qu'un maximum d'individus vivant grâce à cette filière se retrouve sans ressources.
Rien n'est simple en Afrique. A croire que leur devise est :"Pourquoi faire simple lorsqu'on peut faire compliqué."Je pense que les gens sont tellement avides de pouvoir qu'ils sont capables de mettre en péril un pan de l'économie dont ils dépendent par cupidité ou jalousie.
Les évènements de Cote d'Ivoire, ainsi que la révolution permanente de la république Centre Afrique, ne fait rien pour arranger les choses. La lente dégradation économique pourrait conduire à une déstabilisation du pouvoir. Ce pouvoir est tenu par la même personne depuis 20 ans et a été construit sur la corruption. Le président actuel arrose et a arrosé les seigneurs des provinces pour avoir la paix sociale et éviter le renforcement de l'opposition. La coopération française (championne du monde des taxes) a apprit à l'administration Camerounaise comment lever les impôts. A présent le pays devient beaucoup moins attractif pour les entreprises étrangères. La conséquence immédiate est que l'économie est plus en phase de récession qu'en phase de développement. Les crédits attribués aux infrastructures s'en trouvent extrêmement pénalisés et le pays est en train de s'enfoncer un peu plus dans une logique de sous développement. Bien entendu les seigneurs ne s'en trouvent pas immédiatement affectés mais le peuple commence à en souffrir.
Les pénuries sont fréquentes. Il est souvent difficile de trouver du carburant ou du gaz. L'électricité est rationnée faute d'entretenir l'unique barrage construit depuis plus de 20 ans. Idem pour l'eau, le réseau d'eau potable subit de graves perturbations faute d'entretien. Le pire dans cette situation c'est qu'aucune mesure importante n'est prise et que l'état comme le reste de ses citoyens résonne au jour le jour. On n'a pas besoin d'être énarque pour comprendre que les choses vont très vite devenir critiques. Et comme toujours dans ce cas de figure, cela conduira à des troubles. Certaines instances internationales commencent déjà à pressentir ce phénomène et beaucoup d'investisseur commence à partir du Cameroun.
Le jour ou Nathalie arrive
L'aéroport
Quatre mois de séparation c'est long et enfin le jour de nos retrouvailles est arrivé.
Dans la nuit chaude et humide je roule en direction de l'aéroport de Yaoundé Nismalen. Il est 5h30, l'aéroport est encore désert. Je gare la voiture au parking et arrive dans le grand hall pratiquement désert. L'avion de Roissy est annoncé avec ¼ d'heure d'avance et devrait atterrir à 6h15. La zone du tapis roulant est normalement interdite à toute personne étrangère au service mais le bakchich magique ouvre ces portes dites infranchissables.
Au milieu du contrôle peu accueillant, long et tatillon de la douane, j'aperçois Nathalie vêtue d'un pantalon et d'un blouson. Il est vrai que lorsqu'elle a décollé de Roissy il devait faire environ 1ou 2 degrés. Le changement qu'elle désirait tant commençait déjà par là. Ma petite chienne que je n'avais pas vue depuis 4 mois me reconnaissait à peine et était complètement perturbée par son expédition en avion. Enfin le moment tant attendu était là, je pouvais serrer Nathalie dans mes bras.
Après la longue attente des bagages sur le tapis roulant et la lenteur d'un porteur peu motivé, nous rejoignîmes la voiture. Le premier contact sur le sol camerounais fut déjà pour Nathalie d'observer la négociation du pourboire. Le porteur était plus motivé à la discussion du pourboire qu'au portage des valises. Il est sur que peu habituée a ce genre de pratique en Europe cela lui semblait complètement surréaliste directement sorti d'un film colonial.
J'aurais pensé qu'avec un tel voyage ma tendre compagne soit plus fatiguée. Apparemment il n'en était rien.
Le jour était à présent levé, et comme je l'avais fait lors de mon arrivée, elle découvrait le sol Camerounais. La circulation à cette heure est fluide et son étonnement m'amusait, car ce n'était qu'un prélude à ce qui allait suivre. Elle verra la différence ce soir aux heures de pointe. Je me souviens de mon arrivée, et de mes mêmes étonnements sur des scènes qui me paraissent à présent des plus banales. Ceci invite à la réflexion sur la nature humaine qui est capable de s'adapter à tout
Arrivés à la maison, je klaxonne comme à mon habitude. André m'ouvre la porte. Je m'amuse de voir les réactions de Nathalie qui sont en fait les mêmes que les miennes 4 mois auparavant. De l'observer me rassure et me conforte dans l'idée que j'ai de ce pays.
On fait les présentations d'usage au personnel de maison, elle décide de se reposer un peu. Après un petit déjeuner servit par Yvonne et une douche délassante, elle me demande de lui montrer un peu la ville avant le repas de midi.
Découverte de Yaoundé
A cette heure-ci la descente du quartier d'Efoulan nous livre un bon échantillon de la conduite africaine. Entre les voitures qui klaxonnent débouchant de partout et les baraquements longeant la route Nathalie n'arrête pas de s'étonner." Tu voulais de l'exotisme, tu vois ici on est servi."Lui dis-je. J'observe ses réactions avec attention, en fait elle est surprise par tant de choses que je ne voyais même plus. Je me rends compte à présent de la faculté d'adaptation de l'être humain. Les scènes les plus ahurissantes peuvent nous sembler banales au bout de quelques mois. Ces impressions furent les mêmes que les miennes.
Yaoundé lui parait une ville fort sous développée pour une capitale d'un état qui n'est pas des plus pauvres d'Afrique. Le désordre indescriptible, les chaussées délabrées et nauséabondes, la saleté hallucinante, les cabanes s'approchant plus du bidonville et l'absence d'un véritable centre urbain sont les choses qui choquent le plus le visiteur lors de son premier passage. Comme moi elle n'échappe pas à la règle.
Rentrés à la maison Yvonne nous avait préparé le déjeuner. J'explique à Nathalie qu'il ne faut pas avoir de complexes à se faire servir. Comme elle, j'avais eu au début des difficultés à laisser porter mes valises et me faire servir à table. Je poursuis en lui disant que c'est une compensation pour toutes les conneries que l'on subit et que malgré le faible salaire que l'on donne au gens de maison cela leur permet de faire vivre leur famille. Sans nous ils seraient contraints à la famine ou à la mendicité. On ne peut jamais s'habituer à la misère, mais vouloir se masquer les yeux n'est pas la solution.
Après une sieste nous repartons en ville pour décoder son téléphone mobile. Deuxième choc, nous affrontons la foule oppressante. Malgré le temps que j'avais passé ici je ne pensais pas que mon petit chien puisse déclencher une telle curiosité à la limite de l'hystérie.
"Oh la blanche la! Viens, viens la! Tu cherches quoi? Tu veux ceinture, je te fais bon prix !" La foule oppressante nous entoure, j'essaye de faire un rempart entre elle et eux mais cela reste illusoire. Après avoir interpellé l'un d'entre eux :
"Eh mon type, tu sais où on décoince les portables?
Viens le blanc , viens suis moi!"
Je prends la chienne dans les bras et Nathalie par la main. Nous nous engageons dans une impasse. Je ne la sens pas très rassurée.
"T'inquiètes pas ça ne risque rien." L'homme nous entraîne dans un réduit sordide ou il fallu enjamber un muret pour entrer. Un néon crasseux éclaire un local ou quelques noirs sont vautrés sur des fauteuils défoncés. Derrière une banque brinquebalante une femme à moitié couchée nous demande dans un soupir ce que l'on veut. Apres de long silence et une négociation du prix elle se décide à prendre le téléphone.
C'est vrai que sans le vouloir pour le premier jour je n'avais pas choisi le meilleur endroit pour faire découvrir le Cameroun. Le soir je me rachetais en l'invitant dans un des meilleurs restaurants de Yaoundé.
Un des attraits de ce pays est que l'on peut se payer ce genre de divertissement sans grever son budget. Le dîner en amoureux restait encore la meilleure façon de fêter nos retrouvailles. Le restaurant au cadre sympathique est géré par un couple de français et le personnel local n'est pas trop mal formé. Je lui recommande la viande. Au Cameroun le bœuf qui est en réalité du zébu est excellent et le cuisinier sait le préparer en émincé ou en pavé de façon délicieuse. Apres le digestif payé par le patron, il est tant de rentrer à la maison car le lendemain nous partirons tôt pour Kribi.
Escapade en Amoureux
Week-end à Kriby
C'est un long week-end de 5 jours avec, la fête de la jeunesse suivit de la fête de Laïd Kebir entrecoupé d'un pont. Ici les fêtes musulmanes et chrétiennes sont chômées. Dans la logique du bordel africain, le président dieu tout puissant peut décréter un jour férié la veille pour le lendemain. Il n'est pas rare de se pointer au travail et de trouver porte close il est plus prudent de regarder les infos à la télé la veille de l'événement.
Pressentant l'événement je me doutais que ce lundi serait nommé férié par son excellence Popol. Nathalie étant arrivé ce fameux lundi je profitais du reste du week-end pour lui faire découvrir Kribi.
Tous les français du Cameroun se sont donnés rendez-vous dans le St Trop local et bien sûr nous n'échappons pas à la règle. Après l'immersion brutale que j'avais fait subir à ma tendre et chère, je savais que Kriby serait d'un excellent réconfort.
7h du matin nous prenons la route d'Edéa et le jour est levé. Nathalie découvre ce que j'avais précédemment vu et s'étonne comme je m'étonnais des barrages de police avec la planche cloutée tirée par une ficelle servant de péages routiers! " Eh oui ma chérie il ne faut pas se tromper on est bien en Afrique". La route se fait sans incident et 3 heures plus tard nous arrivons à Kribi.
Sous les conseils de Thierry, mari de mon employeur j'ai eu la prudence de réserver un hôtel. Hôtel recommandé par ce dernier qui se révéla un véritable bouiboui. Je compris plus tard que l'hôtelier étant voisin, ce cher Thierry ne résistait jamais à la tentation de se faire valoir auprès d'un camerounais. Après une demi douzaine de coup de téléphone je finis par trouver cette paillote au bord de la mer.
Au bout d'un chemin défoncé nous arrivons à destination. Le noir patron de l'établissement nous montre la chambre. Il s'agit d'une pièce sordide avec un sol en moquette posé à l'africaine. (Les bords non arasés remontant ici et là sur les murs.) Les ouvertures sont fermées par des volets sans fenêtres et au fond un réduit fait usage de salle de bain composé d'une douche sans réceptacle laissant passer un mince filet d'eau sans eau chaude avec un WC et un lavabo ou la hauteur à été visiblement calculé pour un géant. Les draps sont propres mais la moquette doit être nettoyée une fois par saison. Une odeur de moisi me saisi, je commence à m'énerver mais Nathalie me dit de laisser tomber. Ce n'était que pour une nuit. Pour couronner le tout la fameuse clim, l'argument de vente, est plus la pour faire du bruit que pour faire du froid. Bref j'avais réservé, j'étais coincé.
A son habitude ma chère patronne qui ne perd jamais une occasion de se faire servir m'avait chargé de lui ramener un colis de Yaoundé. Je lui téléphone pour lui remettre son colis et bien entendu, elle me charge de sa suffisance de porter son colis à son personnel de maison.
Nathalie commence à prendre la mesure de l'ambiance qui m'entoure et comprend mieux le sens des mails que je lui avais envoyés auparavant.
L'heure n'est pas à la polémique mais au divertissement. Il est seulement 10h du matin et je lui propose de découvrir les chutes de la Lobé. Je lui dis que nous irons voir les pygmées demain matin.
Nous nous mettons en route, au bout d'une demi heure de piste nous arrivons à destination. Comme la dernière fois, je suis assailli par une horde d'individus qui se proposent comme gardien de voiture. Je les remballe sèchement sous l'étonnement de Nathalie. :
"Ils nous gonflent ma chérie. Si je ne les envoie pas balader ils ne vont pas nous lâcher."
Après 5minutes de marche sur la plage, nous découvrons les chutes de la Lobé. Un jeune noir un peu moins pénible que les autres nous accoste pour nous proposer ses services. Je négocie la ballade en pirogue du lendemain pour aller voir les pygmées.
Parti du matin de Yaoundé après ces péripéties l'heure du repas était là. Nous repartons pour la plage Tara. Cette adresse m'avait laissé un excellent souvenir lors de mon dernier passage. Ce choix s'est avéré pertinent. Je peux faire découvrir à ma chère et tendre le charme de la paillote et de ses poissons braisés. Après un bain tant attendu dans l'océan, nous dégustons notre repas en terrasse à l'ombre face à la plage. :
Tu vois il n'y a pas que des moments désagréables ici."
Malgré avoir réservé deux fois ma table il nous faut encore une longue palabre pour obtenir la table que j'avais choisie.
Pour réparer la fatigue du voyage nous décidons de rentrer à l'hôtel pour faire une petite sieste. En fin d'après midi nous rejoignons deux de mes amis du Cameroun qui se trouvaient pour le week-end à Kriby. Je présente à Nathalie mon ami Pascal et plus tard dans la soirée nous rejoignons Milou chez des amis à lui. Comme je l'ai déjà dit l'attrait du voyage est de rencontrer des personnages atypiques.
Le soir nous nous retrouvons chez des Hollandais amis de Milou pour prendre l'apéritif. Ce sont des quinquagénaires qui travaillent dans le bois. Nous parlons de l'Afrique. Ici tous mes amis avaient l'expérience de plusieurs pays africains et nous pouvons échanger nos divers points de vue sur ces pays et sur la difficulté à s'adapter. L'opinion générale des européens que j'ai rencontré ici est la même. Il est malheureux de constater que nous nous confrontons dans tous les milieux à des gens peu civilisés. Certains ont un verni qui pourrait faire illusion mais dès que l'on gratte un peu le naturel prend vite le dessus. La conclusion de tous les gens qui faisaient travailler du personnel ici est toujours la même. Nous avons à faire à des gens peu civilisés et il faut se comporter comme si on avait à faire à des enfants. C'est assez amusant de voir Nathalie vérifier tous mes ressentis que je lui avais laissé transparaître dans nos mails. Après toutes ces discussions, nous décidons d'aller manger des crevettes à la kribienne.
Mes amis nous conduisent à un restaurant qu'ils connaissent, le forestier comme par hasard. Le cadre est composé d'un immense boucarou (sorte de dôme ouvert sur tous ses cotés) ou des tables sont disposées autour d'un immense buffet. Le patron un camerounais connaît bien Milou et nous accueille chaleureusement. Nous pouvons déguster les fameuses crevettes. Nathalie en profite pour goûter les bananes Plantin et le Ndolé (sorte de purée d'épinard bizarre.) Les échanges de conversations sont toujours agréables dans ce genre de repas. Tout le monde peut exprimer ses points de vue sur ses expériences. Et après ces discussions passionnées tard dans la soirée, nous rentrons à l'hôtel pour un sommeil réparateur.
Le lendemain matin, après un petit déjeuner copieux face à l'océan nous partons pour notre expédition chez les pygmées. Nous reprenons la piste qui nous conduit au pont sur la Lobé, départ de notre expédition. Nos guides sont bien entendu au rendez-vous. Je leurs demande si ce n'est pas dangereux pour ma petite chienne de l'emmener avec nous. Sachant que les pygmées mangent les chiens. Je ne voudrais pas qu'ils pensent que je leurs amène ma chienne comme cadeau. Ils me rassurent en me disant qu'ils leurs expliquerons.
Malgré l'heure matinale nous remontons la Lobé sous un soleil écrasant. Les piroguiers choisissent les passages à l'ombre des grands arbres mais la chaleur ne nous épargne pas. Cette fois-ci, nos guides rythment leurs coups de pagaies avec des chants africains. Après deux heures de remontée, littéralement cuits par le soleil des tropiques, nous arrivons au départ du chemin menant au campement pygmées.
Pour Nathalie c'était une découverte, pour ma part l'effet de surprise n'existait plus et je trouvais cette expédition moins agréable que la première. Cette fois-ci les trois quarts de la tribu était partie à la chasse et il ne restait plus que le vieux chef et les femmes. La visite avait quand même l'intérêt de faire découvrir le mode de vie de ces gens là au troisième millénaire. Après les salutations d'usage au chef et la visite des huttes traditionnelles, c'était l'heure de donner les cadeaux d'usages. Le comité d'accueil étant restreint notre visite n'en fut que plus raccourcie. Nous reprenions le chemin du retrour
La veille nous avions commandé à nos deux lascars des crevettes afin de les ramener à Yaoundé. Ces deux là peu futés s'arrêtent au bord de la rivière devant nous pour récupérer la marchandise au près de leur fournisseur. Ce que les locaux appellent les crevettes sont en réalité une espèce de crustacé mutant gris entre la crevette et l'écrevisse vivant en eau douce.
La pauvre femme vendant ses crevettes nous attendait au bord de la rivière accompagnée d'une petite fille en haillon. L'enfant à la vue des blancs pris peur et recula d'une vingtaine de mètres. Tout en retirant la nasse qui servait de vivier dans la rivière, la femme nous demanda si nous ne cherchions pas quelqu'un pour faire le ménage chez nous. Elle poursuivait que pour elle c'était la misère et qu'elle élevait comme elle pouvait cette pauvre enfant qui était orpheline. Sans états d'âmes nos deux acolytes négociaient toute sa pèche pour un prix dérisoire. Ils n'avaient aucun complexe à acheter une soixantaine de crevette à 2000FCFA alors qu'ils nous vendaient la douzaine à 2500FCFA. Fatigué de toujours discuter je n'intervenais pas.
Arrivés à notre point de départ, nos guides nous proposèrent de nous préparer les crevettes avec des frittes à la cabane de la plage près des chutes de la Lobé. Je n'étais pas très chaud mais Nathalie séduit par le cadre me força la main. Heureusement une table à l'ombre d'un arbre nous attendait. Je commande deux bières et lorsque Nathalie réclame un verre on lui répondit qu'il n'y en avait pas. Le plus désagréable dans ce genre de situation n'est pas de ne pas avoir de verre car après tout nous sommes dans une cabane sur la plage au bout du monde, c'est seulement la façon qu'ont ces individus de prendre les autres pour des cons
Après un quart d'heure d'attente on nous amena un plat de crevette et de frittes. Bien entendu il fallait se la jouer "locale "car il ne fallait pas compter avoir des couverts et une serviette en papier.
Nathalie me réconforta en me disant que cela faisait partie de l'exotisme. Les crevettes et les frites étaient bonnes mais au moment des comptes le montant annoncé n'avait plus rien d'exotique. Il a fallut que je refasse les comptes fermement pour faire baisser l'adition de l'escapade et du repas de 6000FCFA .
N'ayant pas le réflexe habituel de demander le prix avant de commander je commande une bouteille d'eau et un autre individu me la facture 1000FCFA. Fou de rage je lui demande s'il me prend pour un con! C'est le prix que je la paye au Hilton à Yaoundé. La somme n'étant pas énorme je lui donne le billet en essayant de le culpabiliser et en lui expliquant que c'est un voleur. Rien n'y fait. (rêve de ma part) Je lui dis que je le dirais à tous mes amis et que jamais plus on irait chez lui. Mais comme je l'ai déjà dit plus haut, ces abrutis sont incapables de se projeter dans l'avenir et pour gagner immédiatement 200FCFA (2FF) ils ne sont pas capables de réfléchir qu'ils vont perdre beaucoup plus. Mais je ne suis pas là pour refaire l'Afrique.
Un dernier bain de mer et il est tant de rentrer si l'on veut être à Yaoundé avant la nuit. La route est belle et dégagée je me laisse aller à appuyer un peu plus sur l'accélérateur surtout que nous sommes partis tard et que je ne veux pas rentrer de nuit. Les kilomètres défilent et je rejoins assez vite l'axe lourd Douala Yaoundé. La circulation reste toujours fluide la moyenne est assez rapide et les kilomètres continuent à défiler. Soudain:
Merde! Le voyant d'huile s'allume!
Je m'arrête sur le bord de la chaussée le plus à droite possible. Les énormes semi-remorques me rasent à des vitesses impressionnantes.
Que ce passe t'il me demande Nathalie?
Il n'y a plus d'huile!
Mais c'est pas vrai ils t'ont vraiment refiler une merde comme bagnole!!
Il est vrai que la belle 405 Peugeot, voiture de l'Afrique! (comme le dit la publicité à la télévision camerounaise) Malgré sa peinture neuve avait beaucoup de soucis. Souvent elle ne démarrait pas et lorsqu'elle démarrait elle refusait de s'arrêter. A part ses pneus lisses et sa clim en panne elle présentait très bien. Mais n'est-on pas au pays du paraître? Bref nous étions en panne au bord de l'axe lourd en pleine brousse loin de toutes habitations. Après avoir tiré la jauge d'huile mon diagnostic se révéla exact.
- Que va t'on faire me demande Nathalie?
Il faut trouver de l'huile sinon je vais descendre le moteur!
Tu le savais et tu n'as pas pris de l'huile en secours vraiment je ne te comprends pas.
Je ne réponds pas évitant de rentrer dans une polémique qui allait nous conduire à une dispute, il fallait réfléchir. Malgré les signes que je faisais aux véhicules qui circulaient personne ne s'arrêtait. Connaissant les africains, je me faisais des illusions ! Il était illusoire de compter même sur un semblant de solidarité.
Je décidais de redémarrer le moteur et partir doucement pour arriver en haut de la côte. La je coupais le moteur pour me laisser glisser en roue libre espérant une quelconque échoppe où je pourrais acheter de l'huile. Au bas de la côte j'aperçois un minibus arrêté. Je me gare devant lui en le bloquant un peu et j'interroge le chauffeur en lui demandant si par hasard il n'avait pas de l'huile moteur à me vendre. Sa réponse hautaine fut ponctuée d'un non! Soudain un passager le contournant me demanda la nature de mon problème. Suite à une explication laborieuse, il m'indiqua qu'il serait peut être possible de trouver de l'huile à deux kilomètres. Le chauffeur du bus regrettant son attitude me propose de me passer une corde pour me remorquer. J'opte pour la première solution de chercher de l'huile. Le passager du car se propose de monter avec nous afin de nous conduire. Bien sur je ne refuse pas cette opportunité. J'avance en lançant la voiture et coupant le moteur pour la faire continuer sur sa lancée péniblement nous arrivons vers des baraquements.
"Arrêtez Monsieur je vais voir là. "
Je vois notre sauveur en pleine palabre avec un homme puis il revient en me disant qu'il a seulement 1 litre à me vendre. Ok pour le litre mais je veux voir l'huile pour être sur que ce n'est pas de l'huile de palme. L'homme vient avec un litre et m'en met une goutte sur le doigt. C'est bien de l'huile moteur. Apres maintes négociations nous repartons à la recherche d'un complément d'huile. Les voyants sont à présent éteints. Trois Kilomètres plus loin notre nouveau passager me demande de stopper. En face de la route il aperçoit un baraquement. Il va chercher un villageois. La personne m'indique qu'il a de l'huile pour ses machines et qu'il n'aime pas laisser les gens en panne. Bref il commence à faire monter les enchères. Il poursuit qu'il veut bien me vendre les deux derniers litres d'huile qui lui reste mais qu'il sera obligé d'aller en chercher pour lui demain. Je n'étais pas trop en mesure de discuter, je paye donc son huile au prix fort après avoir vérifié le contenu du bidon. Cette fois-ci je vais pouvoir rentrer à Yaoundé sans problème. Je donne un large pourboire à notre ami qui a su nous dépanner afin qu'il puisse reprendre son car dans l'autre sens et nous repartons.
Nous roulons à présent de nuit et une heure plus tard nous arrivons sans encombre à la maison.
Ayant supporté jusqu'à lors toutes les conneries de mon personnel et les humiliations de ma direction je n'étais plus en phase à en supporter plus. J'avais tenu jusqu'à maintenant à cause du désir farouche que Nathalie avait de connaître l'Afrique. A présent elle comprenait mieux l'ambiance de ce pays et le climat de mon travail. Nous décidions d'un commun accord de rentrer en France.
Depuis plus d'un mois l'ambiance du salon se détériorait de plus en plus. Les filles du salon ne me disaient plus bonjour et bien sur par conséquence je ne leurs parlais plus. Le conflit venait du fait que je voulais diriger, mission pour laquelle me semble t'il j'avais été embauché. Elles ne voulaient en aucun cas entendre raison et ce n'est pas le blanc là, qui allait faire la loi ! Elles avaient pris l'habitude d'arriver à l'heure qu'elles voulaient, faire la sieste dans les cabines d'esthétique, de ne pas dire bonjour aux clients. Pensez donc le blanc voulait changer ça. Le blanc s'excite, il se calmera et de toute façon il repartira. Je constatais des choses ahurissantes, j'ai surpris plusieurs fois le coiffeur libanais copuler avec la métisse dans les cabines d'esthétique. Marie la soit disant grande professionnelle me ratatinait régulièrement des permanentes et des couleurs. Mais bien sur il n'était pas question de le lui faire remarquer. Comme elles mangeaient toute la journée des odeurs pestilentielles régnaient dans le salon. Il n'était pas rare lorsque l'on appelait quelqu'un de voir une des employées sortir en mastiquant la bouche ouverte pleine de miettes de partout répondre avec un air ahuri aux clients. C'est sans doute une idée différente du luxe. Pour ma part ce n'était pas la conception que j'avais pour la tenue d'un salon de coiffure
Malgré un règlement intérieur et des menaces rien ne changeait. De plus Myris la meneuse que j'avais repéré était métisse comme ma patronne. J'étais face à un conflit racial. Les métisses sont encore pires que les noirs car ils sont doublement complexés. Ayant plusieurs fois demandé des sanctions sur des fautes caractérisées, je n'ai jamais eu gain de cause. (On se soutient entre métisse.) Très vite, je me suis aperçu qu'Annie avait un salon de coiffure plus pour frimer au près de ses copines et pour se faire faire les ongles que pour avoir une réelle rentabilité. Le problème était que les filles se sentaient soutenues. Mon poste devenait virtuel. Ces dernières semaines étaient devenues insupportables car c'était la véritable coalition contre moi et elles imaginaient tous les stratèges pour me mettre les bâtons dans les roues. Annie profondément de mauvaise foi me reprochait des fautes complètement injustifiées alors que son personnel incompétent me ratatinait journellement des clientes.
Annie joue les grandes dames avec un QI je pense inférieur à ma petite chienne. Mais elle a beaucoup d'instinct. Elle, la villageoise des environs de Batouri était une de ses filles que certains blancs avaient semé ici et là. A ses dires son père était préfet. J'appris qu'il était seulement chef de site dans une scierie. Pour finir elle raconte à qui veut bien l'entendre que son père était fou amoureux de sa mère et qu'il était à ses pieds. Mais en réalité il s'était sauvé et ne l'avait pas reconnu. Elle a eu la chance d'épouser le blanc et de se trouver ainsi propulsée dans la "haute société locale" . Thierry, son mari est un personnage d'apparence sympathique mais pas très futé. Fils de pionnier du temps de la colonisation il vit sur les restes de l'entreprise familiale et de sa gloire passée. Son père avait gagné de l'argent dans le transport à la belle époque où tout blanc travailleur faisait fortune. Enfant gâté et peu doué pour les études il fut tout désigné pour reprendre les affaires. Cadet des deux garçons de la famille il reste le plus intelligent des deux. Il est sûr que du temps du père les entreprises marchaient toutes seules et que les conditions économiques étaient meilleures. Cependant Thierry élevé dans cette ambiance préfère plus jouer les « baos » (cador en Camerounais) dans son gros 4X4 que de s'occuper réellement de ses affaires. Elevé depuis sa naissance en Afrique, ses amis l'appellent le nègre blanc. IL est donc impossible d'être rationnel en affaire avec lui. Sa gestion financière africaine, son coté frimeur à la limite du ridicule et son absence de scrupule en font un véritable camerounais. D'ailleurs je pense qu'il a adopté le : "qui encule l'autre " leitmotive local. Au bout de quelques mois je découvrais tout cela et je remarquais qu'il n'était vraiment pas apprécié dans la communauté blanche de Yaoundé.
Toutes ces découvertes et cette ambiance n'avaient rien de motivant pour rester et bâtir un avenir solide . Ayant derrière moi un cursus professionnel conséquent, je me demandais de plus en plus ce que je faisais là. Même si les conditions d'hébergement, le salaire et le véhicule africain de fonction qui n'existait plus était plus qu'honorable, je supportais de moins en moins ces conditions de travail. Avec la force du temps je comprenais que cette chère Madame D voulait un petit blanc pour lui cirer les pompes. Imaginez-vous la revanche de la couleur. Malgré tout cela, elle était coincée car les quelques clientes européennes qui lui restaient refusaient de se faire toucher par son personnel de couleur incompétent. Cela l'irritait profondément et forcement elle voulait me faire porter le chapeau de son échec. Cela faisait déjà beaucoup d'années que j'avais organisé ma vie pour être libre. Il est sur qu'elle n'était pas prête de me faire plier.
Une explication de plus ou une explication de trop, ce samedi soir je lui confirmais mon désir de rentrer. Ma décision était prise et à présent officialisée. Cette explication me soulagea franchement et me permettait d'aller beaucoup mieux. J'ai pris l'opportunité d'une de ses réflexions de sa mauvaise fois sur mon travail pour lui confirmer ma volonté de partir. Après une longue palabre elle finit par accepter ma démission. Suite à cela très calme je lui ai exprimé ma volonté de se séparer de la meilleure façon. Je tiendrais mes engagements et je comptais sur elle pour qu'elle tienne les siens. Je lui donnais un préavis d'un mois et demi ce qui me laisserait le temps de visiter le Cameroun.
Rentré à la maison je confirmais ma décision à Nathalie en lui expliquant qu'il nous restait tous les week-end pour visiter et que la dernière semaine nous irions dans le nord.
Libéré de cette angoisse journalière il était temps de penser à nous.
Le diner avec le colonel et l'assureur
Je me répète encore mais l'un des avantages du voyage est de rencontrer des personnages hauts en couleur.
Patrick, Colonel de gendarmerie en mission de coopération est un personnage que l'on pourrait imaginer sortie d'un roman d'aventure du début du siècle. Très distingué, issu d'une famille noble de la révolution française, breton de surcroît, il n'en est pas moins un adepte d'Épicure dans la plus grande tradition militaire. Il s'affiche avec une jeune métisse de 20-25 ans sa cadette qui a déjà deux enfants de pères différents. Cette dernière à ses dires étant sa compagne intérimaire africaine.
Alain lui est un ancien d'Afrique. 30 ans d'expatriation lui a forgé un, tempérament à toute épreuve. Quinquagénaire, probablement ancien épicurien, il a été sans doute calmé par un accident cardiaque et un pontage coronarien. L'œil vif c'est un conteur extraordinaire. Il est marié depuis 30 ans à une camerounaise ayant la nationalité française qui a fait ses études en France et qui ne rêve que de rentrer en Europe.
Une fois les présentations faites nous nous installons pour prendre l'apéritif dans notre salon. Le saucisson de France (chose rare au Cameroun) qu'avait ramené Nathalie a eu un succès digne d'un met rare. Les conversations s'animent, Alain très délicat met en garde Nathalie du danger des mentalités tribales africaines. Il me rappelle au passage qu'il fallait énormément de réserve avec les gens qui nous entourent. Il nous conseille la plus grande méfiance nous racontant des faits divers assez inquiétants. A la différence Patrick en bon militaire sourit et affiche une assurance à laquelle Alain ne souscrit pas.
Les discussions du repas ont tournés autour de la magie noire, des envoûtements et des empoisonnements. J'avais déjà abordé ces sujets avec d'autres amis. Nathalie les découvrait. Entre le pragmatisme du colonel et les expériences vécues de l'assureur, la conversation ne manquait pas de piquant. Chacun y allait d'anecdotes ou de faits divers plus ou moins vécus. Mais en conclusion, farouchement convaincus ou sceptiques invétérés tout le monde restait prudent sur ces phénomènes irrationnelles. Le colonel nous avouait même que des procès verbaux étaient dressés sur des phénomènes d'envoûtement et qu'il n'avait pas d'explication logique à ces évènements. Je plaisantais en lui rétorquant que nous étions en plein épisode de X-files et lui demandais s'il y avait un lieutenant Moldor au Cameroun.
Dans le même registre des personnages hauts en couleur, le dimanche midi au club France nous déjeunons avec nos voisins et une personne de l'ambassade. Un bon nombre d'expatriés présents au club sont des gens peu sympathiques. Je n'arrive pas à me faire à cette mentalité d'arriviste m'as tu vu! La leçon que j'ai prise ici est de vraiment choisir ses amis même dans sa propre communauté. Nos voisins sont d'une cinquantaine d'années. Lui a racheté l'usine de mécanique dans laquelle il travaillait et compte terminer sa carrière ici avant de rentrer en France. Sa femme ne travaille plus depuis quelques années et passe son temps à peindre avec apparemment beaucoup de talent et malheureusement un penchant trop prononcé pour la bouteille. Tous les hôtes de la table demandèrent à Nathalie fraîchement arrivée, ce qu'elle pensait du Cameroun. Et bien sur à chacun de faire des commentaires et de s'épancher à divers états d'âmes. Notre voisine visiblement usée de trente ans d'Afrique se lâche complètement:
" Je ne peux plus les voir ces nègres ! Un jour je vais m'en faire un sur le capot! Il est où?
Parlant très fort du serveur
Il se cache? Il est derrière le tableau? Il arrive cet abrutit?
Le jeune serveur se tenait derrière le tableau d'affichage des menus et à force d'entendre les vociférations de la voisine il se décide à venir. Il se place à côté de mon voisin et attend. Personne ne lui parle et au bout d'un moment c'est mon voisin qui lui dit :
Tu ne vois pas que c'est madame qui t'appelle??
Ce genre de scène est assez fréquente dans le milieu des expatriés. Bien que choquante, laissant peu de considération à la personne humaine, ces attitudes peuvent s'expliquer. Les gens qui ont travaillé ici depuis 30 ans ont tout subi, ils connaissent parfaitement les mentalités des africains et même si cela est inacceptable, je les comprends totalement. Moi qui travaille ici depuis seulement 5mois je n'arrive plus à supporter ce mélange d'incapacité et de prétention. Ils sont tellement prétentieux qu'il n'est pas possible de leur apprendre quoique ce soit, mais ils n'en sont pas moins vénaux. Je crois qu'il est temps que je me décide de partir avant de devenir vraiment raciste. Bien sûr, on ne doit pas faire des généralités à partir de cas particuliers mais je crois que j'ai eu suffisamment d'exemples pour me faire une idée. Je n'aurais pas des réactions aussi expéditives que mes voisins mais je pense que si je restais suffisamment longtemps je finirais par y arriver et ça je ne le veux pas.
Le réveil de ce dimanche matin fut des plus difficile. La veille nous étions invités chez Nicole et Gérard des expatriés exploitant plusieurs sociétés. Ce fut une soirée très agréable et bien arrosée. Mon ami Pascal et son épouse ainsi que yann le prof d'équitation et Zena la sœur de Nicole étaient là. Les conversations sur l'Afrique ont fusée. Gérard et Pascal me branchaient pour racheter un salon de coiffure à Douala ou pour m'associer avec eux en me garantissant la fortune en deux ans. Bref avec l'aventure que j'avais vécue chez les D je n'étais pas prêt d'accepter. Puis ils m'ont raillé en m'expliquant que si j'allais à Limbé, il allait m'arriver toutes les misères de la terre. J'étais décidé d'y aller donc rien ne pouvait ébranler ma détermination.
Nous démarrons ce matin avec deux heures de retard sur ce que nous avions prévu avec un peu la gueule de bois. Le jour est à présent bien levé et le paysage défile. Je connais la route jusqu'à Edéa, et la circulation sur l'axe lourd est très fluide. Nous arrivons à Edea sans difficulté en roulant très gentiment pour ne pas forcer ma Peugeot africaine. Je découvre la route entre Edea et Douala, nous sommes plus qu'à une soixantaine de kilomètre de la capitale économique. Douala est le passage imposé pour aller à Limbé. Les faubourgs de cette ville commencent à environ dix kilomètres. Là, le décor change, les échoppes s'agglutinent le long de la route avec des enseignes des plus pittoresques. Un salon de coiffure dans une cabane en planche arbore pompeusement " Sylvie Styliste visagiste" assorti d'un panneau de peinture fait à la main représentant des coiffures. Un fauteuil lave tête est dehors ou les clients peuvent se faire laver les cheveux avec une carafe les pieds dans la terre. Ce style de commerce est fréquent. Nous avons vu aussi un prestige café fait de planches et de tôles ondulées. Le plus drôle est un panneau publicitaire que Nathalie me fait remarquer, hôtel bon accueil à 5minutes derrière vous sur la route en sens unique de l'aéroport.
Nous rentrons dans Douala. On sent une activité économique plus importante qu'à Yaoundé. Je demande mon chemin à une "bensiquine" (moto taxi locale) il me fait passer par la route du port. Je comprends à présent les paroles de Pascal qui me disait qu'à Yaoundé les routes étaient bonnes. La route amenant au port est littéralement défoncée. Il faut éviter des trous qui tiennent par fois les ¾ de la chaussée où il ne faut pas tomber dedans faute de quoi on n'en ressort pas. Je continue mon chemin jusqu'à un carrefour où un policier m'indique qu'il faut traverser le pont pour aller à Limbé. Au bout de 5à6 kilomètres je m'arrête devant un autre policeman qui me dit:
"Vous êtes sur la route! Tout droit! tout droit! tout droit!"
Amusée Nathalie me demande pourquoi il le répète trois fois, je lui réponds que les africains ne comprennent pas toujours tout et qu'ils avaient l'habitude de répéter.
Cette fois-ci, nous sommes sur une belle route droite goudronnée et chose miraculeuse matérialisée. Passés un barrage de police nous rentrons dans la zone anglophone. Les panneaux sont à présent en anglais. Nous longeons des plantations de bananiers puis d'hévéas. A la traversée du premier village nous sommes surpris sur la propreté relative de l'endroit. Il y a des panneaux de signalisation et les maisons ne sont pas entourées de détritus. Au contraire, certaines cases sont fleuries. Nous commençons à voir apparaître le relief et au loin dans la brume on aperçoit des montagnes. La route commence à monter doucement en grandes courbes. La végétation est vraiment luxuriante. Nous observons une symphonie de vert allant jusqu'au fluo. Je suis impressionné par l'importance des forêts de palmiers, des arbres géants dépassent ici et là. La végétation change suivant les altitudes. En bas les palmiers, plus haut une forêt de feuillus. En haut d'un petit col nous apercevons tout en bas une anse de l'océan avec une petite ville. Ce paysage est vraiment différent de ce que j'avais pu voir jusqu'à présent. La route très belle avec des bas cotés soignés, descend doucement jusqu'à Limbé. Un immense panneau "Welcome" nous met déjà dans l'ambiance. Je suis surpris par un joli rond point fleuri avec de belles barrières blanches. Les maisons ne sont pas d'un luxe débordant, mais même les cabanes sont soignées. Nous nous dirigeons vers le front de mer et nous nous arrêtons devant un bar restaurant. L'endroit est très sympathique. Il y a des paillotes alignées sur la digue du front de mer entourées de jardin. L'endroit est très désuet et a un certain charme décadent anglais voir suranné.
Un jeune serveur noir s'approche de nous, je lui demande s'il parle français. Il me répond très fier :" Monsieur, les Camerounais sont bilingue."
A l'usage je me suis aperçu que c'était une très faible minorité. Apres cette longue route, cet endroit est un havre de paix. Sur la plage des enfants les pieds dans l'eau pèchent en jetant un filet. Le paysage est vraiment splendide. Nous commandons des bières. Notre choix s'arrête sur des brochettes et des frites. Après cette longue route cette bière fraîche et ces brochettes sont un véritable régal. Contrairement à Yaoundé les gens sont extrêmement agréables et l'addition est aussi une bonne surprise, 4500FCFA pour ce que l'on a bu et mangé à deux.
Nous repartons détendus sur la route du bord de mer. Il nous faut trouver un hôtel pour la nuit. Nous sortons de la ville direction Idenau. On m'avait parlé d'un hôtel à coté de la coulée de lave, je roule donc à la recherche de cet endroit. Au bout d'une dizaine de kilomètres un mur de lave barre littéralement la route. Un petit groupe d'hommes attendent les touristes. Nous nous arrêtons. Plusieurs personnes s'approchent et nous proposent de nous faire visiter la coulée de lave. Nous acceptons de nous faire guider. Le mont Cameroun est un volcan qui a une activité assez fréquente. La dernière éruption s'est produite il y a seulement 2ans et a provoqué cette coulée de lave qui a barré la route. Un petit chemin escarpé nous mène au sommet de cette coulée. De là, la vue est plus intéressante, on peut mesurer l'étendue de la lave qui s'est arrêté 20 mètres après la route. Les guides de fortune nous montrent des photos du volcan en éruption. Ils me précisent que plus haut il y a encore des morceaux qui fument.
Après le pourboire d'usage, nous reprenons notre chemin par la déviation qui contourne la coulée. Juste 100mètres plus loin se trouve le fameux hôtel que l'on m'a recommandé. Il apparaît comme un complexe touristique de luxe africain. Par principe, nous fuyons ces endroits aseptisés sans aucun charme et avec un luxe relatif. Nous préférons les endroits plus typiques. Nous continuons donc notre route. Il est encore tôt dans la journée et nous décidons de pousser jusqu'à Idenau, la fin du goudron. C'est seulement à une vingtaine de kilomètres. Nous devons passé un péage, la route suit le bord de mer et est vraiment magnifique. Au bout d'un quart d'heure nous arrivons à la fin de notre escapade
Idenau est un village de pécheurs typique. Comme les autres villages, de nombreuses échoppes bordent la route. Celle-ci se termine par un pont métallique. Une voie laisse juste le passage des roues. Je me risque à le traverser, après c'est la piste qui mène au Nigeria. Le point de vue est magique. Nous sommes vraiment au milieu de nul part. Le village est construit autour de l'estuaire d'une rivière, certaines maisons sont construites sur pilotis, tout au bord on découvre les grandes pirogues des pécheurs remontées sur les berges. Ces pirogues sont toutes décorées de peintures vives avec des inscriptions variées. C'est vraiment très beau on peu lire certaines phrases à la gloire de dieu ou d'autres plus humoristiques. Les filets de pécheur aux flotteurs multicolores complètent le décor. La vue du blanc étonne les habitants et ils nous regardent un peu comme des extraterrestres. Ces endroits de bout du monde nous changent avec l'oppression des grandes villes et ces villages peuplés de gens simple se révèlent beaucoup plus civilisé que les centres villes de Yaoundé ou Douala.
Le temps de faire quelques photos et nous repartons.
J'avais repéré une pancarte d'hôtel au bord de la mer. Nous décidons d'un commun accord de retrouver cet endroit. C'était un peu avant la coulée de lave. Retournant au premier village nous apercevons le panneau. L'endroit semble sympathique mais le chemin peu engageant. Je me décide quand même à descendre tout doucement.
200mètres plus loin l'hôtel est là. La construction a été faite de morceaux de bâtiment rajoutés les uns aux autres mais le coin se veut coquet arborant des allées fleuries. Je demande s'il y a des chambres. Une personne me conduit à une première chambre sombre et triste mais climatisée. Ayant l'expérience des climatiseurs plus bruyants que rafraîchissants, je demande si il n'y a pas des chambres ventilées. Le jeune noir nous fait visiter une chambre beaucoup plus clair avec ventilateur. Le lit est fait avec des draps propres. Par contre, il ne faut pas trop regarder les toiles d'araignée. La vue donne quand même sur l'océan. Cela ressemble plus à des anciens poulaillers aménagés qu'à des chambres mais il y a une salle de bain sommaire avec un wc. Nous optons pour cette solution au prix ridicule de 11000FCFA déjeuné compris.
Après avoir déposé nos bagages, nous descendons à la plage à pied. Bien nous en a pris car le chemin est encore plus défoncé que celui de l'arrivée de l'hôtel. L'endroit est assez inattendu, un petit pont élégant enjambe une espèce de marre insalubre. On arrive sur une grande pelouse bien entretenue avec des paillotes face à la plage de sable noir. Ce coin dégage un charme désuet avec un soupçon de style colonial anglais. Après avoir posé nos affaires sous une paillote, on s'élance à l'assaut des grands rouleaux de l'océan atlantique. L'eau est chaude, ce bain nous délasse de toute la fatigue de la journée. La vue est magnifique. Le contraste des couleurs est assez inattendu entre le noir du sable, les verts de la pelouse et de la forêt qui couvre le Mont Cameroun et le gris de l'eau et du ciel. Malgré le ciel nuageux l'endroit est d'une beauté rare et sauvage. Aucune construction n'est venue troubler le charme de la nature. De la mer, on peut imaginer le mont Cameroun à travers les nuages.
Il est tant de remonter à la chambre prendre une douche car nos maillots de bain sont plein de sable noir volcanique. Il ne faut pas s'attendre vu le prix de la chambre à de l'eau chaude mais l'eau froide en réalité tiède sortant de la douche reste très supportable. Comme nous sommes dimanche soir, l'hôtel est désert. Nous décidons de reprendre la voiture pour aller manger à Limbé.
Quelle surprise ! Au bout de quelques coups de démarreur le moteur s'élance dans un bruit de ferraille épouvantable. Je viens de réaliser que le moteur est foutu et que je suis en panne à 400km de la maison. Nathalie me regarde en m'interrogeant du regard:
- Ma chérie je crois bien que le moteur est mort!
-Que va t'on faire?
Pour le moment, on va essayer de trouver un taxi pour aller manger nous aviserons plus tard.
Le garçon de l'hôtel comprenant la scène, me demande s'il peut m'aider.
j'ai besoin d'un taxi, j'aviserais demain!
Il interpelle une femme qui monte vers la route goudronnée et lui demande de nous guider jusqu'à un taxi. Nous arrivons sur le goudron et commençons à marcher en direction de Limbé. La femme nous explique qu'il faut arrêter un taxi collectif. Au bout d'une dizaine de minutes un taxi Toyota délabré s'arrête avec deux personnes à bord. Cette fois-ci la discussion se fait en anglais, il nous dit de monter, on s'entasse dans sa voiture. Je lui explique que je veux aller au restaurant où nous avions déjeuné à midi. Au fil de la conversation je lui explique que je suis en panne de voiture et lui demande s'il y a des bus pour Douala. Il me répond qu'il peut nous y emmener demain. Ayant peur du prix je lui demande si ce n'est pas trop cher! Après avoir ri il me répond que cela coûte seulement 20000FCFA. Sans discuter je lui dis que c'est d'accord pour demain. Après avoir déposé ses deux autres passagers notre taximan nous amène devant le restaurant et me demande 1000FCFA pour ces 15KM. Je négocie pour qu'il revienne nous chercher deux heures plus tard en prétextant qu'il verrait l'endroit où nous prendre demain matin. L'affaire est conclue.
Avant de rentrer au restaurant je décide d'appeler mon copain Pascal pour lui demander conseil sur la situation. Suivant son avis j'appelle Thierry pour lui annoncer que sa voiture est foutue. Il me demande de la mettre en sécurité et ne me laisse aucun conseil pour rentrer.
Cette fois-ci les paillotes sont dans le noir. Je demande au serveur qui ne parle qu'anglais s'il y a un endroit éclairé? Il nous installe sous un boucarou où une ampoule rouge éclaire une table. Je comprends à présent que ce manque de lumière est fait pour éviter les moustiques. Nous commandons un bar (poisson) chacun accompagné de frites. Les poissons sont magnifiques et délicieux et les frittes pas grasses. Le vin étant très cher nous nous rabattons sur la bière qui est très bonne au Cameroun. L'endroit est très romantique et les rouleaux qui s'écrasent sur la plage nous bercent. Le restaurant n'ayant pas de dessert nous demandons l'addition. 7000FCFA pour tout ce que nous avons consommé, c'est vraiment ridicule. Lorsque nous sortons du restaurant notre taximan nous attend.
Apres toutes ces émotions nous allons bien dormir car une journée épique nous attend demain. La nuit est agréable, l'air frais du ventilateur balaye nos corps même crevette ne s'y trompe pas, elle se couche au pied du lit devant le flux d'air.
7h du matin, mon téléphone sonne pour nous réveiller afin de profiter d'un dernier petit moment de plage et d'essayer de voir le mont Cameroun. Il n'en est rien. Il a plu toute la nuit ce qui avait rafraîchi l'atmosphère et malheureusement le vent n'avait pas chassé les nuages. Nous partirons de Limbé sans voir cette montagne. Nous prenons le petit déjeuner avec la vue sur l'océan. Le temps de finir de préparer nos bagages et de prendre une douche notre taximan arrive avec 10 minutes d'avance.
Je fais une dernière inspection de ma Peugeot africaine et m'enquiert que le parking soit bien gardé. .
Ça y est nous sommes partis :
Tu voulais de l'exotisme chérie? Là, tu es servie, on va se faire le retour à la local.
La vieille Toyota de notre taximan affiche 800 000km au compteur. Impressionnant les voitures en Afrique. Je crois qu'ils ne sont pas encore à l'ère du contrôle technique auquel cas les trois quarts du parc automobile seraient immobilisés sur place. Bref malgré les craquements et les vibrations sinistres nous filons vers Douala.
Comme tous les états Africain le Cameroun est un état policier qui veut contrôler les mouvements de ses citoyens. Pour sortir de son périmètre notre taximan est obligé de demander une autorisation assortie d'une taxe. Nous nous arrêtons dans une espèce de gare routière locale. Sous une sorte de préau des kyrielles de marchands vendent des choses diverses. Je dois suivre notre chauffeur pour faire notre autorisation avec nos papiers d'identités. Au milieu du dédale des marchands au fond du bâtiment j'aperçois un comptoir crasseux où sont avachis trois hommes en tenue. L'un d'entre eux me dévisage des pieds à la tête sans dire un mot. Je le regarde indifférent. Il s'adresse à notre chauffeur en lui demandant d'un ton désagréable ce qu'il veut. Après explications il prend dédaigneusement ma carte de séjour et le passeport de Nathalie. Il inscrit nos identités sur le document ainsi que les spécifications des pièces de la voiture et l'identité du chauffeur. Il rend le document au chauffeur et me rend nos pièces d'identité d'un air suspicieux. L'échange s'est fait sans dire un mot. Ce genre de personnage m'irrite profondément et je n'avais pas du tout envie d'afficher un sourire à cette espèce d'abruti de fonctionnaire. Comme j'en ai déjà parlé ici lorsqu'un camerounais a un minimum de pouvoir il devient littéralement imbuvable. Avant de repartir en attendant notre taximan j'en profite pour faire quelques photos de scènes typiques.
A présent, nous sortons de Limbé direction Douala. Je demande au chauffeur combien lui avait coûté la taxe. Le flic lui avait pris 2000F .
La vieille Toyota a de la peine à monter les côtes et fume comme une locomtive, j'imagine un tel véhicule rouler en France, il ne passerait pas le premier barrage de police.
La route dans l'autre sens est toujours aussi belle et ne conduisant plus je peux apprécier pleinement le paysage. J'ai le droit aux explications de notre chauffeur sur les diverses plantations que nous croisons. Au premier barrage de police, Le policeman se met au milieu de la route pointe le véhicule du doigt et souffle énergiquement dans son sifflet. Toujours le même rituel d'abord il nous dévisage sans un mot et demande les papiers du véhicule et nos identités. Je lui tends nos pièces sans les lâcher. Après inspection nous repartons. Sur les 80 km de notre itinéraire nous serons arrêtés 4 fois de la même façon.
Après avoir passé le péage, nous arrivons dans le faubourg de Douala. Etant lundi matin la circulation est dense. C'est un gigantesque bordel composé de camionnettes surchargées dont certaines penchent du coté ou ça va tomber. Les taxis et les véhicules particuliers arrivent de toutes parts et bien entendu veulent passer tous en même temps. Pour couronner tout ça les bensiquines (moto taxi locale) font du gymkhana évitant les piétons et les trous. Il est vrai que lorsque l'on ne conduit pas la vision est vraiment d'un autre monde!
- Do you now where we take the bus? je demande au chauffeur
Yes sir Garanti express!
C'est le nom d'une des compagnies faisant la ligne Douala, Yaoundé.
Nous ne sommes pas sortis de l'auberge au milieu de cet embouteillage géant. Le réseau routier de Douala n'est même pas racontable. Il est impossible de faire plus de 100mètres sans éviter des trous infranchissables en véhicule de tourisme. Il faut ajouter à cela le non respect de toutes règles de circulation. Les conducteurs sont d'une incorrection hors du commun. Tout le monde veut passer en même temps et les carrefours sont toujours bloqués. Pour l'heure, nous sommes bloqués sur un pont et avançons par intermittence vers le port. Notre chauffeur semble perdu. Il demande à une bensiquine de lui montrer la route. Le motard taxi nous ouvre la voie et après 2 ou trois carrefours nous arrivons au terminus de "Garanti express".
Histoire de nous mettre dans l'ambiance le chauffeur me met en garde sur les vols de bagages.
En 6mois d'Afrique, je pensais avoir vu pas mal de chose mais le terminal de Garanti Express reste une curiosité. Une cour immense avec deux portails en ferraille avec au bout un hangar crasseux. La cour est un fatras indescriptible. Les bus s'y entassent se bloquant les uns les autres. Les taxis entrent et se garent n'importe où pour terminer le désordre. Au milieu de tout ça, des marchands on réussi à poser des étales de vente de nourritures sur des treteaux. La foule transpirante est oppressante. J'ai même vu des poules et des coqs se faufiler sous les cars.
Un couple de blanc de surcroît avec un petit chien dans les bras au milieu de cette scène passe pour de véritables extraterrestres. Je ne me laisse pas impressionner pour autant et je joue des coudes dans la masse humaine malodorante pour me frayer un chemin jusqu'au comptoir qui délivre les billets.
3000F me dit sans autre mot la guichetière.
Je pense qu'ici les employés ayant à faire à la clientèle font un concours pour savoir qui sera le plus antipathique. Je prends mes deux billets et rejoint Nathalie. Ayant observé les différents bus, j'en avais remarqué un moins pourri que les autres dont le moteur tournait. Apres m'être renseigné j'apprends qu'il part dans un quart d'heure. Tout à coup un individu veut m'arracher mon sac et le mettre dans la soute d'un bus délabré qui part :
"Dépêchez-vous le bus part.
Ayant l'habitude de ce genre de situation je ne me laisse pas faire et lui répond avec l'accent africain:
Laisse mon sac non! Tu me prends pour un con ! Je ne prends pas ce bus il est déjà plein. Je prends le bus blanc là! Il est climatisé non?
- Non patron il est ventilé les passagers ouvrent les fenêtres.
Vu ma détermination il changea de ton et me proposa de choisir mes places dans l'autre bus. Nous montons alors qu'il n'est pas en place et nous installons sur les deux fauteuils derrière le chauffeur.
Le chauffeur manœuvre pour se mettre en place. Une espèce de horde sauvage monte à l'assaut de ce bus. Heureusement que nous occupons nos places. Je confie un de nos sacs à un bagagiste qui le met dans la soute en échange d'une pièce de 100F . C'est avec un léger sourire que je vois arriver le chauffeur fier comme un paon. Il s'installe au volant et enfile des gants blancs. Je dis en plaisantant à Nathalie :
C'est bon on a Alain Prost comme chauffeur.
Au bout de quelques minutes le bus s'ébranle dans la cour et manœuvre pour sortir. Il s'engage dans les rues de Douala. Ce n'est pas triste. Il joue des coudes entre les taxis et les carrioles des porteurs ambulants. Il cahote dans les trous de la chaussée et avance doucement. Nous nous dirigeons péniblement jusqu'à la sortie de la ville. La route est à présent plus dégagée, Alain Prost roule à une vitesse impressionnante. Je ne sais pas si c'était une bonne idée de se mettre derrière le chauffeur. En cas d'accident on est mort. Heureusement je dis à Nathalie en plaisantant que nous voyageons avec les copines du bon dieu. En effet 5ou 6 religieuses nous accompagnent dans le car. Je crois que ce qu'il y a de pire ce ne sont pas les conditions de confort du bus mais vraiment la conduite du chauffeur.
Au bout d'une demi-heure, première halte. Le bus se gare devant des étales de marchands. Une troupe de marchands ambulants nous propose à travers les fenêtres des brochettes, des bananes ou ananas. Une petite faim me tenaillant je me risque à acheter une brochette. Nous reprenons la route du salaire de la peur. Le reste du parcours ce fait à une vitesse vertigineuse. Dépassements en hauts des cotes en troisième position sans visibilité, traversée des villages a 100 à l'heure fut le prix à payer pour arriver à Yaoundé. Bref comme on dit ici, « j'ai eu la chance. » Nous sommes arrivés sains et sauf au terminus de Garanti Express de Yaoundé. Pour du garanti express c'est du garanti, 3heures, haltes et traversées des villes comprises pour faire 300km.
Le terminal du bus de Yaoundé n'a rien à envier à celui de Douala . Le bus manœuvre en coupant l'axe routier et s'engage dans les hangars. Les passagers du bus se précipitent comme des malades en se marchant presque dessus dés l'ouverture des portières à croire qu'il y a le feu dans car. Je suis encore obligé de jouer des coudes dans la foule malodorante pour récupérer mon sac. Au bout de quelques derniers efforts je récupère enfin mon bien, heureux d'être arrivé à bon port vivant et sans problème. Soudain un homme attrape mon sac en me disant:
" Taxi patron! Taxi patron?
Ok 2000 pour Efoulan
Non patron 3000
Laisse mon sac je vais en trouver un autre
Ok patron 2000
Cette fois ci le taxi Toyota affiche 1 million de kilomètres au compteur. Le chauffeur met nos bagages dans le coffre et nous démarrons direction la maison. N'ayant plus de véhicule, j'en profite pour négocier une prise en charge pour la semaine:
- Tu es de quelle tribu?
- Bamiléké patron
- Oh dis donc les Bamilékés, ils aiment trop l'argent
- Oh non patron! Dit il en riant
- Il va falloir négocier dur! Ecoute si tu veux on va faire des affaires ensemble combien tu me prends pour faire deux aller retour par jour Efoulan centre ville pour une semaine?
L'homme réfléchi et me dit
- 35000
Mais tu es fou non? Je connais le prix. On me prend 1500 pour la course alors je vais prendre quelqu'un d'autre!
Non patron dis ton prix!
OK 20000 pour la semaine
Oh tu es dur patron!
N'oublie pas qu'avant de venir ici j'étais plus Bamiléké que les Bamilékés
D'accord patron pour 20000
Bon tu viens me chercher demain à 8H30 mais soit à l'heure
Pas de problème patron
A la fin de la négociation nous arrivons à la maison, contents d'être enfin arrivés chez nous sains et saufs.
Depuis le temps que l'on nous en parlait il était tant d'en juger par nous même. Le problème était que depuis que la Peugeot africaine m'avait lâché je me déplaçais en taxi. Faire cette excursion à la locale en bus ne nous emballait pas trop et la location d'un véhicule restait très chère. Parlant de ce problème à David, mon nouveau taximan, Il se proposa aussitôt de nous y conduire. Sa petite Toyota Starlet m'inspirait une confiance relative. Devant mon scepticisme David presque vexé me précisa que sa voiture était presque neuve et qu'elle avait seulement 320000km et d'ajouter que sa voiture serait capable de faire le tour du cameroun. Convaincu par l'assurance de mon chauffeur il fallait à présent négocier un prix pour ce week-end. David m'expliqua qu'il était Bamiléké et que Bafoussam était son pays ajoutant qu'il connaissait toutes les chefferies à visiter. Une longue négociation de plusieurs jours finit par nous mettre d'accord. Il nous prendrait 70000FCFA pour nous emmener partout et nous ramener. L'affaire était conclue.
Dimanche matin 7h tapante David nous attend au portail, très fringuant sa voiture lavée. Il range nos bagages, Nathalie Crevette et moi nous installons pour l'aventure. Le dimanche matin de bonne heure la circulation dans Yaoundé est assez fluide. Nous passons devant le palais de Popol et nous nous engageons sur la route du Niong. Avant de sortir de l'agglomération, David s'arrête devant un marchand ambulant. Je le regarde curieux. Il achète un petit pot de chocolat. Je souris en pensant qu'il a une petite faim. Pas du tout Il ouvre la boite de chocolat et commence à badigeonner les numéros de son taxi ainsi que sa patente. Devant notre étonnement, il nous explique que sorti de la ville il n'a pas le droit de faire le taxi. En cachant ses numéros cela devient une voiture particulière. Nous repartons à présent avec la Toyota chocolat. David roule à une vitesse assez soutenue. Le long de la route une végétation luxuriante nous accompagne.
Ici et là, quelques flamboyants fleuris rougeoient. Nous arrivons assez vite à Ebéda et traversons la Sanaga. Le fleuve à cet endroit fait un kilomètre de large et un pont récemment construit l'enjambe. Jusque là le revêtement était assez bon. Passé le pont on change de décor. La route est parsemée de trous énormes qu'il faut éviter et le paysage change. Nous sommes dans une plaine très peu vallonnée avec un décor de savane ou quelques grands arbres dépassent de la garrigue. La route défile en montant légèrement, les paysages se succèdent tous différents. Cette variété est assez étonnante. Passé Bafia nous continuons à monter et nous arrivons à Makénéné.
Makénéné est la halte routière pour tous les voyageurs qui font Yaoundé Bafoussam. Le long de la route s'étire un ruban d'échoppes vendant des marchandises de toutes sortes. Dés que nous nous arrêtons une flopée de petits vendeurs ambulants viennent nous présenter différentes marchandises. Je propose à David de boire un verre. Nous descendons tous les trois avec Crevette en laisse. Depuis son arrivée au Cameroun, Crevette notre petite chienne est une véritable star. Les gens sont complètement ahuris devant ce petit chien. Je pense qu'ils n'ont jamais vu de si petit chien. Nous sommes arrêtés tous les vingt mètres par des personnes qui nous demandent si elle est à vendre. Les questions fusent et lorsque je dis l'age du chien ils ne me croient pas pensant que c'est un chiot.
" -Vends moi ton chien" me lance une marchande de brochettes.
" - Mais tu es folle non? Tu sais qu'il mange de la viande tous les jours?
Mais j'ai l'argent je vais acheter
Je ne veux pas vendre mon chien c'est mon bébé!
C'est quoi comme qualité de chien ?
C'est un épagneul pygmée
Ekié !! un chien pygmée?
Si je te dis!
Nous continuons notre chemin dans le dédale des allées du marché. J'entends des personnes dire : "La blanche la! Elle a un chien pygmée!" Nous continuons notre chemin amusé de la situation. J'essaye de voler quelques photos de scènes de rue. C'est assez compliqué de faire des photos de rue. Dès que quelqu'un nous voit avec un appareil photo il nous demande de l'argent pour être filmé et les négociations sont infernales. A la fin de cette intrusion dans ce marché typique où nous sommes les seuls blancs, nous trouvons une buvette où nous pouvons nous rafraîchir. Nous nous asseyons sur un banc et commandons deux bières et un coca. Les boissons ici sont toujours servies dans des bouteilles de 65cl . Que cela ne tienne, il fait très chaud et nous avons très soif. Lorsque le barman nous apporte l'addition je regarde amusé l'étonnement de Nathalie , 800FCFA pour les trois boissons. Nous rejoignons la Toyota chocolat pour la suite du voyage.
La chefferie Bandjoum
Nous sommes à présent à seulement 150 km de Bafoussam. Les paysages se succèdent avec une variété extraordinaire. Il y a vraiment une variété d'essences complètement folle. Les pins maritimes et les cyprès voisinent les palmiers et les bananiers. La forêt succède à la savane puis le paysage est plus montagneux. Nous approchons de Bandjoum. Nous commençons à apercevoir certaines constructions. David nous donne des explications. Certaines maisons dans les hameaux qui nous entourent diffèrent des autres. Elles dépassent des autres par des toits en forme de prismes en tôle galvanisée. Ces prismes symbolisent la puissance des propriétaires. Il s'agit donc des maisons des notables. Le nombre de ces toits est proportionnel à la respectabilité du propriétaire. Ces maisons s'articulent autour de plusieurs constructions où chaque femme du propriétaire a la sienne. Arrivés à Bandjoum nous prenons une petite route pour visiter notre première chefferie.
Avant de parler de la chefferie proprement dit, il faut d'abord expliquer l'organisation tribale de ces systèmes. C'est complètement ahurissant de constater qu'à notre époque le poids des traditions soit omniprésent. Depuis environ 4 à 5 siècles les ethnies que composent le Cameroun s'organisent autour de chefferies. Le chef ou roi règne sur un territoire qu'il a conquit grâce à ses guerriers. Avant l'arrivée de la colonisation les tribus se faisaient des guerres sanglantes pour l'acquisition ou l'agrandissement de leur territoire. Le Roi de ces tribus avait et ont toujours le pouvoir total sur leurs sujets. Depuis la colonisation et l'indépendance, il n'a plus le pouvoir législatif mais garde une autorité supérieure à celle des préfets. Les chefs de tribus sont des membres très influents de la république actuelle.
Le roi est entouré de notables puissants qui constituent des sociétés secrètes chargées de protéger et aider le roi. Le roi a le pouvoir suprême, les rites imposent de se courber devant son passage, Il est interdit de le regarder dans les yeux ou de le regarder manger. Pour le saluer, tous les membres de son royaume doivent se courber en prenant sa main dans les deux leurs en signe de soumission. Le roi siège sur un trône qui est le symbole de sa puissance. Il est en général fait de perles avec une peau de Lion et des défenses d'éléphant symbole de force. Ce trône sert à toutes les cérémonies ainsi qu'à rendre la justice. Le roi est chargé de régler les litiges entre ses sujets.
Lors de son décès, tous ses enfants males sont convoqués à une cérémonie de succession. L'un des notables de la société secrète a été chargé de rendre publique le choix du défunt roi parmi ses enfants. Ce choix n'est pas fonction de l'age mais du choix judicieux du père selon des critères de qualités d'aptitude à régner. Ces critères sont souvent basés sur les connaissances, l'aptitude à fédérer et le charisme imposant son autorité. L'enfant ou l'adolescent élevé dans cette perspective n'est pas informé du destin que lui a tracé son père. Les deux seules personnes à connaître ce choix sont le père et le notable du conseil des 9 sages des sociétés secrètes désigné à cet effet. Cette organisation évite les conspirations qu'incite cette succession. La cérémonie est organisée dés la mort du précédent roi. Tous les princes, ses enfants males qui peuvent atteindre le nombre de 150 à 200 sont réunis. Lors de cette cérémonie le sage en charge du secret désigne le successeur. Ce choix ne peut en aucun cas être remis en cause par qui que ce soit et le bénéficiaire n'a pas la possibilité de refuser sa charge.
La cérémonie d'intronisation est faite pour présenter le nouveau roi à son peuple et aux notables. Lors de cette fête, les sujets et les notables lui apportent de nombreux cadeaux. Ces cadeaux sont en général de la nourriture rare, des objets précieux, de l'huile de palme, du sel et du bétail. Les notables en profitent aussi pour donner leurs plus belles filles en mariage. (Espérant qu'elles soient la mère du successeur). Le nouveau roi reçoit en héritage toutes les femmes de son père qui sont encore fécondes sauf sa mère. Après la cérémonie suit l'initiation qui dure 9 jours. Durant ce temps il est enfermé dans une pièce de son palais avec 9 de ses femmes ou il est chargé de les féconder.
L'organisation de la chefferie s'articule autour d'une très grande case centrale utilisée pour les réunions et les décisions politiques. Ensuite il y a les appartements du roi. Tout un quartier est réservé aux femmes où chacune a une maison, un grenier et un lopin de terre. Là, elles vivent avec leurs enfants. En aucun cas elles sont autorisées à quitter la chefferie. Les épouses ne peuvent se présenter au roi que pendant leur période de fécondité. Avant la colonisation, l'adultère était considéré comme l'outrage suprême. Le neveu d'un souverain ayant trompé ce dernier avec 70 de ses femmes fut décapité ainsi que les 70 co-épouses infidèles. A notre époque les choses ont un peu changées. Il n'est pas rare qu'un roi se trouve avec 100 à 200 femmes dues aux cadeaux des notables et de la succession. David notre taximan m'explique que le roi lui même est conscient qu'il ne peut satisfaire toutes ses épouses. Il ferme donc souvent les yeux sur les adultères qui peuvent même être commis par les notables. A ce sujet pour éviter l'outrage d'être témoin de cette scène il s'arrange souvent pour faire suffisamment de bruit pour annoncer son arrivée allant même jusqu'à taper dans ses mains. Ceci permet à l'amant de fuir sans être vu. Comme dit un proverbe africain : Ce que l'œil ne voit pas, le bras ne peux punir! Je reviendrais plus tard sur la destinée du sultan actuel de la tribu Bamoun petit fils du roi Njola réformateur de son royaume.
La chefferie de Bandjoum
Quittant la route principale de Bandjoum, nous prenons une petite route qui nous amène à la chefferie. Nous passons sous un porche imposant surmonté de plusieurs toits en forme de dôme. Des bâtiments bordent une grande allée de cases greniers terminés par une case plus importante et impressionnante. Nous arrêtons la voiture au bout de l'allée. La grande case qui trône sur le point central doit faire une dizaine de mètres de haut. Il s'agit d'une construction carrée surmontée d'un toit de chaume soutenu par des colonnes de bois sculptés. Les murs sont faits de rangées de bambous entrecroisés avec des portes dont les encadrements sont sculptés. Un jeune homme s'approche de nous et se présente comme le guide. Il nous précise que la visite de la chefferie est payante. Après diverses négociations, nous optons pour une visite avec autorisation de faire des photos. Le début de la visite commence par la case centrale. Le guide nous explique que c'est le bâtiment qui sert à toutes les réunions de la tribu. Le nombre de colonnes est proportionnel à la puissance du royaume. Toutes ces colonnes sont sculptées en représentant les scènes de divers rites et danses de cérémonies. Chaque colonne est faite avec les différentes essences de bois présents dans le royaume. Nous continuons par les portes. Chaque porte à une signification. La première la plus décorée est celle où seul passe le roi. Ensuite vient celle des grands notables puis celle des petits notables enfin celle des simples sujets. Les sociétés tribales sont excessivement hiérarchisées. Les us et coutumes sont essentiellement basés sur les règles d'autorité entre les différentes classes. L'intérieur de la case est ceinturé par un couloir donnant sur différentes pièces servant aux réunions secrètes. La pièce centrale est réservée aux débats et audiences avec le roi. La pièce est assez sombre mais reste très fraîche grâce à la hauteur de son toit de chaume. Le guide nous explique que les différents acteurs des réunions s'éclairent grâce à des feux de bois allumés à l'intérieur même de cet endroit.
A la fin de la visite de la case notre accompagnateur nous dirige vers le musée. Il nous explique qu'il est prévu de le rénover. Nous rentrons dans une pièce sombre d'un bâtiment adjacent. Ici une multitude d'objets poussiéreux sont entassés. Nous pouvons voir des trophées de guerre qui ne sont rien d'autre que les crânes de leurs ennemis servant de calice à boire. Puis les sagaies et les machettes dans leurs écrins. Ici on peut découvrir les tambours servant à motiver les troupes montant à l'assaut. . Là, les masques de cérémonies ainsi que les vêtements et les lourdes coiffes. Nous terminons la visite du musée par les différents trônes et les costumes d'apparats des différents souverains. Le trône du chef actuel est orné de perles et traditionnellement de peaux de panthère et de lion. Au pied du trône on remarque deux énormes défenses d'éléphants. Tous ces différents éléments symbolisent la force, le courage et l'agilité du souverain.
Nous quittons le musée pour aller au monument de la dynastie. Sur une stèle repose la statue du roi actuel. A coté, on peut lire l'organigramme de la famille avec les différents rois qui se sont succédés depuis la création du royaume. Apparemment, cinq siècles se sont écoulés et peu de choses ont changées. Cette visite nous a complètement étonné de voir que même au troisième millénaire ces traditions tribales restaient inchangées. Après le pourboire d'usage nous quittons la chefferie direction Bafoussam.
Le long de la courte route qui nous sépare de notre prochaine étape, David ne manque pas de nous montrer les somptueuses propriétés de riches camerounais. Avec un peu d'amertume, il nous fait remarquer ce luxe arrogant à côté de la misère environnante. Il épilogue en fustigeant ces derniers sur l'origine douteuse de leur fortune et leur appartenance proche du pouvoir. Nous entrons dans Bafoussam.
Il est à présent midi. Je demande à David de nous trouver un endroit pour manger. Quelques kilomètres auparavant, David s'était arrêté devant un marchand ambulant pour négocier une antilope qui venait d'être braconnée. Après avoir négocié durement le prix à 7000FCFA, il avait chargé l'animal dans le coffre de la Toyota chocolat en m'expliquant qu'il en ferait cadeau à sa nourrice qui habite dans les environs de Bafoussam. Nous décidions donc de lui laisser 2heures pour lui permettre de porter le cadeau à sa nourrice.
Nous nous arrêtons devant un minuscule restaurant appelé pompeusement complexe restaurant. En haut d'une dizaine de marches, une porte battante à la propreté douteuse donne sur une petite pièce d'une vingtaine de mètres carrés. La pièce est sombre avec des peintures naïves au mur et un plafond de bois très bas. Les tables sont faites de rondelles de tronc d'arbre donnant un coté rustique à l'ensemble. Nous nous asseyons à une table. Comme souvent en Afrique, personne n'est là pour nous accueillir. Au bout de 5 minutes un jeune noir s'approche de nous pour nous demander ce que nous désirons. Nous lui précisons que nous avons soif et que nous voulons manger.
" – Pas de problème patron!"
Il nous présente une carte très variée mais nous précise qu'il peut seulement nous faire le poulet grillé avec les frites de pommes. (Pommes de terre frite différente des bananes plantain frites) Va pour le poulet et les frites, Ils nous amène une grande bière glacée. Quel bonheur cette boisson fraîche après la poussière et toute cette chaleur. Environ une demi heure après le serveur nous amène les assiettes avec un effort de présentation indiscutable. Les poulets ici n'on rien a voir avec ceux que l'on peut acheter dans les supermarchés en France. Ce sont des poulets costauds dont les os ne se cassent pas tout seul et sont réellement goûteux. Nous lui demandons si nous pouvons avoir un dessert. Apparemment embarrassé le jeune homme nous répond qu'il n'a rien de prévu. Après un instant de réflexion il nous dit qu'il peut nous faire une assiette d'ananas. Quelques instants plus tard il revient avec deux assiettes d'ananas avec une demi mangue ou il s'est surpassé avec la présentation. Ce garçon a visiblement des dons artistiques. A la fin des desserts, je demande l'addition: 4200FCFA pour tout ce que l'on avait mangé avec les boissons. Le jeune homme me fait remarqué que comme cela n'était pas prévu il nous faisait cadeau des desserts. Je le règle en laissant 1000F de pourboire ce qui est royale ici.
Lorsque nous sortons la chaleur est écrasante. Il est environ deux heures. David n'étant pas encore arrivé nous décidons de faire un petit tour à pied. Nous nous engageons dans une rue non goudronnée où une espèce de marché permanent se tient. La terre de la route est rouge et il y a une poussière épouvantable. Les gens sont nettement plus agréables qu'à Yaoundé. Ils nous proposent différentes marchandises sans agressivité. Nous nous amusons des différentes raisons sociales des échoppes sordides bordant la rue. Nous remarquons des pompes funèbres qui font agence de voyage pour différentes destinations au Cameroun et qui s'appelle le dernier voyage. Une cabane salon de coiffure s'appelant « douleur coiffure » enfin une cabane en planche abritant des tables de café s'appelle prestige café. Crevette, rebaptisée épagneul pygmée fait toujours autant d'effet et nous sommes arrêtés tous les vingt mètres pour nous demander si on la vend.
De retour devant "Complexe Restaurant " David nous attend. Il nous propose de visiter à présent la chefferie Bafoussam. Elle se situe au milieu de la ville. On repart dans la Toyota chocolat. Nous arrivons devant un porche imposant surmonté de toits pointus sur lequel nous pouvons lire chefferie Bafoussam. Une longue allée ombragée par des grands arbres se termine par une rotonde où siège la statue de l'actuel roi. A droite un autre monument avec l'organigramme des différents souverains depuis la création de la chefferie. A côté de cet organigramme, un portail délimite l'entrée de la forêt sacrée. On nous expliquera plus tard que seul les membres des sociétés secrètes ont le droit d'y entrer. Le roi lui y sera enterré mais n'aura pas le droit de s'y rendre de son vivant. On nous explique que les animaux y vivent en liberté et que l'on y trouve des panthères et des Lions. Ces panthères et ces lions sont la réincarnation des rois défunts et sont selon les dires inoffensifs pour la population. Je reste sceptique sur ces explications. Existent-ils vraiment ? Auquel cas seraient-ils vraiment inoffensifs? Je reste dubitatif.
Nous descendons vers la grande case du conseil qui a une architecture moins recherchée que la précédente chefferie. A côté, un guichet désert est prévu pour payer la visite. David nous demande de patienter en nous disant que le préposé n'est sans doute pas loin. Au bout d'une dizaine de minutes, assis à l'ombre de la grande case sur des plots prévus à cet effet, nous voyons descendre un petit homme en boubou. Il s'approche de nous et me fait signe que ma casquette dérange. Je l'enlève sans un mot. Il nous demande si l'on veut visiter, et nous donne une explication plus que confuse sur les tarifs. Sans trop comprendre nous acceptons sa proposition.
Cette case centrale faite aussi de cloisons extérieures en bambous avec un toit de chaume est soutenue cette fois ci par des piliers en béton. D'après les dire de notre guide suite à une de mes questions, les sculptures des pilier de béton étaient faites à la main, alors que je pensais que les motifs de scènes traditionnelles étaient des moulages. Je m'interrogeais sur la possibilité de sculpter le béton mais sait t'on jamais, au Cameroun?? Comme précédemment, on remarque toujours les différentes portes pour les différents utilisateurs. L'intérieur est toujours constitué d'un couloir ceinturant la construction mais cette fois ci une pièce pour rendre la justice est prévue. Dans cette pièce sombre il y a un coin où on trouve une hutte avec un lit. Ceci est destiné à garder les individus qui vont prêter serment de vérité. Dans l'autre coin de la pièce une auge, une calebasse, une grosse pierre ainsi qu'une statue sont disposées pour un rituel. La personne portant serment doit poser le pied droit sur la pierre, taper la tête de la statue, boire l'eau de la calebasse et la cracher dans l'auge. Si elle a menti, elle mourra d'après la magie dans les deux jours.
A la fin de la visite de la grande case, nous nous dirigeons vers le musée. Cette visite offre pour nous un intérêt limité car elle reprend à peu près les mêmes éléments que l'on avait pu découvrir le matin dans l'autre chefferie. Après la visite du musée notre guide se présenta comme le ministre de l'intérieur! Il nous explique qu'il est chargé de l'organisation des femmes. A ce sujet ses explications nous ont aidé à mieux comprendre l'organisation du royaume. Il nous désigna la place ou se passait les danses traditionnelles et finit de nous faire faire le tour du propriétaire. Lorsque le brave homme m'annonça le prix de la visite je compris qu'il n'était pas seulement ministre de l'intérieur mais qu'il devait être aussi ministre des finances. Il comptabilisa les trois entrées et 200FCFA pour chaque clic de mon appareil photo. A ce prix là, nous avons eu le droit de se faire prendre en photo avec lui devant la statue de son monarque.
Il est seulement 4H de l'après midi David nous propose de nous faire voir une chute d'eau qui se trouve non loin de là. En chemin nous suivons une bétaillère où une vingtaine de femmes chantant en costumes traditionnels se tiennent debout s'accrochant aux ridelles. Devant notre étonnement amusé David nous explique qu'elles vont ou reviennent d'un deuil. Quel drôle de pays!! La chute d'eau que David nous fait découvrir reste d'un intérêt très relatif. Mais la détermination de notre chauffeur à nous faire découvrir son pays nous satisfait. Nous le remercions donc de ce détour.
Il est temps à présent de trouver un hôtel pour la nuit. Etant des blancs David nous dirigea tout de suite sur l'hôtel le plus chic de la ville à ses yeux. Nous garons la voiture dans la cour privative de l'établissement et nous dirigeons vers la réception. Ce qui est le plus agaçant en Afrique ce sont les prétentions démesurées des établissements ou des personnages. Cet hôtel se voulant de luxe ne sait même pas ce que réception veut dire. Une jeune femme lymphatique à moitié avachie nous reçoit avec la tête d'une personne qui vient d'enterrer sa mère. Ca commence bien me dis je. Je demande les prix des chambres. La personne incapable de comprendre ce que je lui demande commence bien entendu à me donner le prix de sa chambre la plus chère. Devant mon refus toujours sans décrocher un sourire elle me donne le prix d'une autre chambre double. 28000FCFA ce qui est exorbitant pour le pays. Je demande si la chambre est climatisée. A ce prix la chambre n'est même pas climatisée. Je lui demande si elle se moque de nous en lui précisant qu'à Yaoundé certaines chambres du Hilton démarraient à ce prix là. Elle me regarda avec l'air inspiré d'un zébu ruminant dans une prairie. Enfin elle me lâcha :
"- Combien vous avez?"
J'étais littéralement sur les fesses c'était la première fois que dans un hôtel on me proposait de marchander comme au marché. Je lui expliquais que je n'achetais pas des beignets et que si elle voulait je lui proposais 15000 . Elle me regarda de son regard tout aussi intelligent et haussa les épaules. Je repartis vexé jusqu'à la voiture.
"- Laisse tomber David ils nous prennent pour des cons. On va trouver un hôtel dans le centre.
D'accord patron
J'ai vu un hôtel pas loin ! allons y !il s'appelle la délicieuse.
Ok."
Nous nous dirigeons vers le centre. C'est vrai que de loin "La délicieuse" avait l'air plus fringante que de près. Nous nous engageons une cinquantaine de mètres sur une route de terre au milieu des étalages de marchands ambulants. David klaxonne pour se frayer un chemin. Arrivés devant l'immeuble on voit réception au premier étage. Un escalier raide et sombre nous mène à l'accueil. Derrière le comptoir personne mais cette fois-ci des prix affichés. Au bout de quelques instants après plusieurs toussotements de ma part une femme noire ébouriffée en peignoir traînant les pieds arrive en passant derrière un rideau. Je lui demande si elle a des chambres. Apres un temps de réponse, chose normale ici afin que les informations arrivent au cerveau, elle me répondit :
"- uui."
Je lui demandai aussitôt de me montrer la chambre. C'est vrai que pour le prix il ne fallait pas être difficile mais les draps semblaient être propres. J'acceptais sans trop regarder. Comme nous avions décidé de passer la soirée en tête à tête et que je voulais renvoyer David à sa nourrice c'était le seul hôtel que j'avais repéré. Les bagages montés, David avait sa soirée je lui demandais de venir nous récupérer le lendemain matin à 8H 30 .
Après cette journée épuisante nous avions envie de nous doucher et nous reposer un peu avant de dîner. On se regardait avec Nathalie devant le côté sordide de cette pièce.
"- Que veux tu ma chérie on est des aventuriers ou on ne l'est pas!!"
La douche avec l'écoulement à même le sol fonctionnait correctement et chose miraculeuse donnait de l'eau chaude. Après la douche lorsque je voulu prendre la chemise qui était resté sur un cintre dans la voiture, je découvrais qu'elle était couleur jaune poussière harmattan (vent de poussière de la saison sèche) A son tour Nathalie prend sa douche . Je m'assois sur le lit, deuxième surprise. C'est une planche de bois avec une mousse qui ne doit pas excéder cinq centimètres. Moi qui aime les lits raides au moins je serais servi. Lavés et changés après une petite heure de sieste, nous partons à la recherche d'un restaurant. D'un commun accord nous décidons de retourner où nous avions mangé à midi. Nous commandons ce que nous voulons manger, et nous reviendrons dans une heure.
Le tavernier heureux de voir revenir les blancs chez lui nous réserva un accueil des plus chaleureux. Toujours la même bière glacée mais cette fois-ci une salade avocats tomates arrangés en motifs géométriques concentriques imitant une fleur. Notre artiste s'était dépassé. Ensuite la viande émincée très grillée, ce qui est préférable ici (on ne sait pas combien de temps elle avait traîné au soleil avant d'arriver dans nos assiettes), est très goûteuse comme toujours et pour accompagner les traditionnelles frites de pommes. C'était très drôle de voir les efforts de service que faisait le cuisinier avec si peu de moyen. Tout ceci était présenté avec des couverts pliés dans des serviettes en papier. A côté sur un plateau le sel et le poivre. Dans l'assiette un peu de ketchup et de la sauce pimentée. Je préviens tout de suite Nathalie de se méfier de cette sauce malgré que le cuisinier nous dise que c'était seulement un petit peu pimenté. De fait ce genre de sauce est la meilleure façon d'attraper la turista. Nous nous contentons juste de goûter afin d'éviter les risques inutiles. Aventuriers certes mais il y a des limites! Cette fois ci notre restaurateur avait prévu des desserts et n'oublia pas de nous les facturer. Sortis du restaurant nous tombions de fatigue.
Nous rentrons directement à l'hôtel. A notre grande surprise la température était beaucoup plus fraîche, dehors nous aurions presque supporté un sweat-shirt. Arrivés à notre luxueuse chambre d'hôtel nous décidons de faire un courant d'air pour rafraîchir l'ambiance. Erreur fatale, l'attaque des moustiques malgré les serpentins fut impitoyable. Entre le bruit de la route, la raideur du lit et l'attaque des moustiques, la nuit ne fut pas d'un grand réconfort.
Le réveil à 8H avec des courbatures et les traces de moustiques sur le corps ne fût pas des plus facile. Avec ces conneries me disais-je, on va bien finir par se faire un palu. Enfin heureusement nous avons quand même une douche. Contents de notre restaurateur préféré nous décidons de prendre le petit déjeuner chez lui mais cette fois-ci en terrasse. La chaleur du matin est encore supportable et le spectacle de la rue est toujours une attraction. Le patron nous propose café thé pain et beurre avec omelette. Bonne façon de commencer la journée. Pour l'omelette seulement nature car il nous proposait l'omelette sardine! Petit déjeuné énergétique camerounais. Dans la rue la foule est déjà présente. Sur le trottoir les marchands de fèves diverses. Ici un aiguiseur, là un marchand de chaussure à la sauvette. Ce qui frappe en Afrique c'est la lumière et les couleurs, l'ocre du revêtement et les couleurs vivent de la foule. C'est vraiment quelque chose que l'on ne voit pas ailleurs.
David est en retard à son rendez-vous! Après un coup de téléphone il me précise qu'il fait laver sa voiture car elle était trop sale pour nous emmener.
Nous partons sur la route de Foumbam pour aller visiter le palais du sultan du royaume Bamoun. La région de Bafoussam est le grenier du Cameroun. Tout le long de la route on peut voir des cultures à perte de vue. On y cultive aussi bien les bananes et les avocats que les haricots ou les pommes de terre. Une grande partie de la production de légumes et d'agrumes du Cameroun vient de là. De plus les Bamiléké, ethnie dominante dans cette région sont les seuls camerounais réellement travailleurs qui ont le sens du commerce. Nous passons devant un champ immense de haricots. Une trentaine de personnes y travaillent arc-boutés sur la terre. David nous explique que cette exploitation appartient à un riche camerounais possédant déjà nombreuses usines et autres sociétés. D'après ses dires il posséderait même le village que l'on traverse. Ceci devrait laisser perplexe tous ces philosophes bobo trouvant très politiquement correcte de fustiger les soit disant colons blancs qui exploitent l'Afrique. Ne nous trompons pas, ici les riches ce sont bien les noirs. En plus ce sont vraiment des camerounais, et ils placent leur argent dans les paradis fiscaux. Nous traversons des plaines fertiles sur au moins une trentaine de kilomètres. A présent nous commençons à découvrir un relief et la route serpente doucement en montant. Encore quelques kilomètres et nous arrivons à Foumbam.
A première vue l'agglomération nous parait coquette. Bien sur tout est relatif, n'oublions pas que nous sommes en Afrique! Nous rentrons dans la ville par une sorte de porte. A droite sur une colonne, à côté de la publicité du cinéma se trouvent deux serpents entremêlés peints représentant les armes de la citée. Les maisons qui bordent la route pour aller jusqu'au centre sont assez élégantes. Je suis assez surpris de ne pas voir de détritus sur la voie publique. Nous arrivons sur une grande place où à droite se trouve la mosquée et à gauche le palais. La voiture est à peine arrêtée sur la place qu'un gardien vienne proposer ses services en nous assurant qu'aucune mouche ne s'approcherait de la voiture. Nous nous dirigeons vers l'imposant palais, directement vers les guichets de vente de billets.
Avant de continuer la visite, il est bon de faire un peu d'histoire. Le royaume Bamoun fut créé il y a environ 300 ans par un prince solitaire à la conquête d'un territoire. A cette époque avec neuf de ses compagnons de route ils firent un pacte sacré d'entente et jetèrent ainsi les bases de leurs rites. (Les neufs sages des sociétés secrètes.) Ce serment fut fait en haut d'une colline sur des pierres qui est maintenant un lieu de pèlerinage. Ce royaume prospéra durant plusieurs générations grâce aux cultures luxuriantes et à la force de ses guerriers. Les guerriers Bamoun étaient redoutés par toutes les tribus voisines. Ce peuple avide de conquêtes et sanguinaire ne s'en priva pas pour élargir ses frontières. Les guerres ne laissaient aucun homme ennemi vivant et leurs femmes étaient capturées pour les hommes Bamoun. Les soldats les plus valeureux étaient ceux qui ramenaient le plus de trophées. Ces trophées étaient les crânes et les mâchoires de leurs ennemis. Les cranes servaient de calice et les mâchoires étaient cousues sur leurs uniformes. Le royaume Bamoun fut complètement réformé par l'accession au trône du roi Njola. Ce jeune souverain accéda au pouvoir après la régence de sa mère échappant à de nombreux complots familiaux visant à le destituer de sa charge. Fin guerrier, il vint à bout des oppositions par la force et dissémina les tribus voisines qui pactisaient avec la conspiration. Mais son rôle ne s'arrêta pas là. Plutôt que de faire la guère il préféra lier des liens commerciaux avec les nomades arabes. Ne se laissant pas pour autant islamiser. Il étudia leur religion et était fasciné par l'écriture. Il comprit grâce a cela l'importance d'écrire les traditions qui étaient jusqu'à lors transmises de façon orales. Il mis en chantier l'élaboration d'un alphabet et commença à imaginer des cases en briques de terre et non en bambou. Nous sommes dans les environs de 1880 et les Allemands commencent à coloniser l'Afrique. A cette époque ces derniers se contentent de s'installer à Douala, Kribi et Limbé tout le long du littoral. Mais bientôt leurs conquêtes ne s'arrêtèrent pas là et des corps expéditionnaires fut envoyés à l'intérieur des terres. Le poste avancé de Yaoundé fut crée à la même époque. La différence de moyens que possédait les allemands par rapport aux ethnies rencontrées leur ont permis sans difficulté d'écraser toute résistance. Njola qui avait eut la chance de ne pas se trouver sur la route d'invasion comprit qu'il ne pourrait pas faire la guerre sans risquer d'anéantir son peuple. Aussi, fin stratège, il préféra entretenir des relations diplomatiques. S'alliant avec les allemands il en profita pour anéantir une ou deux tribus voisines avec qui il avait des contentieux. Les allemands forts de cette coopération acceptèrent ces relations en ouvrant des comptoirs dans le pays Bamoun. Malgré les brimades de l'envahisseur Njola compris qu'il n'était pas de taille à lutter et préféra coopérer. Cependant la fréquentation des blancs lui donna des multitudes d'idées. Il profita de chaque occasion pour copier et ramener toutes les nouvelles découvertes à son royaume.
Cet ainsi qu'il décida de mettre en chantier un palais qui serait la copie conforme de celui du gouverneur à Douala. N'ayant aucune connaissance architecturale il réalisa une maquette puis commença son édifice. Il fit alors tailler des pierres et inventa une technique pour faire des briques. Ne connaissant pas le ciment il fit sceller les pierres et les briques par de la résine d'arbre. Finalement grâce à son opiniâtreté il finit son palais que l'on peut toujours visiter aujourd'hui. C'était un homme avide de sciences et de réformes. Les missionnaires protestants ne purent le convertir. Aussi lui est venu l'idée de créer sa propre religion. C'était une religion basée sur les connaissances qu'il avait acquit de l'islam et des protestants. Il finit d'inventer sa propre écriture après trois ou quatre versions son alphabet. Pour finir, il mit en projet d'écrire les traditions et d'établir des lois précises pour l'organisation de son peuple. Ayant vu une presse d'imprimerie chez les allemands il en fabriqua une ainsi qu'un moulin à grain. C'est ainsi que prospéra son royaume jusqu'en 1918, date à laquelle L'Allemagne capitula perdant la première guerre.
Après la défaite de l'Allemagne, la France et l'Angleterre faisant des mouvements de troupes en Afrique se partagèrent le territoire. C'est ainsi que le Royaume Bamoun devint anglais. Les anglais très fins, s'arrangèrent très bien de la coopération du roi et continuèrent sur les mêmes bases que les allemands. Sous l'occupation anglo-saxonne le roi Njola put continuer ses reformes. Il fit des registres sur tous les actes de procédures. Il établit des actes de naissance et de décès, entreprit un recensement et élabora un traité de médecine traditionnelle. Au bout de quelques années la France et l'Angleterre se repartagea le Cameroun. L'Angleterre pris le nord du Littoral de Victoria (actuellement Limbé) jusqu'au Nigeria qui ne s'appelait pas ainsi à l'époque et le nord et l'extrême nord du pays actuel. La France pris le reste et le royaume Bamoun bascula sous l'administration française..
Aussitôt la France entreprit d'organiser son nouveau territoire. Il n'était pas question que le royaume Bamoun face exception. Alors on envoya un gouverneur le lieutenant Presta chez le roi Njola afin d'organiser la société sur les préceptes de la philosophie française. Le lieutenant gouverneur se distingua plus par son arrogance que par sa diplomatie succédant brimades à outrages aux traditions. L'habilité diplomatique de Njola finit par le faire remplacer par l'administration française. Entre temps le roi avait entreprit d'éduquer son peuple en apprenant à ses enfants à écrire selon son alphabet. Le rayonnement et l'organisation de ce peuple gênaient de plus en plus la mission dite civilisatrice que s'était fixé la France. La tradition ethnique dérangeait de plus en plus les missions religieuses et le nombre des femmes du roi n'était pas en harmonie avec la religion catholique. Pour finir l'enseignement de son alphabet irritait profondément l'occupant au désir d'alphabétisation de son peuple. Finalement en 1931 après avoir cartographié son pays, finit son imprimerie et terminé d'écrire l'histoire de son peuple le roi Njola fut contraint à l'exil par les français à Yaoundé. On lui laissa quand même certaines prérogatives figuratives et il mourut en exil en 1933 à 66ans environ. Entre temps les français détruirent son imprimerie et son alphabet obligeant les enfants d'aller aux écoles des missions catholiques. Le sultan actuel n'est autre que le petit fils de ce célèbre roi. Son père fils de Njola décédé en 1992 instaura la religion musulmane plus en harmonie avec la polygamie. Le royaume devint un sultanat.
Après cette explication historique revenons à la visite du palais. Nous arrivons à la grande place centrale où se trouve une statue en bronze du roi Njola sur un cheval. Cette statue se trouve sur la stèle où est enterrée sa mère. Une personne en djellaba nous sert de guide et nous conduit au musée. Le bâtiment n'a rien de commun avec ce que l'on a vu auparavant. La construction est de plusieurs étages. Nous passons par une entrée sur le côté après la montée d'un haut et raide escalier de bois. Lorsque l'on rentre à l'intérieur on est surpris par la pièce organisée comme une construction moderne. Par une ouverture, on a une vue sur la pièce centrale où se tiennent les conseils. Cette pièce ressemble plus à une église avec de grandes colonnes qu'aux cases traditionnelles que l'on a visité jusqu'à lors. On ressent tout de suite l'influence de ce roi sur son royaume. Cette fois-ci le musée est un véritable musée avec des objets de pratiquement toutes les époques du peuple Bamoun. Les costumes sont conservés derrière des vitrines mais le guide nous précise qu'ils sont encore utilisés lors de cérémonie. Nous sommes impressionnés par les vêtements d'apparat, particulièrement par la coiffe qui pèse 25KG que l'actuel sultan utilise lors de toutes les réunions. Les différents trône ressemblent a ceux que l'on a vu. Toujours avec les différentes peaux de lions et de panthères. Ils sont généralement ornés de perles avec devant d'immenses défenses d'éléphants, symbole de puissance. On remarque aussi les machettes de combats avec leurs fourreaux. Les trophées de guerre ont été conservés. On peut donc voir tous les crânes des ennemis du royaume. La visite est particulièrement détaillée, le guide nous explique que des conservateurs de musées européens sont venus restaurer certaines pièces.
A la sortie du musée une autre personne vient nous prendre en charge pour nous conduire vers les artisans. Ceci est un passage quasiment obligatoire en Afrique où on va essayer de prendre un peu d'argent au blanc!!. Nous nous laissons tenter par un passeport. Les passeports sont de petits masques en terre cuite peints de la taille d'une main. Ces masques servaient de passeport pour passer d'une province à une autre. Celui que l'on choisi est un peu plus gros en forme de lune avec des couleurs très vives. Le vendeur nous explique qu'il servait pour sortir du pays. J'achète aussi une pipe en terre cuite. Ce sont en général les notables qui fument la pipe. Apres une négociation serrée nous obtenons le passeport pour 2000FCFA et la pipe pour le même prix. 40FF pour ces deux objets ne crèvent pas notre budget. A présent il faut se frayer un chemin entre les autres vendeurs qui nous attrapent pour tenter aussi leur chance.
Retour à la case départ où on vend les billets. Cette fois ci les guides essayent de nous vendre les différentes documentations sur leurs musées. Débarrassés de tous ces lascars nous avons la surprise de découvrir le sultan qui donne une audience publique sur son trône devant la cour de son palais. Discrètement je me cache et arrive à prendre une photo de la scène. La réflexion qui nous vient à l'esprit Nathalie et moi est de se demander comment ce roi pouvait tenir cette place. Ce souverain qui a fait ses études au cours Pascal à Paris fut un brillant universitaire. Ensuite il a fait une carrière politique où il a été successivement secrétaire d'état puis ministre. A présent il est obligé de se plier à la tradition. Pour cela il a été obligé d'abandonner son poste de ministre. Même si cela peut faire fantasmer certains occidentaux il est obligé de féconder toutes ses femmes afin d'assurer sa descendance. Et enfin, il est pris à plein temps dans son palais pour régler toutes ses affaires. Je pense que cet homme qui à certainement du connaître tous les avantages de la vie occidentale, doit se trouver dans une situation qui doit le changer énormément.
En repartant vers la voiture David me dit en riant:
" – Tu as pris le sultan en photo? Tu es vraiment trop fort! Fais moi voir.
Je lui montre le résultat sur l'écran de mon appareil numérique.
Il ri en me répétant que je suis vraiment trop fort. Nous retournons à présent à la voiture. Le gardien des voitures toujours présent nous redit pas une mouche. Je dis à David de se débrouiller avec lui pour le payer.
Nous repartons maintenant sur Foumbot. C'est la ville du marché qui approvisionne en fruits et légumes tout le Cameroun. Le soleil est presque au zénith. Il commence à faire très chaud. Nous arrivons sur la place du marché mais apparemment beaucoup de maraîchers sont partis. On nous avait tellement parlé de cet endroit comme quelque chose d'extraordinaire que nous sommes un peu déçu. Que cela ne tienne nous pouvons quand même faire nos courses pour la semaine.
A peine sortis de la voiture que 3 ou 4 gamins se battent pour nous proposer leurs services en tant que porteur. Je dis à Nathalie qui s'énerve de laisser faire. Ils seront contents de gagner une pièce. Comme dans tous les marchés, les vendeuses nous haranguent, nous certifiant qu'elles ont la qualité au meilleur prix. L'attitude à avoir est de ne surtout pas les regarder et faire son propre choix en fonction de ce que l'on voit. Dans le cas contraire on ne peut pas se défaire de ces mégères. Les prix sont vraiment ridicule, 1500FCFA pour 8à10kg de pommes de terre, 100F CFA pour une dizaine de mangues idem pour les tomates. Bref nous faisons notre marché de fruits et de légumes pour la semaine pour 3000FCFA. J'en profite pour photographier discrètement quelques scènes typiques du marché. Les couleurs vives de certaines marchandises et les tenues des vendeuses, contrastent sur la couleur terre de la rue. Les marchandises chargées dans la Toyota chocolat, nous repartons à la recherche d'un restaurant pour déjeuner. Nous nous arrêtons à Bafoussam dans un resto un peu plus chic que les autres où nous nous déjeunons.
Le service étant toujours très long nous repartons vers Yaoundé 2heures après. Les kilomètres défilent, David fait ronfler la Toyota chocolat sur les grandes lignes droites. En me penchant sur son compteur je note des pointes à 150 km/h . Espérons que David ait mis les bons grigris qui nous protègent des accidents.
Nous arrivons à 19heures à Yaoundé fourbus de fatigue. André le gardien décharge la voiture. Je pense que nous allons être heureux de retrouver un bon lit.
Pour l'un des derniers week-end qui nous restait au Cameroun il fallait en voir le maximum. Comment venir au Cameroun et ne pas aller au chutes d'Ekom les fameuses chutes de la légende de Tarzan où a été tourné Graystok.
David devenu mon chauffeur attitré m'assura que sa Toyota chocolat pourrait nous conduire où bon nous semblerons. Après m'être renseigné sur les locations de voitures à des prix exorbitants avec des conditions débiles, je négociais avec mon chauffeur préféré 2 jours de sa Toyota chocolat à 600FCFA. Bien sur à ce prix la je paierais l'essence et les frais de péage ainsi que son hébergement en lui précisant que finalement je le payais pour faire du Tourisme. David avait l'air assez content de cette proposition et accepta sans même discuter le prix.
Nous avions rendez-vous à 7h le dimanche matin car nous avions pas mal de route à faire. A son habitude David arriva à l'heure et nous aida à charger les bagages. Nathalie, Crevette et moi partions pour de nouvelles aventures. Nous prenons la même direction que notre précédente excursion.
Les 200km de route jusqu'à Baganté étaient déjà connus et nous n'ont réservé aucune surprise. La route se fit d'une seule traite. Après Baganté, changement de décor à notre grande surprise nous attaquons la montagne. Lors que l'on arrive en Afrique on ne s'attend pas à voir une si grande diversité de paysage. La route est large et commence à monter en serpentant. On s'imaginerait facilement sur une route des alpes du sud si on oublie les palmiers et les plantes tropicales. Malgré le ciel voilé nous roulons entourés de montagnes dont certaines font plus de 2000 mètres . Nous découvrons ici encore un autre style d'environnement. Malgré tout, ce qui est frappant, c'est de voir autant de constructions et d'habitations. Nous nous arrêtons en haut d'un col pour faire une photo. De ce point de vue nous avons un panorama sur un relief vallonné à perte de vue.
Soudain Nathalie nous dit qu'elle achèterait bien des bananes. De fait, dans cette région il existe une variété de petites bananes qui est vraiment excellente. Il n'est jamais très compliqué ici de trouver ce que l'on veut acheter. En général le long de toutes les routes se trouvent des marchands ambulants vendant toutes sortes de marchandises. Cela peut aller du gibier braconné en passant par des cuvettes en plastiques ou bien des fruits et légumes. David arrête la voiture le long de la route devant une concentration de 5 ou 6 échoppes. A peine sortie de la voiture, une dizaine de marchands nous entourent en nous interpellant pour nous demander ce que l'on désire. Comme à l'habitude la première des choses à faire est de se débarrasser de ces casse-pieds afin de pouvoir regarder nous même ce qu'ils ont à nous proposer. Nathalie repère un régime de ses fameuses petites bananes. Elle se retourne vers moi en me disant que c'est bête car ils ne les détaillent pas. Je lui réponds en lui demandant où se trouve le problème car au prix ou ils doivent les vendre on ne va pas se ruiner. La seule chose est seulement de les choisir vertes pour qu'elles supportent le voyage. Finalement nous négocions le régime de bananes pour 1000FCFA.
A coté je vois le fameux vin de palme. Curieux j'avais envie de le goûter. Je négocie un demi-litre à cinquante centimes et la marchande me tend un verre pour le goûter. C'est assez bizarre d'un goût très acide. Je tends le verre à Nathalie. Vu sa grimace, elle avait l'air d'apprécier autant ce breuvage. Enfin ce n'est pas grave pour cinquante centimes nous aurons un breuvage pour lutter contre la constipation.
Avant de repartir je décide de faire une photo du panorama. En remontant dans la voiture un individu antipathique me demande de l'argent pour la photo. Je commence à me mettre ne colère :"
-Tu es qui toi pour me demander de l'argent?
Mais je suis chez moi!
Et alors tu as acheté la montagne?
Non mais tu dois payer!
Vas te faire foutre!
Aller David démarre il nous emmerde.
C'est vraiment pénible ici, lorsque les noirs voient le blanc ils ne savent pas comment lui prendre de l'argent et il y a des moments où ça finit par nous faire perdre patience.
Nous descendons à présent vers Bafang. Sur le guide touristique nous avions lu qu'une belle chute d'eau se trouvait à la sortie de la ville. Nous traversons cette petite ville commune à toutes celles que l'on avait traversé jusqu'à lors. A la sortie de la ville, nous nous arrêtons sur le bas côté. Tout de suite une dizaine d'enfants entourent la voiture en nous disant:
- Pour les chutes!! Pour les chutes!!
Ok mais seulement deux.
Deux gamins montent avec nous et nous indiquent 800 mètres plus loin un chemin sur la gauche. Nous préférons vu l'état du chemin, garer la Toyota chocolat. De la voiture nous entendons le bruit de la cascade. A peine 50 mètres à pieds et nous arrivons au bout du chemin arrêté par une barrière. Devant nous un canyon d'une centaine de mètres au milieu de la forêt. En face la rivière sort des arbres et se jette en sautant la falaise d'un seul jet. Le coin valait le détour, c'était un avant goût de ce qui nous attendait. Un pourboire d'usage pour les gamins, et nous reprenons notre périple.
Comme toujours ici, il ne faut pas compter sur la signalisation routière pour découvrir un site touristique et ma foi tant mieux. Le guide que j'avais acheté à Yaoundé nous promettait un endroit extraordinaire dans les environs de Ngonsemba. Il s'agissait des célèbres chutes de Tarzan. Après une polémique dans la voiture entre Nathalie qui disait que c'était avant Ngosemba, moi qui disait que c'était après et David très sage qui préférait ne pas se prononcer nous décidions de demander notre chemin.
La seule indication était qu'en relisant le guide on parlait d'un monument rose avec une étoile, sur la gauche de la route qui délimiterait le départ de la piste. A la sortie de Ngonsemba nous nous arrêtons devant un petit marché. Tout de suite un homme se propose de nous guider en nous demandant combien on donne. Je lui propose 1000FCFA il me dit que ce n'est pas assez. Je lui réponds que ce n'est pas grave je trouverais tout seul. Finalement un deuxième larron arrive et essaye de demander plus. Devant ma détermination il accepte de monter dans la voiture et nous montrer le chemin pour 1000F CFA.
C'est bien 15km après Ngosemba que l'on finit par trouver ce fameux monument. En Effet sur la gauche de la route on découvre une espèce de petit monument rose représentant un puit surmonté d'une étoile. Apparemment c'est le repère indiqué sur le guide. D'après ce même guide, il nous resterait 20minutes de piste et nous serions arrivés à destination.
Nous traversons plusieurs villages et de part et d'autre de cette piste nous apercevons les champs de café. Le chemin commence à se faire de plus en plus compliqué. Il descend en serpentant. La Toyota chocolat racle par deux fois. Cela fait bien vingt minutes à présent que nous avons quitté le goudron. Par deux fois je conseille à David de garer la voiture en lui proposant de terminer à pied. Finalement un passage encore plus scabreux que les autres le décide à stopper. Nous garons la petite Toyota chocolat sur le bord de la piste en prenant bien soin de la fermer à clef pour éviter les tentations
. Comme à son habitude, à peine sortie de la voiture Nathalie ayant chaussé ses chaussures de marche démarre au pas de charge suivit de crevette et de notre guide de fortune. Je la regarde partir en soupirant. Pour ma part je démarre doucement en partant du principe qu'un bon cavalier ménage sa monture. D'après nos calculs nous ne devions pas être très loin du but. J'en profite pour admirer le décor. Nous sommes à présent en pleine forêt tropicale. Le paysage est grandiose avec une diversité de végétaux hors du commun. Au détour de la piste un immense un fromager s'élève à une bonne quarantaine de mètres. La piste est assez large avec des traces de roues donc forcement fréquentée par des véhicules. Un quart d'heure plus tard, David environ 100mètres devant moi s'arrête pour m'attendre.
" – Ta femme ne t'attend pas?" demande t'il interrogateur
" – Laisse ça l'amuse elle se lassera avant moi!
Nous continuons à descendre la piste. David me fait remarquer les manguiers, les goyaviers et les bananiers. Il s'arrête et me montre un plan de café. Je ne connaissais pas la plante qui fabriquait le café que l'on buvait le matin. Il prend le temps d'enlever quelques grains. Les cassent en deux et me fait voir le fameux grain de café. Apres cet intermédiaire éducatif nous reprenons notre chemin. Cela fait à présent une demi heure que l'on marche. Le temps commence à nous sembler long et la chaleur écrasante de la fin de la matinée commence à me taper sur la tête. Ma chemisette est trempée de sueur et toujours aucune indication pour nous dire que nous nous rapprochons de la chute. Nous passons à présent au milieu du village des planteurs de café. Nous croisons des gens qui nous saluent. L'un d'entre eux m'interpelle :
"- On a vu ta femme elle est devant
Je sais merci
Les chutes sont loin?
Un peu."
Ici un peu ne veut pas dire grand chose cela peut être 500mètres ou 10 kilomètres . Nous continuons notre route sous le soleil écrasant et toujours aucun signe de cette cascade. Cela fait à présent une heure que l'on marche. Au bout du chemin j'aperçois Nathalie et le guide qui m'attend devant une cabane. Arrivés à sa hauteur elle me demande si nous voulons boire quelque chose.
Une pancarte sur cette petite masure faite de planches et de tôles ondulées indique complexe bar restaurant! Je lui réponds que je préfère voir les chutes et boire après. Nous sommes pratiquement arrivés. Deux jeunes garçons s'approchent de nous et se présentent comme les guides officiels. Dés qu'il y a possibilité de grappiller un peu d'argent les noirs sont capables de s'inventer n'importe quel métier. Que cela ne tienne après cette longue marche je n'ai pas envie de palabrer. Nous marchons encore une centaine de mètres sous des grands arbres et nous arrivons à un promontoire bétonné avec une barrière.
Devant nous les fameuses chutes de Tarzan.
Le paysage est grandiose, du haut d'une falaise d'environ 300mètres le fleuve se jette d'une seule traite dans un cirque taillé au milieu de la forêt. De l'observatoire improvisé nous surplombons le fond de cette vallée et en face de nous légèrement plus haut le fleuve majestueux se jette dans le vide. Les jeunes guides s'empressent de nous dire que c'est la deuxième plus haute chute d'Afrique après celle du Zambèze et de nous rajouter que sont celles de Tarzan. D'ailleurs disent-ils c'est la que l'on a tourné le film. Ils nous demandent si on veut aller voir la baignoire où la femme à Tarzan se baignait nue? Après cette longue route cela aurait été dommage de ne pas aller plus loin. Nous descendons dans la forêt dense par un petit chemin escarpé. Puis nous arrivons sur les pentes de la vallée qui nous mène au bas de la chute. Le chemin devient de plus en plus compliqué et terriblement glissant, la pente est impressionnante. Les jeunes guides nous montrent le chemin, chaussés de tongs ils ne semblent être nullement gênés par ce passage extrêmement glissant. Plusieurs fois je glisse sur les fesses. Nathalie mieux chaussée que moi ne fait pas mieux. A présent le soleil nous tape sur la tête et nous continuons notre descente vers la piscine à tarzan. Au bout d'un quart d'heure nous arrivons à une petite bute à environ une centaine de mètres du bas des chutes. D'ici, nous sommes arrosés par les embruns de la cascade. C'est une fraîcheur très agréable et nos vêtements sont très vite mouillés. L'un des guides me demande:"
Tu ne veux pas aller te baigner dans la baignoire de la femme à Tarzan?"
Je croise le regard de Nathalie et répond Ok. Pour sa part Nathalie préfère rester sur place:"
- Fais attention de ne pas glisser c'est vraiment dangereux." me dit elle. Je n'ai pas fait tout ce chemin pour m'arrêter si près du but me dis-je. De plus le privilège de se baigner dans la piscine à Tarzan n'est pas des plus communs. Un des deux guides me prévient qu'il ne faut pas aller nager dans le courant car les "Mami-wata " risquent de nous entraîner pour nous nous noyer:"
C'est quoi ces conneries
Je t'assure fais gaffe ce sont les esprits de la forêt
Ok je ferai attention.
Je commence à descendre dans un éboulis trempé par les embruns. La pente est tellement raide que je suis obligé de descendre avec les mains et les pieds. Enfin au bout de dix minutes nous arrivons en bas sur un petit affluent qui remplit la fameuse baignoire. Le spectacle est extraordinaire devant nous deux grandes marmites où une eau coule gentiment et trente mètres plus loin la cascade s'écrase dans un fracas d'enfer au bout de sa course. Je pose mes vêtements sur un rocher et commence à rentrer doucement dans l'eau. Vu la surchauffe du soleil je ne voulais pas risquer l'hydrocution. Après tous ces efforts, nager dans cette eau fraîche et dans ce cadre semble irréaliste. Nous atteignons une autre marmite qu'il faut traverser à la nage et nous arrivons carrément au pied des chutes. Le guide me demande si je veux passer sous les chutes? Vu les éboulis de plus en plus glissant et la difficulté du passage pour arriver sous les chutes, je lui réponds que l'on ne va pas plus provoquer les mami-wata. On refait à la nage le chemin inverse pour arriver jusqu'aux vêtements.
Maintenant que nous étions en bas il fallait remonter. Le jeune guide grimpe dans les éboulis malgré ses tongs avec une facilité déconcertante. Je commence à sentir mes cuisses vaciller. Maintenant que je suis ici je n'ai pas le choix il va bien falloir remonter. Je grimpe avec les mains et les pieds, je sens mes jambes me brûler de plus en plus, heureusement les embruns de la cascade nous rafraîchissent. J'arrive péniblement au promontoire ou David m'attend. Nathalie qui ne se sentait pas très bien a commencé à remonter. Soudain l'air chaud me saisi, j'ai la respiration coupée, je ne tiens plus sur mes jambes. Je sens le sang cogner derrière mes oreilles. Ces dernières bourdonnent. Mon cœur tape dans ma poitrine comme un marteau piqueur. Merde me dis-je je ne vais pas crever ici ! Je fais signe aux autres et m'allonge parterre. Je m'inquiète de plus en plus car je n'arrive pas à reprendre mon souffle. De plus, l'air que je respire est brûlant. La sueur coule de mon corps de façon continue, je suis pris de nausée. Au bout de cinq bonnes minutes le malaise commence à s'estomper et je commence doucement à reprendre mon souffle. Quel con me dis je n'avoir pas penser à prendre de l'eau. La gorge me fait mal complètement asséchée et le soleil tropical de midi me tape sur la tête. Malgré la position inconfortable et le soleil qui me brûle, je reste encore cinq bonnes minutes. Je n'ai pas le choix il faut bien remonter. David me regarde et me dis:
Prends ton temps, on va y arriver
Ca va aller prends mon sac s'il te plait
Je repars doucement la monté est extrêmement raide et en plein soleil je patine sur ce sentier de terre. J'ai l'impression que les jambes ne me portent plus. Au bout de 100mètres je sens le malaise revenir je m'allonge à nouveau :"
Merde je ne vais pas y arriver!
Repose toi me dit David ne t'inquiète pas, on va t'aider!"
Après cette nouvelle pose je repars vacillant avec le jeune guide qui me tire d'une main et David qui me pousse. Nous atteignons la forêt et l'ombre. Je demande à m'arrêter une nouvelle fois. Il fait plus frais, je reprends mon souffle un peu plus facilement. Il y a des moments où on regrette de ne pas avoir d'entraînement. Le guide me rassure en m'expliquant que même certains militaires qui étaient venus avaient aussi toutes les peines du monde à remonter:"
Courage
Me dit-il, on est presque arrivé. Je puise dans mes dernières ressources et franchis les derniers 100mètres en sous bois qui nous séparent du restaurant.
Nathalie m'attend affolée :
Ca va? Tu es sûr? J'ai eu peur, j'ai cru que tu prenais un malaise cardiaque?
Je n'en étais pas loin mais ça va aller. Il faut absolument que l'on trouve une voiture pour nous ramener à la notre car je ne me sens pas le courage de marcher encore une heure!
Nous nous asseyons à l'ombre de la terrasse de la guinguette. Petit à petit je reprends mes esprits. Nous commandons à manger et surtout à boire! Avant ma bière je préfère boire de l'eau fraîche. Nous étions littéralement déshydratés. Je sens mon corps se normaliser et mes bourdonnements d'oreilles commencent à s'estomper.
A peine installés devant nos boissons nous apercevons dans un nuage de poussière une Renault 12 d'un autre âge arriver vers nous. Elle se gare à l'ombre. Un homme assez grand d'une cinquantaine d'années en descend. Il porte un bonnet rouge en laine et ses lunettes demi lune lui donne un air intellectuel. L'homme s'approche de nous avec un acolyte. Je comprends qu'il est le propriétaire des lieux. Il nous salue et s'adresse à nous :"
Bienvenue aux chutes d'Ekom. Le paysage vous à plus?
Merci Tout à fait, le site est grandiose
Vous savez ce sont les deuxièmes plus grandes chutes d'Afrique
Oui je sais d'ailleurs nous sommes descendus jusqu'en bas et j'ai cru que j'allais mourir pour remonter.
J'en profite pour lui expliquer que nous avons laissé la voiture à une heure de marche et que je suis complètement épuisé. De rajouter que je serais extrêmement reconnaissant s'il pouvait nous y reconduire et que bien entendu je le dédommagerais de ses frais. L'homme me regarde et me dit calmement on va voir. Je reste dubitatif me demandant s'il va accepter. En attendant nous allons manger nous verrons après. N'ayant d'autre choix, nous commandons des omelettes et des frites de pommes bien entendu arrosées de la célèbre bière fraîche Camerounaise.
A la fin du repas après avoir distribué de larges pourboires à tous les guides et réglé l'adition. Nous nous apprêtons à repartir. L'homme au bonnet rouge se lève avec son acolyte et nous dit qu'il va nous raccompagner. Quel soulagement, je ne manque pas de le remercier chaleureusement. Il me précise juste que dans la mesure où je lui paye seulement l'essence c'est un plaisir pour lui. Je suis très étonné de tant de courtoisie venant de la part d'un Camerounais. L'homme roule sur la piste à vive allure, la Renault 12 craque de partout et saute de trous en bosses. Nous roulons bien un quart d'heure pour retrouver notre Toyota chocolat. En descendant de la voiture je lui donne 2000FCFA en me présentant et lui demandant qui il est. Il me tend sa carte. Il s'agit de l'inspecteur d'académie du secteur. Un notable local qui doit posséder plusieurs affaires. Je souris en regardant sa carte de visite où on peut lire Licencié es Psychologie professeur de sciences et techniques de l'éducation. Je le salue respectueusement et nous repartons heureux d'avoir évité cette marche à pied. Nous finissons les 20 minutes de pistes qui nous mène à la route et déposons notre premier guide.
D'après mes calculs, nous devons être à environ 80 KM de Kumba. Au premier barrage de police le flic de service s'époumone comme un abrutit sur son sifflet et fait signe à David de s'arrêter. Une tête de connard gonflé comme une baudruche de son autorité, il nous fait garer. Il commence à demander les papiers de la voiture. Ne trouvant rien d'irrégulier il cherche comment nous racketter. Il évoque une soit disant autorisation pour circuler avec un taxi hors de sa ville. La palabre s'engage. David qui connaît le problème cède en donnant 1000FCFA pour pouvoir repartir. Il remonte écœuré dans sa voiture. Nous repartons en direction de Loum, ville où nous devons prendre la direction de Kumba. Nous sommes encore dans la montagne. Le paysage est vraiment très beau. Nous sommes entourés par des montagnes dont certaines sont à plus de 2000 mètres . Cette région est le bastion de l'agriculture d'exportation. Nous longeons les plantations de café et de cacaoyers. On peu apercevoir aussi des plantations de bananiers à perte de vue ainsi que des palmeraies où on extrait l'huile de palme. La route défile, Kumba sera la ville de notre prochaine étape où nous passerons la nuit. Au bout de trois quarts d'heure de route et de traversées de village nous arrivons à Loum. Un panneau nous indique une direction à droite. David s'arrête étonné. Il s'agit à présent d'une piste et non d'une voie goudronnée comme on aurait pu le supposer sur la carte. Nous demandons notre chemin. Tout de suite un homme s'approche de ma portière et nous propose de monter avec nous pour nous montrer l'itinéraire en précisant qu'il s'y rendait. J'hésite fatigué de tous ces mecs qui nous haranguent à tout bout de champ. David me dit de le laisser monter. L'homme s'installe à coté de Nathalie en nous remerciant. Il se présente comme employé de banque travaillant à Kumba. Nous engageons la conversation et nous annonce qu'il y a 40 Km de piste mais qu'elle est très bonne. Après un contrôle nous nous engageons. David roule à tombereau ouvert sur cette piste de terre en soulevant un immense nuage de poussière. Nous ne sommes pas très rassurés, je regarde le compteur il roule à plus de 100. La piste s'enfonce en pleine jungle. De temps en temps elle est bordée de plantations. Notre employé de banque nous explique que Kumba est une ville très riche. Les pistes ont été ouvertes par les forestiers pour exploiter la richesse de la forêt. De grosses entreprises y ont installé des scieries. Ensuite les producteurs de café et de bananes ont exploité les terres à cultiver. C'est pour cela que nous croisons des villages au milieu de nulle part. Pour finir certains colons ont planté des forêts immenses d'hévéas pour exploiter les richesses du caoutchouc.
La piste défile à une cadence soutenue. Au bout d'une descente nous arrivons sur un pont métallique à une voie qui enjambe une rivière. En dessous des hommes en pirogues extraient le sable. Cette activité en pleine brousse est vraiment incroyable. A présent la piste s'enfonce dans la forêt équatoriale. Ne voyant plus traces de civilisation, Je demande à notre passager s'il y a de l'électricité à Kumba. Ma question l'amuse beaucoup. Il me répète que Kumba est une grande ville et est très riche. Je reste perplexe. Nous roulons encore une bonne vingtaine de minutes et arrivons à une barrière. Nous sommes en zone Anglophone. Un flic nous interpelle en anglais et nous demande les papiers du véhicule. Ca y est ça recommence. David descend toujours très calme et commence la palabre. Je descends agacé. Ces pratiques commencent vraiment à me gonfler. J'engage la conversation avec ce con de flic mais David me fait signe de remonter dans la voiture afin d'éviter d'envenimer les choses. Au bout d'un quart d'heure de palabre et 1000F de racket, la barrière s'ouvre enfin.
Kumba est le premier carrefour en venant du Nigeria qui est à une cinquantaine de kilomètres par la piste. Nous rentrons dans les faubourgs de la citée et au panneau de l'entrée de la ville, à notre grande surprise, nous tombons sur une route à quatre voies goudronnées. On croit rêver, une grande et coquette ville s'ouvre à nous comme sortie de nulle part. Les rues sont indiquées par leurs noms, les voies sont matérialisées même les accès aux sous quartiers sont goudronnés. David n'en revient pas Il me dit que même à Bafoussam les routes ne sont pas si belles. Je fais remarquer à David que les zones anglophones sont beaucoup plus civilisées que les zones francophones. Les maisons sont coquettes et même les masures sont souvent fleuries. Visiblement les habitants de ces endroits ont un esprit beaucoup plus civique car on ne trouve pas des dépôts d'ordures à chaque coin de rue. Notre passager est très fier de nous montrer sa ville et nous indique au passage un restaurant où nous pourrons manger le soir. Nous étions venu à Kumba pour visiter un lac de cratère original avec une île habitée en son milieu. Avant de nous indiquer un bon hôtel pour dormir, notre nouveau guide nous fait voir le chemin de notre prochaine visite. Visiblement ce lac est juste à la sortie de la ville.
Pour l'heure, il est temps de trouver un hôtel. Nous arrivons à Azi Motel. Au fond d'une cour un perron coquet devant un ensemble de bâtiment nous accueille. L'endroit nous semble sympathique. Je souris en regardant une plaque qui nous indique que l'établissement a deux étoiles selon l'office nationale du tourisme du Cameroun. Nous nous dirigeons vers la réception et demandons des chambres. Notre guide improvisé consciencieux jusqu'au bout nous négocie les chambres. On me présente un petit appartement avec un salon, deux chambres climatisées et une salle de bains. Je m'amuse et dit à l'oreille de Nathalie :"
Tu vois toi qui dis que je t'amène toujours dans des hôtels minables, on nous présente une suite!"
Ok pour la chambre mais David ou va t'il dormir?
La réceptionniste me fait voir une autre chambre simple ventilée avec salle de bain. Notre nouvel ami négocie les prix sérés et finalement nous annonce 15000FCFA pour les deux. C'est vraiment ridicule. J'accepte sans hésiter et rempli la fiche dans la foulée. Je préfère payer d'avance pour éviter les surprises. David décharge nos bagages. Epuisés par la journée on se donne une heure pour se changer et se reposer. Nous saluons notre guide occasionnel en le remerciant.
La chambre est sympa et chose exceptionnelle la clim est silencieuse et fait du froid. Après la journée que l'on venait de passer, une douche salvatrice et une petite sieste d'une demi heure seront les bienvenues. A 20 heures nous nous retrouvons à la réception de l'hôtel pour aller dîner. David fringuant nous attend et nous reprenons la Toyota chocolat pour aller au restaurant que l'on nous avait indiqué.
L'établissement ne déborde pas de luxe mais nous était quand même recommandé. Nous choisissons une table à l'intérieur, la terrasse n'étant pas éclairée. Une télévision braille en diffusant un programme anglophone. Je demande si l'on peut manger. Une serveuse lymphatique nous indique une table. Cinq minutes après elle nous amène une carte. Tout de suite nous commandons les bières fraîches. Apparemment ils font la recette du poulet DG . Ce sont des morceaux de poulets cuits à l'eau puis épicés et recouverts de chapelure pour être fris. A 1500FCFA l'assiette de poulet avec les frittes de pommes nous décidons d'en prendre 4 pour pouvoir en donner à Crevette. J'ai un peu honte de prendre une assiette pour ma chienne et je dis à Nathalie d'être discrète pour lui donner les morceaux de poulet. Une bonne demi heure après notre serveuse revient avec les plats. Nous avons pratiquement la moitié d'un poulet chacun c'est dingue! Nos émotions de la journée nous ayant creusés nous mangeons avec un réel appétit.
L'adresse que nous avait indiquée notre guide de fortune valait vraiment le détour. Nous mangons et buvons pour seulement 6400FCFA c'est fou!! Nous repartons à l'hôtel pour une nuit réparatrice.
Nous avions rendez-vous le matin au petit déjeuner à 8 heures. La salle de restaurant est immense, le grand ventilateur brasse l'air moite. Après la prise d'un petit déjeuner continental, nous repartons pour de nouvelles découvertes.
Nous étions venu à Kumba pour voir un lac de cratère. A la sortie de la ville nous laissons la voiture à l'entrée d'une piste peu engageante marquée lake road. Nous continuons à pied en nous enfonçant dans la forêt équatoriale. La piste monte en serpentant le long d'une falaise. En dessous la forêt est dense. Nous apprécions la végétation tropicale. Au bout d'un quart d'heure nous arrivons en haut d'une cote et au milieu d'un trou de la végétation, le lac immense nous apparaît. Là, devant nous sur les rives, des femmes lavent du linge. Des hommes s'approchent de nous pour nous proposer les produits de leur pèche. Tout de suite l'un d'entre eux sentant une opportunité veut nous servir de guide. Nous nous en débarrassons sans trop de difficulté. Nous aurions bien fait un tour de pirogue pour aller visiter l'île mais malheureusement le temps nous est compté. Nous repartons donc à la voiture.
Au moment où nous rejoignons le véhicule arrive un taxi local d'où l'on voit à notre grande surprise descendre 9 jeunes filles toutes habillées en bleu. L'autoradio du taxi braille à tue-tête de la musique africaine. Ces jeunes filles dansent le dombolo en chantant et riant nous offrant un spectacle inattendu. Elles nous demandent d'où on vient puis nous disent qu'elles font partie d'un collège de Kumba. Après cet intermède artistique nous reprenons la route. Arrivés au centre de la ville David me fait remarquer un groupe de femmes habillées en costumes traditionnels maquillées de blanc. Nous sommes vraiment au cœur de l'Afrique. Ce spectacle surprenant nous donne un aperçu des danses tribales. J'en profite pour faire une ou deux photos discrètement avant d'être repéré.
Nous sortons de la ville et reprenons la piste de la veille en sens inverse. Espérons que le flic ripoux ne vas pas encore être la pour nous racketter. Nous avions prévu initialement de rejoindre Limbe par la route matérialisée sur la carte. Mais d'après les dires de notre guide de la veille la route goudronnée de la carte n'était qu'une piste inaccessible aux véhicules de tourisme. Nous repartions donc sur Loum et nous rejoindrons Douala à midi. Ayant changés notre programme nous nous retrouvions avec un peu plus de temps. J'avais téléphoné à Pascal pour que l'on puisse déjeuner avec lui à midi. Cette fois ci nous faisions le chemin retour de jour. La piste nous livre tout son charme. J'en profite pour faire des photos. Nous nous arrêtons au pont métallique de la veille. Je profite pour prendre en photos ces piroguiers qui récupèrent le sable. Nous repartons soudain au détour de la piste un marché immense semble sortir de nulle part. C'est complètement fou en pleine brousse une foule bigarrée est là, vendant et achetant diverses nourritures. David s'arrête et part en quête de négocier un régime de banane plantin. Je descends et discrètement je tire quelques clichés de cette scène surréaliste. Au bout de quelques instants David revient avec deux énormes régimes de bananes Plantin. Il m'avoue discrètement les avoir négociés à 1000F CFA pièce. David repart faisant ronfler la Toyota chocolat à plus de 100 à l'heure sur la piste de terre. Juste avant Loum un dernier contrôle de Police. J'y crois pas ils vont encore nous racketter. Le policeman demande les papiers et regarde dans la voiture. Il nous demande nos papiers. Il rend le passeport à Nathalie et en s'adressant à moi il me dit que ma carte de séjour est périmée. Je lui réponds de mieux lire. En fait il reste encore 2jours de date de validation. Il sourit et me la rend. Je sens qu'il cherche quelque chose à nous reprocher pour essayer de nous prendre de l'argent. Finalement il s'intéresse à la chienne. Je plaisante en lui disant que c'est un chien pygmée ce qui détend l'atmosphère. Après m'avoir demandé si je ne vendais pas mon chien ou si je ne pouvais pas lui faire en avoir un. Il nous laisse partir sans problèmes. La barrière s'ouvre et nous nous retrouvons à présent en zone francophone.
Nous sommes toujours dans la région la plus agricole du Cameroun. Nous nous arrêtons sur un dernier marché pour faire le plein de fruits et de légumes à des prix ridicules. En route pour Douala, la route est large et excellente de plus, chose exceptionnelle matérialisée. David roule à des vitesses impressionnantes, nous sommes à moitié rassurés. La route défile très vite, nous passons au milieu d'immenses exploitations agricoles. Ces dernières travaillent pour l'export. Nous remarquons la richesse de la région. Le temps commence à changer il fait très lourd et nuageux. Nous nous approchons de Douala. Nous arrivons dans les faubourgs de la grande ville. Comme lors de notre dernière visite la circulation représente toujours le même bordel. La route qui mène à la capitale économique de ce pays est dans un état pitoyable. On ne sait pas s'il y a plus de trous ou plus de bitume. David slalom entre les trous les motos et les voitures. Je téléphone à Pascal pour le prévenir de notre arrivée:"
Allô Pascal nous sommes au faubourg de Douala
Ok, ton chauffeur connaît Douala?
Non pas vraiment!
Dis lui d'aller au Méridien, on se retrouvera là bas
Et c'est où le méridien
Dis lui de passer devant le beach après le port il y ira en direction du quartier Bonanjo vous verrez vous trouverez!
Ok je te rappelle lorsque nous serons arrivés.
Nous traversons le pont qui enjambe l'estuaire de la Wouri et nous reconnaissons tout de suite le beach. C'est une avenue à quatre voies qui longe le port de commerce. La route est complètement défoncée et est en cours de rénovation. Nous passons devant l'entrée du port et nous dirigeons vers le quartier Bonanjo. A ma grande surprise le décor change. Nous passons devant d'élégantes villas. Les rues sont bordées d'arbres. Quelques bâtiments coloniaux très bien entretenus se trouvent ici ou là . Nathalie me fait remarquer la différence entre Douala et Yaoundé. C'est vrai que ce quartier fait beaucoup plus penser à une ville européenne. Nathalie de rajouter, que de vivre ici doit être plus sympa qu'à Yaoundé. C'est sur que mis à part le climat trop lourd de Douala l'environnement n'à aucune commune mesure dans ce quartier. Cela faisait longtemps que je n'avais plus vu de boutiques. A force de tourner nous finissons par trouver le Méridien.
Je téléphone pour prévenir Pascal de notre arrivée. Quelques instants plus tard il nous rejoint avec sa voiture:"
Salut Pascal alors c'est comment!!
Bien vous voulez faire quoi?
Ben on va se trouver un resto pour manger?
Il y a le Méridien en face!
Tu es fou, tu as vu comme nous sommes sale! Trouve nous un truque sympa pas cher!
Ok on va aller après le port montez avec moi et dis à ton chauffeur de nous suivre.
Nous montons dans sa voiture, quel bonheur j'avais oublié la climatisation. Nous dépassons les grands entrepôts des douanes du port et nous arrivons au bout de la langue de terre de l'estuaire.
Construit sur des pilotis une immense guinguette est là devant nous. Nous garons la voiture et nous nous dirigeons vers l'entrée. Je demande au garçon qui se trouve là :"
C'est possible de manger?
Pas de problème patron!"
Nous traversons plusieurs terrasses construites à clair voie sur la mer pour nous installer sous une espèce de tonnelle avec la vue sur l'estuaire. Une serveuse arrive. Elle n'ose pas s'approcher de la table prenant peur de Crevette. On se moque d'elle en lui disant de faire attention car le petit chien de 3 kilos allait la manger. Finalement elle finit par prendre notre commande. Comme d'habitude nous lui demandons en premier de nous servir à boire. Dix bonnes minutes s'écoulent avant qu'elle ne revienne avec nos boissons. Comme je l'ai souvent dit, le temps en Afrique à une autre valeur et vu la vitesse à laquelle notre serveuse marche il lui faut bien dix minutes pour faire les vingt mètres qui séparent le comptoir de notre table. Bref nous commandons à manger. Nous avons comme choix le poisson et les bananes plantin. N'ayant d'autre alternative, tant pis va pour le poisson. La serveuse nous demande d'aller choisir notre poisson en cuisine. Je choisi un énorme capitaine pour mon ami Pascal et moi, Nathalie opte pour une dorade. De retour à la table les conversations s'animent autour de la difficulté de vivre en Afrique. Bien quarante cinq minutes après arrivent nos poissons. Même si nous n'avons pas eu le choix des garnitures nous ne sommes pas déçus des poissons préparés au gril légèrement épicés avec des oignons. Nous nous régalons et pensons à ce qui nous attend à notre retour en France. C'est sur que nous n'auront pas les moyens de se payer un tel luxe. Je presse un peu le pas car nous devons rentrer à Yaoundé et comme il est très dangereux de faire l'axe lourd de nuit il vaut mieux ne pas partir trop tard.
Pascal tient absolument à me faire voir le port de Douala où on exporte le bois. De fait c'est assez impressionnant. Des centaines de piles de bois empaquetées attendent là pour être enlevées par le bateau. Un autre parc est destiné aux grumes, ce sont d'énormes troncs d'arbres rangés en pyramide et classés par essence et par négociant. Chaque tronc est marqué du sceau de son propriétaire. D'ici on peut se rendre compte du volume de bois qui est exporté du Cameroun vers le monde entier. Avant de partir Pascal tient à me montrer le salon de coiffure qu'il voulait que je reprenne à Douala. Il est vrai que je suis assez surpris par cet élégant établissement. Devant, un petit parking et deux belles vitrines, je m'approche pour voir l'intérieur. L'agencement n'a rien à voir avec le salon où je travaille. Le mobilier est neuf et la décoration harmonieuse. Malgré tout je ne suis pas tenté. Je crois que six mois d'Afrique me suffisent largement et qu'il est tant que je rentre avant de devenir franchement raciste. En me rassurant quand même, sachant que je ne pourrais jamais l'être autant qu'eux. J'explique à mon cher camarade que si j'avais dix ans de moins pourquoi pas mais que ce n'était pas dans mes projets. De plus pour rentabiliser mon investissement il faudrait minimum 2ans pendant lesquels j'allais me serrer la ceinture et qu'en suite il faudrait revendre. De rajouter qu'avec la chance que j'ai s'il y a un coup d'état comme en cote d'ivoire ils seraient capables de nous foutre dehors sans prévenir. Je quitte mon cher pote qui semble avoir un gros coup de blues. Loin de sa famille je sens que la France lui manque et il voit un pote de plus qui part du Cameroun. :"
T'inquiètes pas Pascal on se voit samedi pour faire la bringue je ne vais pas partir sans dire au revoir aux amis!"
Nous remontons dans la Toyota chocolat direction Yaoundé. Il est déjà 17heures lorsque nous quittons Douala. La circulation est dense. Un accident crée un embouteillage monstre. Nous arrivons quand même à nous extirper de la ville et attaquons la route à vive allure. Le retour se fait sans trop de difficultés. Cependant les cent derniers kilomètres ne sont pas des plus simples, sous la pluie et dans la nuit. C'est assez pénible pour le chauffeur. L'ignorance du mot civisme chez les camerounais fait que tout le monde roule en plein phare. De plus les usagers de la route se foutent complètement des autres. Il faut donc conduire pour soi mais surtout pour les autres. De plus vu la taille de la petite Toyota chocolat David a intérêt d'avoir les yeux partout. Malgré tout cela il nous conduit à bon port et nous arrivons à la maison à 20 heures. Un week-end découverte de plus avec des souvenirs plein la tête.
Depuis le temps que l'on m'en parlait, je brûlais d'impatiente de voir l'extrême nord. Ma mission capillicultrice africaine s'étant arrêtée samedi soir, avec mon solde de tout compte, malgré mes craintes, j'étais libre pour l'aventure. J'avais réservé ma dernière semaine pour faire cette excursion dans l'extrême nord. Je pensais qu'il aurait été dommage de quitter le Cameroun sans voir les éléphants. N'étant pas trop pris par le temps nous avions choisi le train et le bus pour faire ces 1500 km qui nous séparent de Maroua.
Le ton a déjà été donné lors de la réservation de notre billet de train. Dans le hall d'attente des premières un poste de télévision braille au dessus du guichet. Cela est très pratique pour s'entendre. Nous sommes tous assis sur des bancs et des qu'un client est servi le rang se décale .et tout le monde s'assoie sur le siège de son voisin. Il n'est possible de réserver sa couchette seulement 2 jours avant le départ mais lors de cette réservation il n'est pas possible de prendre et de le payer le billet. Toujours aussi pratique et logique
Le titre de transport ne se prend que le matin du jour du départ. Pour ne pas changer, on est en plein bordel Africain Ayant passé une bonne partie de la journée avec nos amis, Pascal se proposa de nous amener à la gare. L'arrivée à la gare des voyageurs de Camrail de Yaoundé est des plus épiques. Fatigué de la journée je ne suis pas en phase pour supporter la horde sauvage de porteurs qui se jettent sur la voiture pour prendre nos bagages. Pascal voyant le manège s'amuse à faire un tour de parking pour les faire tourner en rond. Finalement cette scène nous fait rire.
Lorsque nous descendons de la voiture, nous sommes rattrapés par la horde sauvage Je m'énerve et en crie que nous voulons porter nos bagages nous même pour avoir enfin la paix. Nous pénétrons dans le hall de gare en jouant des coudes dans la foule bigarrée. Finalement nous passons au contrôle en présentant nos billets. Jusqu'ici pas de problème. Nous transportions Crevette dans un petit sac ou juste la tête dépassait. Plusieurs individus m'interpellent en m'expliquant que le chien ne peut pas voyager dans le train avec nous. Je les repousse en leur demandant qui ils sont. Nous arrivons finalement au pied du wagon-lit. Tout de suite un lascar arrive avec un badge de la compagnie. Il me dit que ce n'est pas possible de voyager avec mon chien. Je lui réponds que je ne m'en sépare jamais. Il me dit qu'il faut le mettre dans une cage dans le wagon réservé aux animaux. Je lui réponds qu'il en est hors de question et de m'appeler le chef. Il me répond qu'il est le chef. Alors la je lui demande de me rembourser les billets et je partirais en avion. Comme par magie le véritable chef arrive et suite à une palabre de dix minutes nous finissons à embarquer Crevette avec nous.
Nous avions pris un compartiment couchette pour deux personnes en première classe. Cela aurait pu être pire seulement lorsque nous rentrons dans notre compartiment il doit faire au moins 40° même en ouvrant les vitres la chaleur y est toujours aussi forte. Il faut subir cela ou sortir dans les couloirs et se farcir la foule et les quolibets.
Vingt minutes après le train s'ébranle dans une secousse invraisemblable. De la fenêtre nous apercevons les sous quartiers de Yaoundé. Les baraques de terre et de tôles ondulées se succèdent. C'est vraiment très glauque. Nathalie me fait remarquer qu'elle n'aimerait pas se promener seule ici. Comme je la comprends. En prenant de la vitesse nous commençons à bénéficier d'un peur d'air pour respirer.
Toutes les cinq minutes on frappe à la cabine pour des raisons diverses, contrôle de billets, commande du wagon restaurant, vente de diverses choses.
Va t'on avoir la paix?
Nous restons là à regarder par la fenêtre le paysage qui défile avant que la nuit tombe. Ayant été informé de ce qui se vendait dans le train nous avions prévu d'amener de quoi manger pour le soir. Après ce petit repas une nuit de sommeil serait réparatrice. Malgré le bruit et les secousses, la fatigue étant là, nous arrivons à récupérer.
Le matin changement de décor, nous traversons la forêt équatoriale. Après un coup d'œil sur la carte je conclue que nous sommes au milieu du parc national de Djerem. Il s'agit d'un énorme parc qui doit faire environ 200Km de long traversé par aucune route ni piste. Nous sommes dans la forêt à l'état pur. Il est sur qu'avec le bruit que fait le train il va être difficile de voir des animaux mais le spectacle végétal est déjà grandiose. Nous apprenons par une serveuse du bar restaurant qui frappe à notre porte qu'il est possible de prendre des petits déjeuners. Sans hésiter nous commandons deux petits déjeuner continentaux qui feront notre bonheur même si le terme est bien pompeux. Nous avons quand même droit avec le café aux omelettes et au pain.
Plusieurs fois le train s'arrête dans les gares pour déposer et prendre des passagers. Ces haltes font l'opportunité des vendeurs à la sauvette qui proposent leurs marchandises sous les fenêtres. Ce spectacle est toujours étonnant surtout lorsque de jeunes enfants portent des charges assez conséquentes sur leur tête.
Depuis deux heures que le jour s'est levé le paysage défile et se modifie. Nous alternons entre savane et forêt. Soudain je suis très étonné j'aperçois un village fait de cases en terre avec des toits de pailles. Tout le long du parcours nous allons rencontrer ce type d'habitation. Les gens vivent ici de façon traditionnelle. Ces cases organisées en rond avec une immense amphore au centre servant de grenier, autant de cases individuelle que de femmes avec une case de plus pour le bétail et une pour la cuisine. Le tout est clos par un mur de briques de terre délimitant les propriétés privées.
Après m'être renseigné j'apprends que le train arrivera à Ngoundéré à dix heures. Ceci est une chose exceptionnelle car il n'aura seulement que deux heures de retard. Le reste du parcours se fait en longeant la savane. Nous sommes en saison sèche et les cours d'eau sont à sec. Un moment, je surprends des singes grimpant dans un arbre. Ce seront les seuls que nous verrons.
Nous entrons en gare de Ngoundéré. Ici on change encore de décor toujours la même foule. Les porteurs sont moins désagréables. Un porteur très poli finit quand même par prendre nos bagages. La traversée du hall de gare se fait en se frayant un chemin à travers la foule et les marchandises. J'explique au porteur que nous avons rendez-vous chez Woïla voyage. Il nous conduit à un taxi en me précisant que cette course est gratuite (la compagnie de bus payant le taxi) On nous conduit vers une vielle Toyota délabrée. Le taximan charge les bagages dans la malle. Inquiet je lui dis que ça va tomber mais il me rassure en attachant tout ce qui dépasse avec des élastiques. Nous nous entassons à six dans la voiture plus le chauffeur et nous nous dirigeons au terminal du bus.
La veille, Nicole avait prévenu son frère qui est le patron de cette boite de transport que nous arrivions, ce qui aide énormément en Afrique. Arrivés sous le hangar des bus nous nous dirigeons tout de suite dans le petit réduit qui sert de bureau mais qui par miracle est climatisé. Nous sommes tout de suite reconnus et invités à attendre au bureau plutôt que sous les bancs à la chaleur surtout qu'il doit faire au moins 35°. Nous échangeons des politesses et donnons des nouvelles de Yaoundé à ce jeune couple. Pendant ce temps des personnes s'occupent de prendre nos billets et réserver nos places nous évitant de se frotter à la foule en sueur.
Nous grimpons dans le grand bus Mercedes et nous nous asseyons aux deux places à coté du chauffeur. De là, nous avons une vue panoramique sur les paysages. Le bus s'ébranle et nous commençons à sortir de Ngoundéré. Cette ville est sur un plateau désertique à 1000mètres d'altitude. On nous a prévenu que nous allions avoir chaud en bas. Lorsque je demande au chauffeur s'il y a la climatisation, il me répond d'ouvrir les fenêtres. Comme toujours ici le bus roule à des vitesse impressionnantes, klaxonnant et rasant les piétons et les vélos. La route est vraiment défoncée mais le bus bien suspendu. Après la traversée du plateau nous entamons une descente en lacet vers Garoua. Le bus slalom entre les trous et les véhicules. C'est très déconcertant surtout de notre place ou nous avons une vue panoramique sur la route. Les dépassements se font à la grâce de dieu. Enfin restons philosophes. Cinquante kilomètres avant Garoua halte surprise. Le bus s'immobilise sur un marché et le chauffeur m'explique que c'est l'heure de la prière.
Tous les voyageurs descendent et une partie d'entre eux s'agenouille en direction de la Mecque pour invoquer Allah. Comme toujours une flopée de marchands nous proposent diverses nourritures. J'en profite pour acheter de l'eau minérale qui par miracle est glacée.
Vingt minutes après, le bus repart avec ses passagers. Au détour d'un virage nous nous trouvons en face de deux semi- remorques arrêtés cote à cote bloquant toute la chaussée. Le chauffeur klaxonne de façon véhémente, rien n'y fait. Je dis à Nathalie avec un petit sourire :
-A mon avis ils sont en panne
-Quand même t'exagère pas tous les deux en même temps cote a cote bloquant la route surtout qu'ils peuvent dégager en se laissant reculer
-Tu verras ici à présent plus rien ne m'étonne!
Plusieurs personnes descendent pour finalement découvrir qu'ils étaient bien en panne tous les deux. Ils avaient réussi l'exploit de tomber en panne cote a cote bloquant ainsi toute une chaussée en pleine montée. Invraisemblable mais pourtant vrai. Dans le moteur d'un des camions un noir bricolait je ne sais quoi et sous l'autre camion un autre lascar était couché. Je sentais mal le plan. Avec les noirs on peut s'attendre à tout même à ce que l'on ne peut pas imaginer. Finalement au bout d'un quart d'heure le chauffeur décide de passer sur le bas coté. Le bus est coincé entre le caniveau et la remorque d'un des camions. Après beaucoup d'adresses le bus s'extirpe de cette passe difficile en rabattant ses rétroviseurs. Nous repartons sous les applaudissements des passagers et trois quarts d'heure plus tard nous arrivons à Garoua.
Nous traversons la ville aux chaussées bien entretenues et bordées d'arbres. Nous allons nous garer dans le hangar de Garoua. Un quart d'heure d'arrêt.
La chaleur est écrasante. J'en profite pour acheter à nouveau de l'eau et miracle, elle est toujours fraîche. Lorsque nous repartons de Garoua il est 16 heures. Nous roulons à présent en direction de Maroua terme de notre voyage. Depuis que nous avons pris le bus nous traversons des villages qui sont tous traditionnels. C'est assez étonnant de les voir organisés en groupes de cases circulaires. Nous ressentons vraiment le dépaysement. Le soleil commence à se coucher sur la savane nous offrant des couleurs merveilleuses. Mais après le couché du soleil seconde édition de la prière. Comme à midi, nous assistons au même rituel. Nous ne sommes plus qu'à une cinquantaine de kilomètres de l'arrivée, la route est toujours aussi défoncée et le chauffeur de bus n'a pas ralentit son allure. Les motos, les piétons et les cyclos se poussent sur son passage préférant aller dans le caniveau que risquer se faire renverser. Enfin nous avons la chance d'être les plus gros. Nous finissons quand même par arriver au terminal de Maroua.
Le chauffeur de l'hôtel où nous avions réservé nous attendait. Epuisés nous grimpons dans le minibus. L'arrivée à Porte Mayo (C'est le nom de l'hotêl) nous apparaît comme un havre de paix. Il s'agit d'un complexe qui fait restaurant hôtel boutique et qui organise des excursions dans l'extrême nord. Dès notre arrivée le chauffeur nous conduit à notre chambre avec nos bagages sans autres formalités. Quel bonheur un espace climatisé après cette chaleur Nous allions pouvoir prendre une bonne douche et nous changer pour souper. A moitié requinqués nous allons au restaurant ou la patronne de l'établissement nous salue. C'est une charmante compatriote à la voix très douce. Après nous avoir demandé si on avait fait bon voyage elle s'excuse d'avoir fait partir ces guides et de ne pas pouvoir nous les présenter. Vu l'heure ce n'était pas très important car nous n'allions pas partir voir les hippopotames tout de suite. La chose la plus dure fut d'apprendre qu'en raison de la chaleur le départ se ferait le matin à sept heures. Que cela ne tienne, on voulait de l'aventure nous en avions. Après le repas très agréable sous les tonnelles nous rentrons dans notre boucarou climatisé et nous nous effondrons de sommeil.
Après le réveil douloureux et le petit déjeuner nous partons dans le 4X4 accompagnés du chauffeur et du guide. De grands chapeaux de paille des parapluies et deux énormes glacières furent mis dans le coffre. Tout était prévu pour le soleil et le pique-nique. Sortie de Maroua plus de goudron, nous entamons une longue piste de latérite. La piste est bordée d'arbres très odorants. Le guide nous explique que c'est une variété d'acacias que l'on plante ici pour lutter contre la désertification. Tout le long de la piste nous traversons les mêmes styles de villages que nous avions vus la veille mais l'absence de goudron donne à la scène un peu plus d'authenticité. Nous croisons des femmes habillées de pagnes très colorés portant des charges sur la tête. A environ 10 km de la sortie de la ville la végétation change encore. Nous laissons la savane arborée ou l'on peut reconnaître ici et là des baobabs et d'autres arbres pour une steppe désertique. Nous nous dirigeons à présent vers le lac Maga. La piste est assez chaotique. Nous traversons des villages de bout du monde où les enfants nous saluent à notre passage. Au bout de 80 km nous atteignons enfin les rives du lac Maga. Il s'agit d'une immense retenue d'eau de 75km de long qui a été investi par les animaux et les pécheurs. Le 4X4 grimpe la digue et s'arrête sur la plage.
Une trentaine de gamins et d'adolescents sont là, et nous regardent arriver. Sur la plage une dizaine de pirogues dont une plus grosse que les autres sont remontées sur le sable. Nous descendons du véhicule avec crevette qui suscite l'étonnement général. Les enfants entourent le chien pour la regarder. Au bout d'un moment le chien excité commence à courir après l'un des gamins. Cela provoque une hilarité générale. Les enfants peu rassurés s'éparpillent comme une volée de moineaux en criant et riant. Je coure après le chien pour le récupérer pour calmer le jeu.
Le piroguier met le moteur hors bord sur la grande pirogue et nous invite à monter. L'état du moteur nous laisse rêveur. Il branche le tuyau d'essence carrément sur la prise prévue a cet effet. Au passage il fait tomber 1/2litre d'essence au fond de la pirogue puis démarre le moteur avec une ficelle. Bref c'est du local! Nous filons à sur le lac où nous croisons des pécheurs en pirogue. A un moment notre capitaine prend l'hélice du moteur dans un filet. Nous voila en panne, mais après quelques efforts nous repartons vers l'île au pécheur. Nous contournons l'île en direction des hippopotames. Au bout d'une dizaine de minutes nous apercevons au loin dans l'eau des masses noirâtres. Les guides nous les désignent comme les hippopotames. Ils nous précisent que ce sont des animaux assez dangereux qui peuvent peser jusqu'à quatre tonnes. Nous tentons de nous rapprocher, je prépare mon appareil photo. Sentant notre présence ces gros animaux commencent à s'agiter. Nous les contournons, l'un d'entre eux ouvre une gueule énorme tout en remuant les oreilles. Le spectacle est vraiment génial. Nous en apercevons un à moitié sorti de l'eau. Nous pouvons apprécier cette masse énorme Après deux ou trois allers-retours il est temps de les laisser tranquille avant qu'ils s'énervent et dissuade l'homme à la pirogue de s'approcher plus près. On ne sait jamais si son moteur rustique décidait de s'arrêter je ne veux pas imaginer la suit du programme
Nous regagnons la voiture et les enfants qui nous attendaient sur la plage. Pendant ce chemin du retour les guides nous expliquent que ces animaux sont protégés mais qu'ils en ont comptés bien 400.
Nous reprenons la piste, le soleil commence à se faire sentir de plus en plus agréssif. Nous quittons la piste principale pour s'introduire dans un dédale de pistes secondaires qui serpentent entre les villages. Quelques kilomètres plus loin nous arrivons sur une place immense ou une dizaine de minibus sont garés. Ce sont de vieux Renault déglingués hors d'age qui ferait la joie de collectionneurs avertis sans vitres où s'entassent une trentaine de personnes avec autant de bagages sur les toits. Nous garons la voiture à l'ombre. Le marché est immense. Nous commençons par le marché au grain. Les femmes sont accroupies abritées par de minuscules toits de paille et vendent leurs diverses marchandises. La foule est bigarrée. C'est une symphonie de couleur. Cette ethnie est particulièrement grande. Certaines femmes ont les lèvres et le nez percés. Ce sont les Kirdis.
Nous croisons des femmes splendides moulées dans leurs pagnes aux couleurs vives portant des charges sur leurs têtes. Elles ont une démarche altière. Certains hommes sont habillés comme les hommes bleus du désert.
Nous nous dirigeons vers le marché aux poissons. Les poissons sont conservés de deux façons, soit fumés soit séchés. Malgré tout l'odeur n'est pas des plus agréables. Nous terminons par le marché des tissus. Les imprimés sont toujours de couleurs très vives. Ce spectacle sous le soleil plombant est assez irréel. De véritable tableau Nous sommes surpris par l'absence d'agressivité de ces gens. Rien à voir avec les grandes villes où dès qu'un blanc rentre dans un marché trente personnes s'accroche à ses basques. Ici bien que nous soyons certainement les seuls blancs du marché, les choses coulent simplement. J'arrive même à faire des photos de personnages discrètement. Ayant laissé Crevette dans la voiture afin de nous éviter les curieux, nous apercevons à notre retour un attroupement d'enfants autour de la voiture. Les enfants rient et ne sont pas du tout agressifs. Nous repartons en voiture.
Le soleil se fait de plus en plus chaud et la piste de plus en plus défoncée. Nous allons vers les cases obus qui étaient l'ancienne façon de construire les villages. Cette ancienne méthode a été abandonnée car ces habitations nécessitaient beaucoup d'entretien à la saison des pluies. De plus le guide nous explique qu'avant tous les membres de la tribu étaient solidaires et œuvraient ensemble pour l'entretien de ces cases, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Elles sont de forme circulaire d'un diamètre d'environ quatre mètres. Construites en argile et en paille, elles sont fabriquées par couches circulaires couvrant l'ensemble de la case . Il faut attendre que la première couche soit faite pour faire la deuxième et ainsi de suite. Chaque couche d'une trentaine de centimètre est assemblée l'une sur l'autre pour monter en forme d'obus jusqu'au toit qui se trouve à environ trois mètres. Au centre un trou de cinquante centimètres laisse passer un filet de lumière.
Nous arrivons à ce village. En fait il s'agit d'un musée qui a été financé par des associations du patrimoine pour conserver les savoirs faire. Un homme s'approche de nous et nous propose de nous faire visiter. Nous passons un mur d'enceinte à travers un encadrement de couleur. A l'intérieur disposé en rond nous découvrons cinq cases. Au centre, une immense amphore sert de grenier pour le mil. La première case sert de cuisine. A l'intérieur nous sommes surpris par la fraîcheur. Des ustensiles en terre cuite sont là pour cuisiner. La seconde est pour la première femme, ses enfants et son bétail, la troisième est pour la seconde femme et la dernière pour le reste du troupeau. Nous nous asseyons sous un abri de paille à l'intérieur des murs.
Nathalie demande si la richesse est proportionnelle au nombre de femmes. Le gardien du site qui lui même est de l'ethnie Kirdis faisant partie des peuls la regarde avec étonnement.
Il finit par lui dire que la richesse n'avait rien avoir avec les femmes mais aux nombres de têtes d'animaux. Nathalie reste déçue apprenant que les animaux avaient plus de valeur que les femmes.
Après cet intermède culturel, nous repartons pour pique-niquer. Le chauffeur s'arrête à l'ombre de grands arbres au bord du fleuve. En face c'est le Tchad. Rien ne peut différencier les deux rives du fleuve. Le chauffeur plaisante en nous expliquant que tout ce qui est volé et vendu au marché provient d'en face.
Les choses sont bien organisées. Les guides installent des nattes et sortes les glacières. Nous avons droit à des assiettes, des couverts et des verres. Je déguste une bière fraîche à l'ombre en regardant le Tchad. L'endroit est magique. Le repas qui suit est fort agréable et nous repartons sur Maroa.
La chaleur est infernale. Nous roulons vitres ouvertes sur la piste et le vent est brûlant. Le chauffeur me dit qu'au soleil il fait 50°. Je le crois sans problème. C'est assez fou lorsque je met le bras à la portière j'ai l'impression d'avoir un sèche cheveu braqué sur la peau.
Comme il est encore tôt, j'en profite pour lui demander de nous arrêter devant les rizières afin de faire quelques photos. Le vert de ces plantations sur le beige de la savane est assez surprenant. Avant de rentrer à l'hôtel, je demande à nos guides de nous arrêter au marché de l'artisanat de Maroua.
C'est le grand Marché local couvert nous rentrons dans un hall qui parait frais par rapport à la chaleur extérieure. Un maximum d'échoppes sont installées sur des tréteaux pour former plusieurs allées. Il faut dire que nous sommes assez impressionné par la qualité et la beauté de l'artisanat local Nous en profitons pour acheter quelques souvenirs à des prix "locaux". Bien sur ici c'est comme partout en Afrique il faut négocier. Nous nous décidons pour une belle nappe en batik avec ses huit serviettes. Enfin Je craque pour un cartable en crocodile. J'imagine l'effet que cela fera en France en réunion d'affaires. Encore deux ou trois babioles et nous rentrons à l'hôtel pour une douche salvatrice et une sieste réparatrice.
Pour ne pas changer les bonnes habitudes, nous démarrons à sept heures du matin après le petit déjeuner. Cette fois-ci nous partons en excursion pour deux jours. Notre chauffeur Jean-Paul et notre guide Vandi sont tous deux originaires de Rhumsiki Nous reprenons la route vers le sud et à environ une dizaine de kilomètres nous tournons à gauche direction nord ouest. La route est assez bonne et nous roulons à une vitesse correcte. La chaleur du matin est très supportable. Nous nous dirigeons vers les montagnes et la route commence à serpenter. Le décor change encore et les cases des villages sont à présent faites en pierre. Les toits de chaume sont un peu différents et les chapeaux qui les coiffent ont une connotation ethnique. Je fais arrêter le chauffeur devant une case décorée. Finalement il s'agit d'un boucarou où se trouve une forge.
La route est goudronnée jusqu'à Mokolo. C'est un petit bourg d'importance moyenne où se trouve un marché. Nous sommes toujours surpris par la relative propreté de ces villages. Cela n'a aucune comparaison avec Yaoundé où il y a des dépôts d'ordures à chaque coin de rues. Les habitations sont soignées et la voirie très propre. Le bourg est d'ailleurs assez important étant le seul village environnant où l'on peut trouver le nécessaire et qui dessert tous les villages de montagnes.
Nous attaquons une piste en montée. Nous sommes assez amusés par de nombreux véhicules qui en descendent. Jean-Paul nous explique que ce sont les habitants des montagnes qui descendent au marché. Dans la benne de certains pick-up nous pouvons compter jusqu'à quinze personnes. Pour les bus ce n'est pas mieux et surtout de les voir rouler en cahotant sur des pistes défoncées ne nous inspire pas confiance. Nous commençons à monter dans la montagne par cette piste en lacets. Nous entrons dans le site de Kapsiki. C'est un immense plateau désertique, le paysage est assez surprenant avec d'énormes rochers en pain de sucre parsemés ici et là. Certains de ces pains de sucre peuvent atteindre jusqu'à mille mètres. En face de la Valée c'est le Nigeria. Il est vrai que ce paysage est assez surprenant et n'a rien de commun avec ce que j'avais pu déjà voir. Le plateau est immense avec des villages dissimulés dans chaque coin des montagnes. Nous traversons Rhumsiki où nous reviendrons dans l'après-midi. Pour l'heure nous allons voir le forgeron.
C'est un artisan qui travaille le cuivre qui est pratiquement à la frontière du Nigeria. Il achète son minerai la bas. A environ 15 km de Rhumsiki nous quittons la piste principale pour un chemin complètement défoncé. Il est sur que nous sommes obliger de venir en 4X4 pour pratiquer ce genre de chemin. Deux kilomètres plus loin nous arrivons à un ensemble de cases.
Le forgeron nous fait asseoir à l'ombre sous un treillis de paille pour nous présenter sa production. Différents objets sont alignés sur la table allant de la petite fiole pour le tabac à priser aux clochettes des danses traditionnelles en passant par de petites statuettes. Il nous explique son système de travail. Il commence d'abord par un moule en cire d'abeille qui représente l'objet qu'il veut obtenir. Ensuite il recouvre l'objet d'argile mélangé à des excréments d'animaux en laissant un trou de remplissage sur le dessus. L'argile en séchant devient dure alors il place une petite coupelle remplie de minerai en dessus du trou et ferme le tout avec de l'argile. Après cette opération il nous conduit à la forge. La forge ne peut être à coté de la maison car cela attirerait les mauvais esprits. Sous un arbre est installé un foyer entouré de pierres. Un système de ventilation en argile est installé sous le foyer. Ce système est fait de deux pots en argile avec des espèces de canalisation qui aboutissent sous le foyer. Sur ces pots, il place deux peaux de mouton qu'il attache avec des liens et c'est avec cela qu'il fait le soufflet. Nous assistons à la fabrication d'une cloche. Il place le moule fermé dans le charbon de bois et commence à activer le soufflet. Au bout d'une dizaine de minutes lorsque le charbon est rouge il attrape le moule avec une pince et le retourne. A ce moment la le mirerai fondu coule et prend la place de la cire qui fond à son tour. Au bout de quelques instants il commence à le refroidir avec de l'eau et lorsqu'il est froid il casse l'argile. La cloche en cuivre apparaît, le cuivre ayant pris la place de la cire. C'est le principe de la cire perdue
Afin de le remercier de sa démonstration nous lui achetons deux petits objets négociés par Vanda.
Nous repartons sur Rhumsiki mais avant d'arriver nous nous arrêtons pour pique-niquer. Nos guides choisissent toujours des endroits agréables. Cette fois ci nous sommes sous un arbre avec la vue sur le Nigeria. A la fin de notre pique nique nous retournons à Rhumsiki pour faire la sieste à l'auberge où nous devons passer la nuit. Nous sommes au "petit Paris de Rhumsiki". Le nom est déjà évocateur. C'est un petit ensemble fait d'un restaurant entouré de boucarous aménagés en petite chambre sympathique. Nous avons quartier libre pour une sieste de deux heures. Vu la chaleur ambiante nous n'hésitons pas à prendre ce repos bien mérité.
A 16 heures nous avons rendez-vous avec le guide pour la visite du village. Rhumsiki est resté fidèle aux traditions. C'est un petit village où la majeure partie des habitations sont des cases. Nous passons devant la place du village où se trouve les arbres à palabres. Il y en a deux sortes d'essence différentes, le figuier sauvage et l'acacia. Le premier est réservé aux chefs, aux sages et aux sorciers aux crabes, les seconds aux habitants de moindre importance. C'est ici que se prennent toutes les décisions du village. En aucun cas les femmes n'ont le droit d'assister au palabre car dans le cas où elle changerait de mari elle pourrait divulguer des secrets à d'autres tribus. Seulement les femmes de plus de cinquante ans ont le droit d'y assister mais ne peuvent participer aux débats mais on considère qu'à cet age elles sont sages et ne peuvent se remarier.
Nous nous enfonçons dans le dédale des ruelles formées par les cases. Vandi nous conduit au quartier des potiers où les femmes travaillent l'argile. Puis nous allons visiter une habitation traditionnelle.
C'est l'habitation du sorcier aux crabes! Il s'agit d'une case traditionnelle construite dans le même esprit que celles que nous avions visité la veille. La seule différence est qu'elle est faite avec un maximum de pierres. C'est toujours la même configuration, le même nombre de case que d'épouse. A la fin de cette visite le sorcier nous fait assoire sous un treillis pour nous prédire l'avenir. Dans une cuvette d'argile où il y a du sable et de l'eau. Il place différents morceaux de bois représentant l'homme, la femme, le pays d'origine, le pays de résidence et différents autres signes. Dans une autre calebasse il sort un crabe d'eau douce vivant. Ce crabe n'est jamais gardé plus de 15 jours car il est important qu'il soit jeune et vigoureux. A la fin des 15 jours il le remet à la rivière. Après nous l'avoir présenté et invoqué des formules magiques il le met dans la première cuvette qu'il recouvre. Il nous explique qu'il écoute travailler le crabe. Au bout de quelques minutes il enlève le couvercle et remet le crabe dans sa calebasse. Le crabe ayant bougé les différents bouts de bois il interprète la prédiction. En ce qui nous concerne, il nous dit que nous sommes un couple très unis en bonne santé qui va voyager. Il nous bénit en nous arrosant les chaussures de l'eau du crabe en crachant dessus.
Nous repartons dans le village pour une visite des tisserands. Sur une place plusieurs femmes filent le coton avec une espèce de pendule. Lorsque le fil est fini elle le donne aux hommes qui le tissent avec des métiers à tisser en bois qu'il manœuvre avec les mains et les pieds. C'est un spectacle génial On fait un bon de 500ans en arrière. C'est complètement dément surtout quand on pense qu'ils n'ont rien changé à leurs habitudes depuis des lustres.. A la sortie des tisserands Vandi nous emmène voir le panorama du soleil qui se couche.
Nous escaladons une petite bute et nous découvrons la vue sur l'ensemble du plateau de Kapsiki. Le spectacle est à couper le souffle. Nous avons la vue sur tout le plateau avec tous les villages. En face de nous une montagne en pin de sucre. Le coin pourrait faire un peu penser au désert de l'Arizona. La différence est que nous sommes en Afrique et que les villages n'ont pas changés depuis des siècles. Le soleil se couche derrière ce pic nous offrant de magnifiques dégradés de couleurs. Cet endroit est magique et est propice à la méditation. Nous apprécions encore le décor une dizaine de minutes avant de rentrer à l'auberge.
Pourquoi changer les bonnes habitudes. Nous démarrons à sept heures du matin après une nuit peu confortable. Nous redescendons dans la vallée en direction de Mokolo. Une dizaine de kilomètres plus tard nous tournons à gauche pour prendre un chemin qui doit servir de piste. Cette fois ci les choses sont plus sérieuses. Notre Izuzu Trooper va nous faire voir ses qualités de véhicule tout terrain. Nous grimpons dans un chemin à travers les rochers et les ornières. La végétation est aride. Certains diront désolante. Tout le long de la route nous croisons des villages où des enfants crient à notre passage. :"
Donne moi cadeau donne moi cadeau."
Ou :"Donne moi Bic Donne moi Bic."
Nous passons sur une ligne de crêtes qui longe pratiquement la frontière du Nigeria. Le spectacle est assez étonnant nous roulons à présent depuis au moins une demi heure sans voir une trace de la civilisation. Nous croisons que des cases qui n'ont ni l'eau et encore moins l'électricité. Par contre, on peut observer un maximum de petits hameaux dans ce paysage désolé. Au détour d'un chemin nous avons la chance de croiser un Patas. C'est un singe roux de taille moyenne d'environ quinze kilos. L'animal bondit des fourrés et traverse la piste en un éclair. Malheureusement il ne nous a pas laissé le temps de l'admirer s'enfonçant dans les herbes hautes pour se cacher. Nous avons fait une vingtaine de kilomètres sur cette piste et nous commençons à croiser des femmes portant différentes choses sur la tête. Vandi nous explique que ce marché n'a lieu qu'une fois par semaine et rassemble énormément de monde qui vient des quatre coins de la montagne et même du Nigeria. Outre le besoin de se ravitailler, le marché a une fonction sociale où les individus peuvent se rencontrer et discuter.
Nous arrivons à Tourou. C'est toujours surprenant de voir un village de cette importance loin de toute agglomération. Nous sommes vraiment au cœur des traditions. Jean-Paul gare la voiture sous un arbre. Tout de suite une flopée de gamin entoure le 4X4. L'un d'entre eux se présente comme le fils du chef. Il doit avoir une dizaine d'années. Il nous propose de nous faire visiter son village. C'est le marché ou les femmes portent des calebasses sur la tête en guise de chapeau. Les calebasses non décorées sont celles des veuves, les autres sont ornées de divers motifs. Le petit guide nous fait remarquer que les femmes qui portent une aiguille dans le nez sont les premières femmes de la famille. Peu de gens parlent le français mais grâce au fils du chef je peux faire des photos sous sa protection. Nous passons devant différents étales. Ici on vend du mil, la des piments. Toutes les différentes sortes de nourritures sont en vente qu'elles soient à l'état brut ou préparées. Nous rencontrons des Nigériens qui négocient différentes marchandises en monnaie Nigérienne. Les étals de viande sont en plein air et l'on peut apercevoir des têtes de zébus entiers avec leurs cornes. Je souris en pensant au principe de la chaîne du froid. Ici c'est plutôt la chaîne des mouches.
Vandi me décourage d'acheter un paquet de cigarette nigérien en me faisant comprendre que je pourrais m'empoisonner. Après m'être arrêté vers un marchand de tabac à priser, nous repartons à la voiture. Avant de redémarrer je n'oublie pas de donner une pièce à mon guide improvisé.
Sur le chemin retour nous nous arrêtons pour manger à Mokolo. Une espèce d'auberge sans charme où nous mangeons encore des brochettes et des frites. Ne nous plaignons pas. Nous sommes à l'ombre et même si les serveurs ne sont pas des plus futés , il est bon de se poser deux heures avant de repartir pour de nouvelles découvertes.
Sous la chaleur écrasante du début de l'après-midi nous repartons en direction du col de Kosa. La piste est aussi défoncée que celle du matin. Nous traversons un véritable désert de cailloux. J'ai l'impression que l'air qui m'arrive de la fenêtre sort de l'enfer. Depuis deux jours la poussière nous dessèche la gorge. Nous sommes entourés de montagnes arides et grimpons une route en lacets jusqu'à ce fameux col. Tous le long du chemin nous croisons une multitude de petits hameaux dont les toits sont encore différents de ceux que l'on avait vu précédemment. Ceux ci sont beaucoup plus pointus et portent différents ornements. Passé le col nous arrivons à un petit village où se trouve une coopérative artisanale. Différents objets sont exposés mais cette fois ci avec des prix affichés. Nathalie en profite pour s'acheter un chapeau "climatisé". C'est le nom invoqué par le vendeur qui nous explique que les trous de la paille font office de climatisation. Moi je craque pour un petit camion jouet fait de petits morceaux de bois.
Nous repartons sur la Porte mayo. Le chemin du retour est long. Il nous reste environ 80 km à faire sous la violence du soleil africain. Même les fenêtres ouvertes il doit faire au moins 50° dans la voiture. Au bout d'une heure nous arrivons à l'hôtel où nous allons pouvoir faire une sieste climatisée.
Ce séjour dans l'extrême nord était vraiment un émerveillement. Il nous restait à faire le parc de Waza. C'est une réserve animalière qui fait 150 km de long sur 80 de large ou les autorités ont interdit toutes habitations et ont laissé la nature à l'état sauvage. En quelques kilomètres on y rencontre différents style de paysages Ca va de la plaine rase désertique à la savane avec des herbes hautes en passant par des petites étendues d'eau qui constituent de véritables oasis.
Cette fois ci c'était du sérieux. Si on voulait voir les animaux il fallait se lever de bonheur. Le départ est à 6 heures pile. Pendant que nous finissions de déjeuner Jean-Paul et Vandi s'activent déjà. Le moteur de notre Izuzu Trooper tourne et les glacières du pique nique sont chargées. Ca y est nous sommes en route pour l'aventure. A l'heure où nous traversons Maroua nous sommes surpris de voir autant d'activité. Nous croisons un cycliste le visage enroulé dans un foulard laissant voir que ses yeux. Sur son vélo il transporte quatre jerricans de 20 litres qui ont l'air pleine. Vandi m'explique qu'il vient du Nigeria et qu'il transporte de l'essence pour la vendre ici. C'est complètement fou il à fait peut être quatre vingt kilomètres avec son vélo avec 80kg sur le porte bagage pour gagner peut être 2000FCFA. Tous le long de la route nous croisons des femmes portant d'énormes outres pleines d'eau sur leurs têtes. Ces outres doivent faire au moins 25 kg . Même les enfants charrient diverses choses sur la tête. On croise souvent des petites filles qui ne doivent pas avoir plus de 5ans porter des bassine remplies d'eau sur la tête. Cette activité très matinale est du à la fraîcheur relative avant le lever du soleil (35°).
La route pour aller à Waza est relativement bonne. De nombreux camions chargés à la limite de s'effondrer font le parcours Tchad Cameroun. Ce sont pour la plupart des poids lourds Tchadien hors d'age. Nous en rencontrons souvent arrête en panne avec le motor-boy (c'est le boy du chauffeur) dépassant du capot ouvert. Cette route est très contrôlée par les douanes et la police. De surcroît de nombreux coupeurs de route braquent les voitures pour les dévaliser. Nous restons quand même très confiant en nos guides qui n'ont pas l'air d'être affolés outre mesure par ces faits divers.
La route entre Maroua et l'entrée du parc de Waza fait environ 80 km . Nous traversons de nombreux villages toujours constitués uniquement de boucarous. Après avoir payer les péages, nous longeons le parc et de chaque coté de la route. Nous pouvons observer la savane sans aucune habitation. Soudain un singe Patas traverse devant la voiture et s'enfuie très vite dans les herbes haute ne nous laissant pas le loisir de l'admirer. Nous arrivons au bout d'une heure de route à l'entrée du parc de Waza. Des constructions traditionnelles et deux énormes cases obus entre la barrière d'entrée plante le décor avant de pénétrer dans le royaume des animaux. Nous devons impérativement nous arrêter pour les formalités d'usage. Pour pénétrer dans le parc nous devons être accompagné d'un pisteur agrémenté. Un vieil homme le visage ridé et buriné monte avec nous. Il ne parle que son dialecte local qui n'est compris que par nos guides.
Enfin la barrière s'ouvre et nous pénétrons dans le royaume des animaux. La piste est complètement défoncée et nous roulons à vitesse réduite. Au bout d'un kilomètre nous arrivons sur une partie beaucoup plus dégagée nous offrant une vue d'ensemble. Il est encore tôt et le soleil vient juste de se lever. On est complètement surpris par le nombre de volatils fuyants devant nos roues. Peut être une cinquantaine de pintades sauvages des dizaines de perdrix courent au milieu des herbes hautes. Le 4X4 grimpe une petite bute et là, c'est l'émerveillement total.
Nous avons une vue sur un panorama qui nous semble directement sortit d'un documentaire de Franck Zuber. La savane est rase et juste en bas à un point d'eau, les animaux se sont donnés rendez vous. Un troupeau énormes d'antilopes se désaltèrent dans une marre. On peut reconnaître des damalisques, des hypotragues ou antilopes cheval, des cobs de Buffon et des cobs de roseaux. De l'autre coté de la marre ce sont les oiseaux. Peut être deux cent oiseaux parmi lesquels on observe les Marabouts, les pélicans, des grues couronnées et des hérons bleu cendrés. Plus loin deux ou trois milans et un aigle pécheur observe la scène. Bien sur nous ne résistons pas à l'envie de descendre de la voiture pour immortaliser cette scène.
Remonté dans la voiture nous descendons la bute et sortit d'un sous bois le spectacle continue. La nous apercevons les girafes. Un chacal passe loin devant la voiture. Le guide nous fait remarquer une Outarde sorte de gros volatil huppé d'une quinzaine de kilos. Dans les herbes hautes des autruches nous observent avant de s'enfuir et au loin on aperçoit un énorme éléphant solitaire.
Nous ne savons pas ou donner de la tête pour observer ce spectacle sortit de nos rêves d'enfants. Je demande au guide si nous pouvons nous approcher de l'éléphant. Je comprends après son explication qu'il ne vaut mieux pas s'approcher des males solitaires surtout que ces adorables bestiaux sont capables de charger à 60 km/h . Nous attendrons d'en observer de plus pacifistes.
Nous continuons la piste en direction des points d'eau ou en général se trouve les animaux. Le soleil est à présent bien levé et la température monte de façon impressionnante. Les oiseaux sont toujours présents mais les mammifères se font plus rare. Nous croisons un autre pisteur à un point d'eau. Il nous fait remarquer le cadavre d'une antilope en nous rajoutant que la veille il avait pu voir le lion la manger.
Une girafe c'est noyée dans le point d'eau ne pouvant remonté sur les berges. Il reste seulement les oiseaux. Nous demandons à ce pisteur si il avait vu les éléphants. Après une explication en dialecte Kamouré notre guide nous traduit que les éléphants sont ailleurs. Je serais quand même déçu de partir d'Afrique sans avoir approché les éléphants. Nous roulons sous le soleil écrasant au milieu des herbes hautes à la recherche de ces grands mammifères.
Soudain nous observons une girafe qui coure à coté de la voiture. C'est magnifique de voir cet immense animal galopant avec un équilibre douteux. La bête est parallèle à nous nous voyons son long cou dodeliner à la cadence de son galop. Le guide ralentit pour la laisser passer devant et d'un bon majestueux elle traverse la route devant notre voiture.
Toujours à la recherche des éléphants nous continuons notre chemin à travers des paysages variés. Malgré plusieurs visites de point d'eau nous ne voyons rien à l'horizon. Le pisteur nous indique une dernière direction et au détour d'un virage en haut d'une bute, les voilà, majestueux, en troupeau dans les herbes hautes. Nous demandons au guide:
"- Peut on les approcher.
Pas de problème nous allons y aller."
La voiture roule hors piste dans les traces de ces énormes pachidermesLeurs empreintes dans le sol secoue le 4X4 dans tous les sens. Nathalie n'est pas très rassurée demande aux guides ce qui se passerait si ils nous chargeaient. Cela les amusent beaucoup. Nous nous approchons jusqu'à une trentaine de mètres. Devant nous deux groupes d'une dizaine d'éléphants nous observent. Les males nous font face sans montrer de signes d'hostilités. Je descends de la voiture émerveillé de pouvoir approché de si près ces animaux sauvages. Finalement en voyant ma détermination et le pacifisme des pachydermes Nathalie se décide à me suivre. Je les photographie avec mon petit Nikon numérique sans avoir besoin de zoom. L'image de ce troupeau dans les hautes herbes sous le soleil plombant est magnifique. Nous restons bien un quart d'heure à les observer avant de ce décider de repartir. Nous tournons le dos aux éléphants et cherchons à présent un coin sur pour pique niquer.
Jean-Paul arrête la voiture sous des arbres et Vandi sort les nattes et les glacières. Malgré les 50° ce tout petit coin d'ombre est le bien venu. Je pense que si on devait se faire une idée du luxe, c'est bien de boire une bière glacée au milieu de la savane sauvage.
Après ce pique nique royale il nous reste environ sept kilomètres de piste pour sortir su parc. A cette heure c'est le silence total. Le soleil est si violent qu'aucune vie semble s'agiter. Tous les animaux sont terrés à l'ombre. Dans la voiture c'est le four de l'enfer. Nous fermons même les vitres car le vent qui y pénètre nous brûle les bras. Enfin nous voyons la barrière du parc et son petit coin ombragé. Jean-Paul s'arrête pour déposer le pisteur.
Il s'aperçoit que une de ses roues est crevée. Il nous propose de l'attendre à la petite buvette locale à l'entrée du parc en attendant qu'il fasse réparer la roue. Sous l'ombre de la terrasse quelques clients sont là. Une femme blanche est complètement écroulée sur une table les pieds dans une bassine d'eau. Un autre couple est attablé pour déjeuner les épaules avachit par la chaleur. Trois femmes noires dorment parterre à l'ombre sous des nattes. Le temps s'est arrêté par la température. Malgré cela un serveur au pas ralenti s'approche de nous pour prendre une commande. Nous nous désaltérons et on s'écroule comme les autres sur la table vaincu par le soleil.
Une demi heure plus tard Jean-Paul revient nous chercher. Nous repartons sur la route du retour. Tout le monde somnole dans la voiture écrasé par la chaleur. Heureusement Jean-Paul qui transpire à grosses gouttes reste stoïque. Nous croisons les énormes poids lourds qui remontent sur le Tchad. Il nous reste au moins une heure et demi de route avant de pouvoir apprécier le confort de notre chambre climatisée. Malgré l'étuve nous avons résisté.
Nous sommes enfin arrivés à Porte Mayo pour un repos mérité jusqu'au repas du soir. Nous ressortons de la chambre pour régler les dernières formalités de notre séjour et préparer notre retour. L'adieu au guides à été très sympathique et Vandi à eu la délicatesse de nous écrire un petit compte rendu de nos excursions avec le nom des différentes ethnies que nous avons rencontrées.
C'était le dernier repas pris à Maroua nous allions rentrer à Yaoundé pour repartir définitivement en France.
Je pensais plus rien avoir à dire sur le retour de notre expédition dans l'extrême nord. Erreur! Lorsque j'habitait Marrakech on me répétait souvent tout est possible au Maroc, mais j'avais oublié qu'ici, la différence était que tout peux arriver même le pire. J'aurais du me douter suite au coup de téléphone à Fadi le frère de Nicole patron de Woïla Voyage que le retour sentait la galère.
Nous devions repartir à 7 heures du matin pour Ngoundéré avec le grand bus 80 places qui nous avait amené. La veille du départ Fadi m'avait expliqué que le train de Yaoundé devait arriver a 9heures mais ayant déraillé il n'était pas là. Le bus devait attendre les passagers du train pour repartir sur Maroua. D'après ses informations le train ne devait pas arriver avant minuit à Ngoundéré. Les 800km du parcours nous donnaient une probabilité d'arrivée du bus vers les 9 H du matin à Maroua. Mme Payen la patronne de Porte Mayo, nous conseilla de prendre le petit bus de remplacement. Nous sommes pas très enthousiaste pour nous entasser dans ce petit bus de 30 places qui sont en réalité les même que nous avons en Europe prévu pour 12 places. Mais après réflexion on c'est dit qu'il valait mieux tenir que courir. Nous devions absolument être le soir à Ngoundéré pour prendre le train de nuit qui nous amènera à Yaoundé le dimanche matin.
J'avais fait prendre mes billets de bus la veille par l'hôtel et nous étions inscrit sur la liste du départ de 7Heures. Au bout de cinq minutes d'attente un individu fait l'appel comme à l'école. A l'écoute de nos noms je m'approche de lui. Il me demande de confier mes bagages au "chargeur" comme on l'appelle ici. Le fameux chargeur récupère notre sac de sport et notre valise et la grimpe sur la galerie du minibus. On nous fait signe de choisir des places. Nous prenons deux sièges derrière le chauffeur. Je case Nathalie contre une vitre et je me place à coté d'elle pour faire rempart contre les autres voyageurs se pressant sur mes épaules Aucune place n'est perdue. Entre les 4 places par rangées de fauteuils se trouvent des strapontins ou une personne se place des que le rang est plein. Nous regardons cela avec scepticisme en pensant ce qui nous attend. Une fois le bus remplis jusqu'à ces derniers centimètres carrés, le chargeur rentre à son tour pour fermer la porte centrale et s'installe debout derrière celle ci pour le voyage.
Le minibus Toyota s'ébranle en cahotant dans la cour de Woïla voyage et s'engage sur la route. Heureusement en cette heure matinale la chaleur est supportable. Nathalie est coincée contre la fenêtre et moi pour ma part un gros noir se vautre sur mon épaule. Le voyage s'annonce comme une partie de plaisir. Comme à l'habitude le chauffeur roule à tombeau ouvert la main sur le klaxon pour faire pousser le monde de la route. Nous quittons la ville et attaquons la campagne. Premier contrôle de police, Le policeman tatillon commence à regarder dans le bus et comme par miracle s'arrête sur les blancs. :"
Papiers s'il vous plait!"
Je dis assez fort à Nathalie pour qu'il entende :"
Ah on contrôle le blanc."
Il regarde ma carte de séjour avec circonspection et me la rend sans rien dire, passe le tour du passeport de Nathalie de la même manière. Vexé de ma réflexion il contrôle une ou deux carte d'identité de passagers. Nous reprenons notre chemin. Le bus zigzague sur la route entre les trous et les bosses. Le revêtement est vraiment pourri avec des trous pouvant atteindre 50 centimètres et parfois même sans goudron du tout sur la totalité de la route. Nous passons un premier péage. Les enfants courent derrière le bus pour vendre leurs marchandises. Certain achète leur horrible macabo ce qui nous donne droit à des odeurs pestilentielles. Le chemin du retour est long et inconfortable. Le chauffeur fait les 250km qui séparent Maroua à Garoua d'une seule traite.
Le bus s'arrête au dépôt de Garoua. Nous sommes heureux de pouvoir descendre pour nous dégourdir les jambes après ces trois heures de route de la première étape. Le bus refait le plein de gasoil dépose des voyageurs pour en reprendre d'autres. Le chargeur s'active sur la galerie pour organiser les bagages. Nous regardons la scène amusé. Je profite de cette halte pour boire une bière fraîche avant de repartir dans la boite à sardine.
Sorti de Garoua nous rencontrons à nouveau un contrôle de police. Cette fois ci le fonctionnaire essaye de trouver un motif pour racketter le chauffeur. Tout les papiers étant en règle il se demande quel motif il va bien invoquer. Mais l'imagination des africains n'ayant pas de limite pour trouver de l'argent il ne met pas longtemps à trouver un motif. La lumière touche sa tête d'abruti et finalement il demande au chauffeur après avoir vérifié l'extincteur la trousse à pharmacie. Le chargeur lui tend la boite. Il a enfin un sourire en l'ouvrant pouvant expliquer qu'elle n'est pas conforme. Comme toujours dans ce genre de circonstances, il s'en suit une palabre d'une demi heure et le traditionnel billet de mille. Il est vraiment hallucinant de voir qu'un flic peut affirmer qu'une trousse à pharmacie n'est pas conforme alors que des épaves fumants comme des locomotives sans feux chargées à traîner parterre peuvent rouler sans problème. Il nous reste encore 250 km avant d'arriver à Ngoundéré.
Le reste du parcours se fait en somnolant jusqu'à la pause prière.
A 14h pile l'appel d'Allah se fait entendre. Le chauffeur arrête le bus et les passagers se dirigent vers un endroit à l'ombre pour dérouler leurs tapis de prière. Nous profitons de cette courte halte pour se dégourdir les jambes avant de repartir pour les quelques kilomètres qui nous reste.
A l'entrée de Ngoundéré, c'est une nouvelle surprise. Cette fois-ci c'est un contrôle de douane. Le douanier monte sur la galerie avec le chargeur et commence à inspecter les bagages. Apres une longue hésitation et une prise de renseignements sur une valise il finit quand même par nous laisser repartir.
Après ce voyage épuisant nous finissons par arriver à destination. A peine sortit du bus un individu se présentant comme porteur officiel nous agrippe. Je le repousse en lui disant que Fadi nous attend. Il me répond qu'il travaille pour lui et qu'il va nous y conduire. Epuisé par le voyage je n'ai pas le courage de le repousser.
Je pousse la porte du bureau de Fadi ou je le trouve en pleine réunion avec au moins une dizaine de personnes. Je me retire en m'excusant. Il sort aussitôt et me dit:
" - oh mais vous êtes là! Ce sont vraiment des abrutis j'avais dit au bureau de Maroua de vous dire de rester sur place. Il y a un bordel pas possible à la gare suite au déraillement d'hier et il y a au moins deux fois plus de voyageurs que le train peut embarquer.
Merde mais comment on va faire?
Je ne sais pas.
Et l'avion?
Essaye d'aller voir à la Cam air sinon tu verras avec le porteur.
Nous prenons un taxi pour aller au bureau de la compagnie aérienne. Je ne pensais pas qu'un véhicule comme celui ci pouvait rouler mais que cela ne tienne à la guerre comme à la guerre. Arrivé devant le bureau nous constatons avec angoisse qu'il est fermé. Une femme qui dormait à l'ombre traverse la route et ouvre la porte qui était fermée à clefs. Après lui avoir expliqué notre problème elle nous répond qu'il n'a aucune place de disponible avant trois jours. Nous voilà frais! Il nous reste le train. Le bus il faut oublié car les mille kilomètre qui sépare Ngoundéré de Yaoundé sont que de la piste. Nous repartons donc pour la gare.
Le porteur qui ne veux pas manquer une opportunité de se faire de l'argent m'explique qu'il y a peut être moyen de prendre un billet avec des bakchichs. N'ayant pas d'autres alternatives nous étions bien obligés d'accepter. Nous laissons Nathalie et la chienne à une petite buvette et je pars avec le porteur à l'assaut de la gare.
Le hall de gare est un spectacle difficilement descriptible. Nous nous trouvons face à une foule compacte. Le porteur passe devant en me frayant le chemin entre les personnes et les masses de bagages et de colis entreposés dans tous les coins. Je le suis en passant devant les files immenses qui attendent l'ouverture des guichets. Nous passons par une porte dérobée et le lascar tape à la vitre.
Un employé de Camrail (société des chemin de fer camerounais) sort:"
- Trouve moi le billet pour le blanc là
- Tssse, les comptoirs ne sont pas ouverts
Je te dis donne moi les billet pour le blanc !
L'employé rentre dans son bureau et m'ouvre le guichet:"
Tu donnes combien?
6000
Ok tu veux quoi?
2 couchettes premières classe
Il n'y a plus de couchettes
Qu'est ce qui reste?
Des première dans le wagon restaurant
Ok pour les places
24000 et 6000 pour moi.
L'employé m'établis les billets mais nous ne sommes pas arrivé au bout de nos peines. Le porteur qui à le sens de l'à propos me dit tu peux me payer la bière. Nous retournons à la buvette ou j'avais laissé Nathalie.
Nous recommandons deux bières et je donne un billet à notre lascar pour aller chercher les boissons. A peine installé un haut parleur crachote et nous annonce que le train se met en place. Notre porteur me presse et me dit il faut aller vite au wagon pour aller retenir une place assise. Nathalie m'attend avec le chien. Je pars avec le porteur par des passages dérobés. Nous traversons les rails et nous nous précipitons vers le wagon restaurant. Il est tant d'arriver, il ne reste plus beaucoup de place. Je pose finalement un sac sur un siège et occupe le second. Le porteur repart chercher Nathalie les bagages et le chien.
Dix minutes après je vois arriver Nathalie complètement déconcertée sans les bagages ni le chien. Je demande au guide:"
Mais où est le chien?
Ne t'inquiète pas patron on va la chercher.
Je regarde Nathalie au bord des larmes complètement dépassées par la situation. Je redemande au guide :"
Mais où est le chien
Ne t'inquiètes pas patron il est au bar quelqu'un le garde viens on va chercher les bagages
Non on va chercher le chien tout de suite.
Nous retraversons les voies et la gare. Arrivé au bar un vieux noir tient Crevette en laisse en souriant. La chienne avait l'air affolée de peur d'être abandonnée. Je récupère le chien donne une pièce au viel homme et je dis au porteur qu'on file récupérer les bagages. Nous sommes relativement pressés et le lascar dans sa technique d'arnaque mets un peu plus la pression."
Patron il faut prendre le taxi moto pour aller plus vite!"
Nous partons à trois avec le chien sous le bras sur la petite 100cm3 du taxi moto. Si j n'étais pas aussi pressé la situation me ferait rire. Nous arrivons au dépôt de Woïla Voyage et je récupère nos bagages. Cette fois ci nous repartons toujours à trois sur la petite moto mais avec les bagages en plus. C'est assez folklorique même surréaliste sur la piste en terre. Nous arrivons à nouveau tant bien que mal à la gare. La chienne est dans son sac cachée. Visiblement elle a du comprendre que ce n'étais pas le moment de se faire remarquer. Logiquement les animaux domestiques doivent voyager en cage dans les compartiments à bagages. Il est bien sur hors de question que je laisse mon petit chien sans boire en cage pendant les 17 heures de voyages.
Le porteur qui a bien compris la situation en profite pour m'extorquer 5000F pour un soit disant bakchich à donner aux contrôleurs. Je cède excédé n'ayant plus trop le choix. Quand je pense à Nathalie qui me disait devant lui donne lui ce qu'il demande. J'étais heureux de ne pas avoir cédé. Les noirs n'ont aucune mesure, la vue de l'argent les rendent fous. Je lui aurais donné 20000 il m'en aurai demandé 40, Je lui aurai donné 50 il m'en aurai demandé 100. Ce sont vraiment des enfoirés qui savent exploiter toutes les situations. Le plus extraordinaire est qu'ils nous baisent en nous expliquant qu'ils nous rendent service. Bref ce n'était pas l'heure de discuter je rejoignais Nathalie avec les bagages et la chienne et nous allions quand même partir avec le train. Malgré tout le fric qu'il m'avait pris pour distribuer soit disant à tous le monde, il n'oublia pas de me demander un pourboire conséquent pour le service immense qu'il m'avait rendu. Je lâchait encore 10000FCFA pour avoir la paix et lui dit avec soulagement que je n'avais plus besoin de lui.
Nathalie était complètement déstabilisée par la situation. Je la sentais au bord des larmes."
Ne t'inquiètes pas on y est arrivé et en plus on a une place assise cela pourrait être pire et cela nous donne une idée de l'Afrique profonde.
L'Afrique profonde je m'en passerais et je sais ce qui nous attend.
Certes ce n'est pas des plus confortable mais nous n'avons pas le choix il faut bien rentrer à Yaoundé.
Nous attendons dans ce wagon bondé le départ du train. C'est vrai que vu d'ici on peut se faire une idée de l'Afrique profonde. Les gens se battent comme des chiffonniers pour avoir des places assises. Des familles entières s'embarquent avec d'énormes bagages. Ils bourrent leurs colis dans les filets à bagages avec des équilibres plus que précaire. Je rigole en pensant qu'au premier sursaut du train il prendrait tout sur la tête. En face de nous un jeune couple avec un enfant albinos c'est installé entourés de colis volumineux. De l'autre coté de la rangée une famille musulmane avec des femmes voilées et des enfants s'entasse à 7 sur les 4 places de la table du wagon restaurant. La vision du wagon est des plus exotique. On ne peut pas se tromper on est bien en Afrique. Nous attendons dans la chaleur lourde et moite que le train démarre. Nous n'avons pas osé sortir Crevette de son sac avant que le train démarre de peur qu'un contrôleur nous fasse encore des problèmes. Finalement le train s'ébranle avec seulement une heure de retard. L'air commence à rentrer par les fenêtres ouvertes du Wagon restaurant. Cela atténue un peu les odeurs acre de transpiration et de nourritures bizarres.
Le train roulant les gens commencent à se décontracter. Un brouhaha épouvantable nous environnent. Les gens parlent fort. Nous assistons à des conversations des plus pittoresques. La guerre du golfe revue et corrigés par les africains ne manque pas de piment. Il y a les pour et il y a les contre mais ils sont tous d'accord pour que les populations se soumettent si l'ennemi est plus fort L'écoute de ces conversations est des plus instructives sur la forme de pensée des camerounais en général. En les écoutant il n'est pas trop difficile de comprendre qu'ils haïssent les blancs. Cependant ils sont conscients qu'ils sont incapables de faire marcher les institutions et les entreprises et qu'ils en ont besoin.
Un Moment plus tard nous avons un débat passionné sur les différences entre les ethnies. Les Doualas s'en prennent au Bamilékés en les traitant d'envahisseurs et d'exploiteurs. Il y a plus de 250 ethnies au Cameroun qui parlent tous des dialectes différents. Dans certains endroits du pays ou les enfants n'ont pas été scolarisés les personnes de villages voisins de 15km n'arrivent même pas à se comprendre. Leur seule chance est d'avoir eu le français pour la plus grosse partie et l'anglais pour langue officielle sinon cela serait un bordel ingérable. En les écoutant on se rend facilement compte qu'il se déteste joyeusement entre ethnies mais comme le nombre de ces dernières est trop importante il n'ont pas loisir de se faire des épurations ethniques. Le train roule à présent à sa vitesse de croisière. Il règne dans le wagon un bruit infernale du aux conversations. Il est 19H des employés du wagon restaurant passent en nous proposant des boissons ou des sandwichs à l'omelette. La soirée avançant nous espérons que les discussions passionnées vont se calmer pour pouvoir essayer de trouver un peu de sommeil.
Soudain le train s'arrête. Nous arrivons à une gare. A 23 heures une nuées d'enfants courent après le train pour vendre leurs marchandises:"
De l'eau de l'eau de l'eau
Banane banane banane
Les enfants crient sous les fenêtres et vendent leurs nourritures. Certains plus futés que d'autres sachant que le trains était bondés vendent même des tabourets. Des passagers descendent et d'autres remontent. Au bout d'un quart d'heure la vieille locomotive diesel redémarre. La soirée avançant les conversations tendent à se calmer. Finalement vers les une heure du matin nous finissons par trouver des brides de sommeil à moitié couché sur les tables du wagon restaurant.
Vers les 4h du matin nouvelle halte en gare. C'est toujours étonnant de voir à cette heure matinale des enfants attendre le train pour essayer de gagner quelques pièces. Le train cette fois ci est immobilisé depuis plus d'une heure. J'en ai profité pour descendre et fumer une cigarette. Apres renseignements pris, j'apprends qu'il en attend un autre pour avoir la voie libre. Je me dis que l'on n'est pas encore arrivé. Finalement une heure et demi après nous repartons. Le jour n'est pas encore levé et j'essaye tant bien que mal de retrouver quelques brides de sommeil.
Maintenant le jour commence a se lever le train roule paisiblement dans la jungle. Nous traversons le grand parc naturel Djerem. Dans le wagon les passagers dorment encore et on peu apprécier un calme relatif ce qui est rare dans cet environnement. Nathalie a quand même trouvé le sommeil installé tant bien que mal sur la table. Je repique du nez une heure à moitié couché sur la table.
Le personnel du wagon commence à s'agiter. Les passagers se réveillent. Je commande un petit déjeuné composé d'omelette et de café. Le brouhaha du wagon est à nouveau à son comble. Les antagonistes de la veille reprennent leurs sujets de conversation. Nous avons droit à une théorie sur le préservatif et le sida et à huit heure du matin le train s'immobilise à nouveau à Malabo. Nous ne sommes plus qu'à environ 150 km de Yaoundé. Je me réjoui d'avance et annonce à Nathalie que nous devrions arrivé vers les dix heures. Comme à l'habitude dans ces gares une nuée de petit vendeur à la sauvette attaque le train en criant plus fort les uns que les autres. Ce qui est surprenant, c'est qu'à chaque fois un nombre assez conséquent de passagers trouvent quelque chose à acheter. Au bout d'un quart d'heure d'arrêt je me décide à descendre pour fumer une cigarette et me renseigner. Apparemment nous sommes planté pour un moment.
Renseignements pris au près d'un voyageur, le train comme la veille attendrait un autre pour avoir la voie libre. On nous annonce une demi heure d'arrêt. Je crains le pire. Dans ces conditions nous pouvons raisonnablement multiplier le temps par quatre pour s'approcher de la vérité. J'en profite pour faire dégourdir les pattes à notre adorable petite chienne. Elle qui depuis la veille n'avait pas bouger de dessous le siège. Les noirs me regardent toujours comme une curiosité surtout que nous devons être les seuls blancs du train et de surcroît avec un chien! On imagine facilement.
Mes prévisions étaient exactes. Au bout de deux heures le train s'ébranle doucement. Nous commençons réellement à être fatigué de nos conditions de voyage. Le train roule à une vitesse raisonnable. Je suis sur la carte sa progression et compte les gares qui nous restent avant d'arriver à Yaoundé. Encore trois gare où nous faisons de brèves haltes et nous finissons par arriver aux premières habitations de la capitale.
La ligne du chemin de fer traverse les sous quartiers que nous n'avons jamais eut l'occasion de découvrir auparavant. Il est sur que vue d'Europe on est loin de s'imaginer la misère qui règne dans ces bidonvilles. C'est une véritable cour aux miracles. Les habitations sont faites avec toutes sortes de matériaux de récupération. Les enfants se baignent dans des espèces de ruisseau s'apparentant plus à des égouts. Je suis ahuri par l'insalubrité. Lorsque le train ralentit les enfants courent le long des voies en hurlant. Les passagers leurs jettent leurs bouteilles vides. C'est une véritable compétition pour récupérer ces emballages qu'ils revendront plus tard.
Toutes ces scènes que nous avons pu observer au long de notre voyage, nous donnent une sacrée leçon de vie. Cela nous fait réfléchir à la chance que nous avons eu d'être né au bon endroit. Je pense à ses petits cons des banlieues qui mettent le feu aux voitures en prétextant qu'ils vivent dans des ghettos. Je me dis qu'il serait bien qu'on les envoie seulement une semaine ici pour leur faire voir ce qu'est réellement la misère. Pendant tout le temps que je suis resté au Cameroun, le plus extraordinaire est que je n'ai jamais entendu parler de dépression nerveuse. Il faut croire que cette maladie est réservée aux pays développés. Il est sur que lorsque son ultimes soucis de la journée est de savoir comment on va survivre, on a pas le temps d'avoir des état d'âmes. Les considérations philosophiques sont pour les esprits bien nourris.
Il est midi nous arrivons enfin à Yaoundé. Quel soulagement d'être enfin arrivé à destination. Il s'agit à présent de s'extraire du train sans se faire piétiner. Comme si cela ne suffisait pas les porteurs de la gare investissent les wagons pour ajouter leur bordel. Fatigué de négocier je me bats pour refuser leurs services. Nous réussissons tant bien que mal à descendre du train. Comme la foule compacte nous traversons les voies en enjambant les rails. Soudain un homme saisit un sac à Nathalie en se présentant comme taxi. Nous cédons devant son insistance. Après avoir traversé le parking de la gare nous arrivons à sa voiture. Visiblement c'est un mec qui fait du transport sans licence car sa voiture n'est pas aux couleurs des taxis locaux. Après tout s'il nous ramène chez nous quel importance! Après lui avoir annoncé le prix que je payerais pour sa course, il me demande le double. Excédé je rentre dans une colère noire. Je lui explique que je ne suis pas un touriste et qu'il ne fallait pas qu'il me prenne pour un con, de plus qu'il n'était pas un taxi officiel. Le chauffeur ne veut rien entendre. Nous redescendons de la voiture et récupérons nos bagages lassés d'être escroqué par tous les individus que nous croisons. A peine sortit de sa voiture nous hélons un autre taxi cette fois-ci officiel qui accepte la course au prix normal. Apres un bref détour sur un marché pour acheter deux trois fruits et légumes, nous arrivons enfin chez nous. Nous sommes rompus mais heureux de pouvoir enfin accéder à un repos bien mérité. Après un petit repas nous pouvons enfin faire une sieste dans un vrai lit, dans une chambre climatisée, notre tête pleine de nos dernières aventures.
Apres cette épopée dans le nord les deux jours qu'ils nous restent vont être bien remplis. Il s'agit de régler les dernières formalités pour le départ et dire au revoir aux copains. Lorsque l'on part en ne sachant pas la date de son retour on emmène toujours trop de choses et on oublie souvent l'indispensable que l'on rachète sur place. Le problème se pose au niveau des suppléments de bagages. Pour les voyages en avion au Cameroun on nous autorise 40 kg par personne. Malgré tous nos calculs scientifiques la pesée nous annonce 115 kilos pour tous les deux. Il va donc falloir envoyer 35Kg e bagages en fret aérien pour éviter les surtaxe exorbitante des dépassements. Heureusement que nous avions demandé une balance pèse personne à notre voisine. Finalement nous optons pour envoyer une valise et un sac par le fret.
J'appelle David mon taximan préféré. Une demi heure après la Toyota chocolat s'arrête devant le portail. David est visiblement heureux de nous revoir. Il s'enquiert de savoir si nous avons aimé notre excursion dans le nord et de rajouter devant notre enthousiasme que le Cameroun est un bau pays. Il s'agit à présent d'expédier nos bagages. Direction la zone de fret de l'aéroport de Nismalen ou d'autres tracasseries nous attendent.
A peine arrivé au quai de la zone de fret, trois lascars nous agrippent pour porter nos bagages. Ca y est ça recommence encore obligé de se battre pour se débarrasser de ces emmerdeurs. Nous trouvons le responsable. Même ici les négociations s'engagent pour trouver les meilleurs prix. Ce pays est vraiment usant. Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines car il faut à présent payer les taxes. Pour 35KG de bagages on nous demande 700FF de taxes d'aéroport et 1400F de transport. La note est vraiment salée à croire que l'on transporte des œuvres d'art. Entre temps les lascars avaient pris l'initiative de scotcher nos valises pour soit disant les protéger. Apres le contrôle de douanes et de police nos bagages partent dans la zone internationale. Je fais signe à David que nous pouvons repartir. Les lascars de notre arrivée nous suivent en nous demandant de l'argent pour leur soit disant service. Je les envoie vertement balader en leur expliquant que je leurs ai rien demandé. Les trois individus insistent je suis fou de rage et les repousse. Je demande à David de démarrer. En partant ils m'insultent en m'expliquant qu'ils allaient découper mes valises au cutter.
Notre avant dernière journée c'est passée a faire nos valise et expédier ce fret. Nous distribuons tous les objets ou ustensiles que nous ne voulons pas ramener à la bonne et au gardien. Les choses qui nous semblent sans importance leurs fait un plaisir immense.
Nous avions une vieille glacière dont la anse était cassée. Nathalie hésitait à la donner à Yvonne. Cependant suivant mon insistance elle se décide de lui donner. Yvonne est très heureuse et lui explique que pour la anse cela n'avait aucune importance. Cette glacière servirait pour sa petite fille de 5ans et que de toute façon elle la porterait sur la tête. Elle ferait pour elle des glaçons à l'eau qu'elle pourra vendre pendant les congés scolaire. Nathalie naïve lui demanda si c'était pour son argent de poche. Yvonne ahuri par la réponse de Nathalie lui répondit que c'était pour payer les médicaments. Ainsi nous partageons toutes ces choses sans importance pour nous qui était des trésors pour Yvonne et André. C'est ainsi qu'Yvonne hérita de notre stock de médicaments de certain parfum des bouteilles d'alcool qui restait et de la bouteille de gaz. André lui récupéra le fer à repasser et la lampe à pétrole. Une fois de plus nous restions dubitatif sur les pauvres conditions de vie de nos aimables employés de maisons. Depuis qu'Yvonne avait appris la nouvelle de notre départ elle n'arrêtait pas de pleurer. Chaque fois elle me disait qu'elle était bien et qu'elle ne savait pas avec qui elle tomberait. Mais ainsi était la vie et le sort en était jeté.
Je téléphonais à cette chère Madame D pour savoir ou on en était avec mon billet d'avion. Cette garce m'annonça que je pourrais venir le chercher le lendemain au salon. Elle aura attendu la veille de mon départ pour me le donner. Cette incertitude m'irritait un maximum. On aura pu dire qu'elle aura tout fait pour m'emmerder. La veille de notre départ fut assez calme. Les valises bouclées le ménage et la maison rangée avec l'aide précieuse d'Yvonne, il ne me restais plus qu'aller chercher mon fameux billet d'avion. Nous profitions de ces derniers moments pour faire deux trois courses et faire une dernière visite a quelques copains.
Alain qui nous reçu dans son bureau et Nicole à son magasin. J'avais rendez-vous à 17heure avec cette chère madame D au salon. Comme d'habitude elle n'était pas encore arrivée. Je fumais. Cette garce me fera chier jusqu'au bout. A18h30 elle arriva au salon avec sa 607. Sa difficulté à extraire ses 100kg de son carrosse me fit sourire. Elle se prenait vraiment pour une princesse mais en avait totalement oublié l'éducation royale. Elle entrait dans le salon sans dire un mot. Il était hors de question pour ma part que je lève la langue. Nous étions assis Nathalie et moi et l'observions. Elle fit le tour des lieux de toute sa hauteur épaisse elle s'assit derrière la caisse sans autre mot. Finalement après avoir fait semblant de s'occuper de tâches importante elle condescendit à extraire de son sac mon billet d'avion et me le tendit sans rien dire. Je le pris sans lui dire merci en la saluant seulement d'un au revoir. Il était hors de question que je dise merci à une personne qui m'avait travaillé six mois sans aucune déclaration en toute illégalité et qui de surcroît avait volontairement omis de me payer mes congés. Mais je n'étais pas en France et le Cameroun ne me semblait pas un modèle d'état de droit. Je me disais que finalement je ne m'en tirais pas trop mal, car elle aurait pu aussi omettre de me payer mon dernier mois de salaire et mon billet d'avion.
Nathalie et moi avions décidé de passer la dernière soirée qui nous restait à Yaoundé au restaurant pour fêter notre départ. Après avoir fait le compte de nos CFA nous avons passé notre dernière soirée dans un restaurant ou le chanteur de l'orchestre nous chanta le répertoire de Mike Brant avec l'accent camerounais. Le lendemain matin Yvonne nous avait préparé notre dernier petit déjeuner sur le sol africain. Nicole notre amie nous a envoyé son chauffeur à 9h30 pour nous conduire à l'aéroport. Nous terminions en beauté à bord de sa grosse Mercedes climatisée.
Arrivé à l'aéroport il a fallu encore se battre avec les porteurs. Finalement après en avoir choisi un et expliqué aux autres que je n'allais pas prendre 50, nous pénétrions dans l'aérogare. C'est fou comme la vue du blanc rend hystérique tout le personnel de cet endroit. Nous sommes pressurisés de partout alors qu'il nous reste plus de deux heures pour nous inscrire. Nous enregistrons tout de suite nos bagages sans difficultés. Cependant l'employée de la Camair n'oublie pas de nous alléger de 700FF pour le supplément du chien. Première surprise nous apprenons que nous sommes obligés de payés une taxe d'aéroport de 100FF pour notre animal après avoir déjà payé 200FF chacun pour nous même. Décidément ils nous racketterons jusqu'au bout. Mais la plus grande surprise vint d'une autre employée de la douane qui nous demandait si nous avions des souvenirs. Nous avons été obligés de déclarés les diverses babioles que nous avions achetés à l'artisanat locale. Et le comble de l'histoire a été d'être obligé de payer une taxe à la douane camerounaise sur les produits que nous avons acheté au Cameroun. J'étais fou de rage. Je n'ai pas pu m'empêcher de dire à cette personne que nous étions dans un pays de voyous et que jamais je remettrais les pieds dans ce pays pourri. Aussitôt l'air dédaigneuse elle m'expliqua qu'ils n'avaient pas besoin de blancs comme nous. J'avais la langue levée pour lui dire que nous n'avions pas besoin d'émigrés comme eux en France Mais je préférais me taire. N'étant pas dans un état de droit il aurait été encore capable de me foutre au trou pour je ne sais quel outrage à fonctionnaire.
Après cette ponction abusive il nous restait plus que quelques sous pour boire une bière avant d'entrer dans la zone internationale. Bien entendu nous fûmes les seules personnes dont les sacs furent fouillés au dernier point de contrôle étant les seuls blancs de la file d'attente. Nous étions enfin en salle d'embarquement et nous allions rejoindre la mère patrie. Nous avons seulement poussé un ouf de soulagement lorsque les roues du Boeing 757 quittèrent le sol de Nismalen.
Le voyage retour a été relativement confortable l'avion n'étant remplis qu'au trois quart. Après un apéritif et un repas servit par la compagnie nous avons eu le droit à la projection d'un film. Les sept heures de vols passèrent assez vite et nous touchions enfin le sol français à 20H45 heure locale. Le juste retour des choses fut que nos passeports français et notre teint clair nous évitèrent pratiquement tous les contrôles douaniers alors que chaque voyageur était contrôlé sur toutes les coutures.
Finalement j'étais assez amusé de ce retournement de situation. C'était bon d'être attendu par des visages connus et de retrouver la civilisation. Après ces six mois passés au pays de l'anarchie le périphérique parisien semblait un modèle d'ordre et de courtoisie.
Le bilan de ce voyage est malgré tout globalement positif. J'ai passé 6mois dans un pays où j'ai travaillé. Ceci m.a permit de découvrir la vie que mène les hommes et les femmes de ce pays. Sans avoir fait fortune je n'ai pas pour autant perdu de l'argent. Mais grâce à cette expérience j'ai pu découvrir une société diamétralement opposée à la notre et un pays avec des paysages d'une diversité hors du commun. Il a bien fallu deux semaines pour se remettre de nos émotions. Deux jours avant notre retour en France nous étions dans le parc de Waza avec pratiquement 50°. Inutile d'imaginer le choc thermique lorsqu'on arrive à Paris avec seulement 1°. Comme je l'ai dit au début lorsque l'on rentre après une telle expérience on apprécie l'organisation de la société occidentale.
On revient jamais comme on est partit le choc de ce que j'ai vu depuis six mois est d'autant plus important lors du retour. La comparaison des modes vie se fait obligatoirement et l'analyse du choc des cultures est d'autant plus flagrant. Le retour de Paris en tgv nous a tout de suite mis dans l'ambiance. Nous avions perdu l'habitude du confort, de la propreté, du matériel entretenu et non déglingué et surtout la discrétion et la civilité des voyageurs.
Ce pays est considéré comme l'Afrique en miniature. Situé dans le golfe de Guinée sa superficie est égale à 90% du territoire Français. Les pays frontaliers sont le Nigeria, la République Centre Africaine, le Gabon, le Tchad, la République du Congo et la Guinée équatoriale.
Quelques chiffres :
La population comporte un peu plus de 15 millions d'habitants dont 43% ont moins de 15ans. Le taux de natalité est de 3.65% avec un taux de croissance démographique de 2.5%. Le taux de fécondité est de 4,9% d'enfants par femme et l'espérance de vie est de 55ans. Le taux de scolarisation en primaire est de 73% . Les groupes religieux sont pour 40% Chrétiens, 20% Musulman et 40% de diverses religions indigènes. Le Français est parlé dans 8 régions et l'anglais dans 2 provinces cependant on compte plus de 200 dialectes.
L'économie
C'est l'agriculture qui fournit la majeure partie du PNB (42%) avant le secteur tertiaire (36%) et l'industrie (22%). On estime le taux de chômage à 30% et 40% de la population vit au dessous du seuil de pauvreté.
Les ressources agricoles sont le café, le cacao, le thé, le caoutchouc, le coton, les bananes et les céréales.
Les ressources industrielles sont le pétrole, le raffinage et le textile. Depuis peu, s'ajoutent l'aluminium, le gaz naturel, et la production hydroélectrique.
En 1998 Le PIB était de 8,7 milliards de dollars ce qui donnait un revenu net par habitant de 590$. Pour information le PIB par habitant en France est de 23920$.
Le taux de croissance en 99 était de 4,4% et la monnaie est le Franc CFA. (CFA= Communauté financière Africaine 100FCFA = 1FF)
Le franc CFA est utilisé dans la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale) C'est organisation à vu le jour à Ndjaména au Tchad en 1994 pour succéder à L'UDEAC. Les pays concernés par cette union économique sont le Cameroun, le Tchad, La république centre Africaine, La guinée équatoriale, le Gabon et le Congo. Cette zone d'échanges a cependant des difficultés à fonctionner correctement à cause des voies de communications insuffisantes entre ses capitales. Les infrastructures routières sont rares, le chemin de fer n'existe pas, il ne reste que l'avion. De grands travaux sont prévus pour remédier à ce problème.
Le pays a bénéficié de ces richesses pétrolières pendant des décennies. Malheureusement, l'appauvrissement de cette exploitation l'a plongé dans une phase de récession économique inexorable. La conséquence de cette récession est un endettement record de 7 milliards de dollars. Les pays riches n'ont donc comme solution que de faciliter le développement économique par les aides à la production. La seule ressource à profit immédiat est le bois , qui malheureusement entraîne une déforestation importante. Ceci inquiète les défenseurs de l'environnement qui constatent une diminution perceptible de l'énorme réserve forestière que constitue le bassin du Congo (deuxième poumon de la planète après l'Amazonie 660 000 km2 soit davantage que le territoire Français . )
Mais il faut savoir que l'industrie forestière emploie 30 000 personnes et fait vivre autant de familles et elle fournit près de 30% des revenus à l'exportation. On voit difficilement comment le Cameroun pourrait faire autrement. Même si les français ont largement participé aux efforts de développement dans les années 50, notamment par la création d'infrastructures routières, le client principal aujourd'hui en matière de bois est le continent asiatique.
L'Agriculture :
Le cacao tient la vedette des plantations camerounaises car il fait partie des plus importantes exploitations du Cameroun. De l'indépendance jusqu'aux années 90, c'était le gouvernement qui fixait les cours. Mais maintenant les cours sont libres et sont passés dans la dure loi de l'économie de marché. Comme la demande n'a pas augmentée et que la production, elle, a plutôt grossie, les cours ont baissé provoquant une inquiétude des exploitants. Certains d'entre eux sont dans des situations de précarité et le cours a environ baissé de 50% depuis dix ans
Le café, le cocotier, le caoutchouc à partir de l'hévéa, le théier et le palmier dont on extrait l'huile de palme constituent les principales plantations camerounaises et encore aujourd'hui une source majeure de revenu dans le secteur primaire.
Les importations restent stables quantitativement mais les exportations sont en nets replis en particulier la production céréalière qui a perdu 80% de son volume en 10 ans. Aujourd'hui le Cameroun exporte 20 000 tonnes de céréales par an alors qu'il en importait vingt fois plus.
La banane, c'est l'un des fers de lance de l'exportation agricole camerounaise. Grâce à une politique de diminution des taxes les entreprises ont pu se moderniser et lutter contre la concurrence internationale. En diminuant leurs coûts de production les cours ayant remontés, les producteurs envisagent des augmentations de volume.
Le café comme pour le cacao a subit de plein fouet la chute des cours. Cela a provoqué une désaffection des producteurs. Cette tendance est en train de revirer dû à un rééquilibrage du marché.
Les céréales ont toujours été cultivées au Cameroun. Cependant depuis une vingtaine d'années le maïs grâce à son rendement important a remplacé dans certaines exploitations du nord le mil et le sorgho.
Le soja est récemment implanté au Cameroun et s'y adapte très bien il prend progressivement la place du riz.
Le Gnetum, plante quasiment inconnue en Europe est en passe de devenir un enjeu économique important. Il s'agit d'une plante grimpante dont on consomme les feuilles. C'est un accompagnement pour les viandes avec d'autres légumes. C'est un commerce grandissant au Nigeria qui en importe 2 000 tonnes par an. Cette plante est donc cultivée dans les zones frontalières avec le Nigeria et amène un revenu plus que substantiel à ses producteurs. Pour information le Nigeria à cause de la déforestation ne peut produire ses besoins.
La géographie
Avec ses 475000 km2 le Cameroun dessine une sorte de triangle avec à l'ouest, l'accès à l'océan Atlantique par le golfe de Guinée et le grand voisin Nigeria. Au nord une fine langue de terre ouvre sur le sud du lac Tchad. A l'est le Cameroun est bordé par le Tchad et la République Centrafricaine et au sud par la Guinée Equatoriale, le Gabon et le Congo.
Le pays est essentiellement constitué de plateaux et de montagnes dues aux bouleversements volcaniques de l'ère tertiaire avec comme point culminant le mont Cameroun à 4070m. Le massif de l'Adamaoua fait suite à ce relief par le nord avec des plateaux à 2500mètres. Au nord de L'Amadoua jusqu'au lac Tchad on trouve une plaine de moyenne altitude dominée par un paysage de savane mis a part la vallée de la rivière Bénoué important affluent du fleuve Niger . Le sud de ces plateaux de moyenne altitude est plutôt constitué de la forêt équatoriale ou de zones marécageuses. Les plus importants fleuves du pays sont la Wouri et la Sanaga.
Le climat est décomposé en deux zones. Au sud nous avons une influence équatoriale (climat chaud et humide) avec une alternance de saisons sèche et saisons des pluies. On peut noter des précipitations plus importantes autour du mont Cameroun avec des hauteurs annuelles pouvant aller jusqu'à 8mètres. Au Nord, nous sommes plus vers un climat de type tropical avec des saisons plus marquées les précipitations sont moyennes et les températures plus élevées. Quand à l'extrême nord près du lac Tchad c'est un type de climat sahélien.
La végétation est dominée au sud par la forêt équatoriale qui représente un tiers de la superficie du pays. Cette zone de forêt est bordée ponctuellement sur les rives de l'océan Atlantique de mangroves. Nous trouvons aussi des pâturages dans les plateaux de moyenne altitude très utile au bétail. La forêt camerounaise constitue l'un des six territoires du bassin forestier du Congo. Ce dernier couvrant 660000km² surface supérieur au territoire Français. Cette réserve constitue la deuxième réserve d'oxygène de la planète après l'Amazonie.
La faune comporte tous les animaux que l'on peut observer dans la savane. On compte les lions, les panthères, les éléphants, les girafes, les rhinocéros ainsi que les hippopotames et les crocodiles. On remarque aussi de nombreuses espèces de singes, des cynocéphales, des buffles des phacochères et des élans. Les antilopes et leurs cousins représentent une faune très importante avec les cobs, bubales, damalisque, et guibs qui sont des espèces présentes et chassées. On dénombre plus de 900 espèces d'oiseaux et les ornithologues du monde entier viennent étudier des espèces rares dans leur biotope. L'océan Atlantique est riche de poissons près des cotes du Cameroun et la pèche y est peu développée. De Décembre à mai on y croise particulièrement les marlins, les espadons, les dorades coryphène, les barracudas, les tarpons ainsi que les carangues et les carpes rouges.
La Population du Cameroun compte aujourd'hui à peu près 15 millions d'habitants. Malgré les 180 ethnies dénombrées le pays est au croisement de deux grand groupes ethniques importants: Le peuple de type soudanien au nord et type bantou au sud. Les principales ethnies sont les Bamoum et les Bamilékés qui représentent 20% de la population. Viennent ensuite les Fangs, les Douala, les Bassas et les Lumdus. Les Peuls sont autour de 10% ils existent encore quelques tribus très peu représenté tel que les Tikars, Les Madaras, Les Makas, Les Bakkas et les Beti . Il ne faut pas oublier les habitants de la forêt que sont les Pygmées.
L'histoire
On trouve des traces d'occupations humaines au Cameroun dés le Paléolithique avec une migration progressive des populations du nord vers le sud. C'est au début de notre ère que l'on voit les premières implantations Bantous dans ce que l'on appelle les Grass Fields. En parallèle on voit au nord l'implantation les peuples d'origine soudanaise du à l'activité pastorale. Au nord du Cameroun aux environ du lac Tchad d'importantes civilisations soudaniennes entre le 13eme et 16eme siècle se sont implantées tels que les empires Kanen et Bourmou. Ces dernières sont à l'origine de l'islam au Cameroun.
Les premiers colons arrivent en 1472 avec le portugais Fernando Po qui, en arrivant à l'embouchure de la Wouri fut frappé par l'abondance de crevettes. Il baptisa la Wouri Rio dos camaroes (crevette en portugais) qui donna par déformation le nom Cameroun. Malgré les quelques comptoirs portugais le pays n'intéresse guère les Européens avant le 19eme siècle.
Entre temps les pasteurs Peuls venant de l'actuel Nigeria et de confession islamique viennent s'implanter entre le nord et le sud. Ces solides cavaliers étendent leur influence dans la région des monts Adamaoua.
Dans le même temps dans la région des Grass Fields viennent s'implanter les Tikars et les Bamilékés. Cette dernière ethnie s'organise en une multitude de chefferies et développent les premiers contacts avec les occidentaux. Mais ce sont surtout les Doualas qui donne le nom à la ville actuelle installés à l'estuaire de la Wouri qui ouvriront les portes du Cameroun à la conquête européenne.
C'est en 1868 que les Doualas acceptent les premiers comptoirs Allemands mais c'est en 1884 profitant de leurs bonnes relations avec ses derniers que les Allemands instaure un protectorat. Ils commencent d'abord à établir leur capitale à Buéa fuyant la chaleur de Douala mais suite à plusieurs tremblements de terre ils se fixèrent à Yaoundé.
L'Allemagne négocie avec les britanniques pour conforter leur protectorat sur le Cameroun en échange d'un pacte de non intervention au Maroc. C'est avec la défaite Allemande de la première guerre mondiale que la société des nations attribua le Cameroun à la France et L'Angleterre. Deux mandats furent institués donnant 75% du territoire à l'ouest au français et le reste orientale aux Anglais. Entre les deux guerres les alliés assoient leurs prédominances par un travail en profondeur notamment exécuté par les Français. La principale ligne de chemin de fer entre Douala et Yaoundé est fonctionnelle dés 1923. Le gouvernement fait de la santé publique une de ses priorités. Il travaille dans le domaine social et éducatif et enseigne la langue française. En 1940 Douala est prise et occupée militairement par les alliés.
Des 1945 les premiers mouvements indépendantistes voient le jour par l'intermédiaire d'une lutte sociale et syndicale sous forme de grève.
En 1946 le mouvement de décolonisation est amorcé et le Cameroun passe du statut de mandat à celui de tutelle. Premier pas pour une indépendance. Cette transition ne se fait pas sans heurts L'UPC (Union des populations du Cameroun) principalement dominée par les Bamilékés fondés en 1948 et dissoute en 1955 suite a de violents affrontements avec les militaires français. (Emeutes de Douala et de Yaoundé)
L'UPC est fondé par Ruben Um Nyobé qui sème des troubles de plus en plus grave. Les français entendent bien récupérer les fruits de leurs énormes investissements. Cependant le cycle des grèves, manifestations et émeutes est enclenché. C'est à la suite de ces dernières que L'UPC est dissoute le 25 mai 1955 et Um Nyobé est contraint à prendre le maquis pour continuer la lutte sous forme de guérilla révolutionnaire. Les français connaissant les positions de Um Nyobé le laisse faire un moment en se contentant de le mettre à l'écart plutôt que de le supprimer ce qui ferait de lui un héros. Lorsque le mouvement insurrectionnel se fait plus dur il est contraint de s'enfuire à nouveau et de commander son mouvement dans la clandestinité. Il sera assassiné en 1958.
La démocratisation est déjà dans la tête des camerounais et sans doute aussi dans celle de leurs colons. L'autonomie partielle est accordée en 1957 et l'indépendance en 1960. En 1961 le rattachement au Cameroun britannique est entériné sauf la région du nord qui est adjointe au Nigeria. Amadou Ahidjo devient le premier président du Cameroun.
La réunion est assez difficile, il faut créer de nouvelles structures et de nouveaux partis qui vont aboutir en 1972 à une nouvelle constitution proposée par Amadou Ahidjo. Son premier ministre Paul Biya lui succède en 1982 et poursuit l'œuvre entreprise. Il écartera son prédécesseur du pouvoir en l'accusant de complot et le fera condamné à mort par contumace. Ahidjo sera contraint à l'exil en France puis mourra au Sénégal
Paul Biya est toujours actuellement le président du Cameroun et l'a conduit à la modernité. Dans les années 80 il est face à de grosses difficultés économiques du à la chute des cours du pétrole. Cela l'amène à une perte de crédit qui l'oblige à accepter le multipartisme. L'opposition qui fut bridée et étouffée est reconnue dans la douleur en 1990 et les élections législatives ont lieu deux ans plus tard.
L'opposition ne s'organise pas dans la facilité et dans les années qui suivent le parti au pouvoir s'attache à surveiller voir emprisonner pour divers motifs les opposants du pouvoir.
Les élections de 1992 marquent un véritable signe d'ouverture même si elles sont boycottées par une certaine opposition. Dans la foulée les élections présidentielles sont organisées et remportées d'une courte victoire par Paul Biya 40% des suffrages contre 36% pour son challenger John Fru Ndi . Le résultat de ces élections ont été sujet à caution et on amené des troubles qui ont conduit le gouvernement à placer en résidence surveillé son principal opposant.
Il est assez difficile de se faire une idée juste de la situation Camerounaise en sachant que le président actuel comme beaucoup de ses homologues africains contrôle pratiquement tous les rouages économiques et législatifs du pays. De nouvelles élections législatives sont organisées. L'opposition incapable de s'organiser et l'opacité de la surveillance des élections conduit cette dernière à être boycottée. Le partit au pouvoir remporte une majorité écrasante et dans la foulée les élections présidentielle sont remportées avec 92,5% Ces scores impressionnant laisse tous le monde rêveur sur l'authenticité de la volonté du peuple.
Aujourd'hui la seule force d'opposition est le SDF fondé par John Fru Ndi face au RDPC ancien UPC partit présidentiel éclaté en micro satellites à tendances variées et personnelle.
Le temps à pour mérite de faire oublier toutes les choses négatives que l'on
avait pu vivre auparavant. De plus la nature humaine à dans sa mémoire sélective la
faculté de sélectionner que les bons moments. C'est pour cela qu'en relisant et
corrigeant ce carnet route 3 ans après, je suis heureux de l'avoir écrit sur le vif.
Cette relecture me permet de réactiver des souvenirs que cette mémoire
sélective avait automatiquement gommés.
Même si cette vision est très critique de ce pays que j'ai découvert grâce à
une émigration temporaire, après réflexion je pense que les lignes qui ont précédées
cette conclusion ne sont que vérité et les commentaires que pragmatiques.
Je pense que cela heurtera certainement du monde
J'ai seulement voulu dans ce carnet de voyage témoigner de ce que j'avais vu
au mépris du politiquement correcte qui pour moi gangrène nos sociétés
occidentales
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